Friedrich Nietzsche

L'État , c'est ainsi que s'appelle le plus froid des monstres froids et il ment froidement, et le mensonge que voici sort de sa bouche : « Moi, l'État, je suis le peuple. »

Maxime Gorki

Le mensonge est la religion des esclaves et des patrons

mardi 11 mai 2010

Radio-Canada révise les années 30

Il semble que l'intérêt pour la réécriture fantaisiste des faits historiques est en train d'atteindre des sommets. Crachoir™Worldcorp vous offre un tout petit avant-goût de ce que peut représenter une série télévisée entière d'approximations, d'anachronismes, de n'importe-quoismes et de mensonges. Contentons-nous simplement de corriger le court résumé de l'épisode un de la série Amour Haine &* Propagande tel que trouvé sur le site web de la société d'état (payée avec les taxes du peuple, eh, eh, eh).

Annotations en rouge

1er épisode - Les années 1930 : Les hommes forts

Déjà dans le titre, on perpétue l'image niaise et écolière des méchants chefs fous qui causent tous les ennuis. Les Hommes Forts n'ont pas un bureau au 120 Broadway. Ce sont systématiquement de gros tatas en uniforme, auto-médaillés et dégoulinants de mégalomanie. Le type qui vend son pétrole, ses armes, son acier et ses armes chimiques aux Alliés ET aux Nazis n'est pas un homme fort. On ne s'intéresse pas à sa personnalité, à sa famille, à ses habitudes alimentaires ou à sa garde-robe. Non, non. Gardons le focus sur les hommes forts (touche de nostalgie, de regret… époque révolue des hommes « forts »).

Lorsque Heinrich Hoffman essaie de photographier Adolf Hitler pour la première fois il se fait battre et son appareil photo est détruit. Mais les nazis changeront d’avis et Hoffman deviendra le photographe officiel du Führer. C’est le début d’une campagne de propagande soigneusement orchestrée par le ministre de la Propagande, Joseph Goebbels, et centrée sur l’image du Führer.
Il est de notoriété que Heinrich Hoffman a pris son premier cliché d'Hitler dans une foule rassemblée sur la place de l'Odéon à Munich en 1919. Hoffman, tout juif qu'il était, s'est joint au NSDAP très tôt, dès 1920, c'est-à-dire quelques mois après Adolf Hitler, et les deux sont rapidement devenus des amis proches (l'assistante de Hoffman est une certaine Eva Braun). « Führer » signifie simplement « le guide » ou encore « le meneur », mais on utilise le mot allemand à répétition pour parler d'Hitler de manière à faire peur aux gens. Quant à Goebbels, il devient membre du NSDAP en 1922 et n'est bien évidemment pas ministre de quoi que ce soit tant que son parti n'a pas arraché le contrôle du Reichstag en 1933. Par contre, la propagande des nazis prend son essort dès 1920 (et non pas dans les années 30).

Dans son film Le triomphe de la volonté, un pur chef-d'œuvre de démagogie tous médias confondus, …
Disons sans fausse modestie, avant notre ère !

…la réalisatrice Leni Riefenstahl montre au monde entier le puissant personnage qu’est devenu Hitler. Pendant les années 1930, Hitler et Goebbels ont recours à la propagande comme moyen de terreur, pour nourrir la fierté du peuple allemand et répandre la haine envers les juifs et les autres minorités.
La propagande, évidemment, n'existe pas dans les bons pays gentils de l'Amérique du Nord. Cette phrase oublie sciemment que la haine raciale remonte à loin, mais surtout, néglige les rôles connus et documentés de Henry Ford (distributeur du torchon des Sages de Sion) et John D. Rockefeller (instigateur principal de la « science » eugéniste tant aux USA qu'en Europe) dans la montée de l'anti-sémitisme mondial au cours de la première moitié du vingtième siècle.

Les hommes forts raconte l’histoire d’Adolf Hitler, de Benito Mussolini, de Joseph Staline et de l’empereur du Japon, Hirohito, qui se sont tous servis de la propagande à leur façon pour exercer un contrôle sur la population.
Encore une fois, les gentils Britiches et les généreux Étazuniens ne connaissaient rien à la propagande, à l'époque (comme aujourd'hui, d'ailleurs). Les Edward Bernays, Walter Lippmann et autres Poison Ivy étant, comme on le sait, des ressortissants Turkmènes.

En Italie, le fascisme est personnifié par Benito Mussolini, un personnage coloré et brutal, ami et allié de Hitler.
Encore une fois, n'importe quoi. Les premières rencontres entre El Duce et Hitler se passent très mal. Lors de leur première rencontre, le gros italien est pourri de condescendance envers le petit Autrichien et celui-ci retourne en Allemagne dégoûté. La question fait les choux gras de l'opposition et des journaux anti-nazis qui restent. Les deux pays fascistes sont alliés, oui, mais les leaders ne sont en rien des amis. La véritable idole de Hitler, celui dont il accroche un gigantesque portrait derrière son bureau, est Henry Ford, le fondateur de Ford Motors, qui recevra d'ailleurs la médaille de la Grande Croix de l'Aigle, la plus haute distinction du régime nazi.

En Russie, Joseph Staline exige une dévotion totale de la part de la population, mêlant l’horreur à la tragicomédie. Au Japon, l’empereur Hirohito est considéré comme un demi-dieu, qui protège son peuple contre la menace extérieure.
Bon, évidemment, cette partie, en évitant le piège de l'histoire factuelle, évite les erreurs et déviations, se contentant de constituer un pur paragraphe de… propagande !

En Espagne, la Guerre civile de 1936…
Voilà comment RC retranche trois ans à un des conflits les plus dégoûtants de l'histoire moderne.

…donne un avant-goût de ce que sera la vraie guerre, …
Est-ce une coquille, un oubli, une grossièreté ? Si j'étais le Staline du pisse-copie qui a chié cette insulte à la planète Terre et au genre humain, je m'assurerais qu'il se rende à la Kolyma attaché sur la toiture du wagon.

…celle qui éclatera bientôt entre les puissances de l’Axe et les Alliés, entre le communisme et le fascisme.
Belle réussite que cette phrase, si on veut s'assurer de semer la confusion chez ceux qui ne savent pas, endormir ceux qui s'en foutent et rendre fous de rage ceux qui savent. Les alliés INCLUAIENT l'Union Soviétique à partir du début de l'invasion nazie en 1941. Auparavant, l'URSS et le REICH étaient les meilleurs et éternels amis du monde, en vertu du traité Molotov Ribbentropp qui partageait entre les deux ogres les populations de l'Europe de l'Est.

Dans le Pacifique, le Japon lance une attaque meurtrière contre Nankin, première étape vers la barbarie dans laquelle allait bientôt sombrer la planète.
On termine en beauté en abaissant au niveau d'« attaque meurtrière » le tragiquement célèbre massacre de Nankin qui a fait 300 000 morts parmi les civils, sans compter d'innombrables viols et tortures. Mais après tout, cette phrase n'est pas importante, uhm ? Elle ne sert que de support à l'utilisation du tampon impérial, le mot « barbarie ».

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• Typographie à l'avenant, dans le ton du reste de ce qui s'annonce comme un désastre à tous les niveaux.

8 commentaires:

gaétan a dit…

J'ai écouté une émission et j'avais trouvé que les coins étaient tournés pas mal rond. Je m'attendais à mieux.

Jean-François Thibaud a dit…

De voir à la une, Stephen Harper qui se rend aux commémorations du 65ème aniverasire de la libération de la hollande en exhibant des vieux combattants, c'est proprement scandaleux. Le recours massif à ce devoir de "mémoire" (complêtement oblitérée comme dans ce machin grandiloquent merdique)est une monstruosité sans nom, au moment où l'Europe est en train de vivre sa plus grave crise depuis cette époque.

Ils ne nouis épargent aucune infamie ces salauds.

Anonyme a dit…

Au contraire, l'esperluette qui t'agace est bien choisie : c'est un symbole typographique parfaitement approprié dans une raison sociale d'entreprise...

Et le site web de l'émission propose un concours de création d'affiches de propagande -- pour une bonne cause, voyons ! (C'est-à-dire n'importe laquelle, du moment qu'elle te « tient à coeur ». Y'a pas à réfléchir, quand on a la chance d'appartenir à une époque morale !)

Non, vraiment, on entretient savamment la confusion...

Tiens, ça me fait penser à l'ineffable ministre de l'Éducation du Québec, qui ne fait pas la distinction entre opinion et argumentaire...

Bises,

Tanguera

Franz Schürch a dit…

C'est ce qui arrive quand on engage des journalistes pour écrire des choses.

É. a dit…

Dirait un journaliste :
« Excellent commentaire, François Schourzt. Poser la question, c'est déjà y répondre. Cette série choc sur les années cinquante en Asie crée toute une controverse auprès des collectionneurs de complots, fascinés par la mort de Kennedy, d'Elvis ou des extra-terrestres. »

É. a dit…

Tanguera !? Bon sang de bonsaï ! mais je n'avais pas vu passer ton époustouflant commentaire. Tu vas bien ?

Jean-François Thibaud a dit…

Tanguera se fait rare, on dirait en effet...

non ?

Anonyme a dit…

De l'eau au moulin :

http://doctorak-go.blogspot.com/