Friedrich Nietzsche

L'État , c'est ainsi que s'appelle le plus froid des monstres froids et il ment froidement, et le mensonge que voici sort de sa bouche : « Moi, l'État, je suis le peuple. »

Maxime Gorki

Le mensonge est la religion des esclaves et des patrons

mercredi 25 juin 2008

Le Temps des Bougons


Souffrez, lecteurs et lecteuses, que la rédaction du Crachoir™ se livre à une analyse graphique en profondeur de la Une de LaPresse de ce matin, consacrée à la fête nationale des Québécois. Il s'agit à mon avis d'un chef d'œuvre, fort probablement inconscient, du moins en partie, mais d'une puissance évocatrice quasi-indéniable.

À part le bloc-titre et sa très étrange photo, confuse et disgracieuse (chaos, peu de participants, femmes grimaçantes et grotesquement surexposées), le premier élément graphique qui attire l'œil par sa forme éloquente et harmonieuse est le beau soldat de sa Majesté la Reine d'Angleterre, victorieux et sympathique, croqué à l'occasion du massacre des plaines d'Abraham et présenté ici sous son côté cool, dans le cadre du cahier Actuel, sous l'angle détente, loisir, « escapade !… » Le militaire tient un lièvre par les oreilles (symbolisant le peuple de la Nouvelle-France ?!) d'un air facétieux. Ne manque que le mot pique-nique !
— Walk in the park! Piece o' cake! Easy money !

Juste au-dessus, une colonne d'invite est coiffée d'un fait divers sans intérêt dont le mot fort du titre est SUICIDE (juste sous le bleu québécois du bloc festif). Inutile de rappeler que les Québécois sont champions mondiaux du suicide. De temps à autres, une allusion subtile et subliminale ne fait pas de tort, et on associe automatiquement identité nationale et suicide (on enterre l'option). Juste en-dessous, on lie innocemment la couleur bleue aux algues, ces terribles « algues-bleues » qui devaient détruire la Planète en trois semaines, si on en croyait les dépêches de l'an dernier. BLEU = vase sous-marine, sombres remous, puanteur, poison, destruction invisible !… « Un été sans les algues bleues ? » dit le texte. On pourrait croire que Power Corp annonce qu'on passe maintenant à l'autre drapeau et à la fête du Canada Day. Le troisième bloc, situé en bordure de la photo du soldat, met en vedette le gouvernement fédéral et le nom de la capitale impériale : OTTAWA. La fête est finie, si le soldat ne suffisait pas à vous le rappeler.

À gauche, dans un solide consacré aux omnipotents SPORTS, sur fond rouge-sang, les mots CANADIEN et WIMBLEDON suivent celui, plus léger, des ALOUETTES, qui semble faire le lien symbolique avec le nationalisme québecois, petit oiseau inoffensif et charmant qui réapparaît chaque printemps, mais repart en Floride dès que les temps s'obscurcissent.

Colonne de droite, le génial Leonard Cohen reçoit enfin la place qu'il mérite en première page et je ne m'en plaindrai pas, moi qui le considère l'égal de Dylan et Guthrie. Le fond rouge du cliché évite qu'on le perçoive comme un fleuron fabuleux de la culture québécoise et semble souligner le fait que le plus grand auteur-compositeur de l'histoire du Québec est anglophone, donc Canadian. On peut se consoler en se remémorant toute la sympathie que l'auteur démontrait pour les québécois dans son roman Beautiful Losers de 1966. C'est peut-être là le plus réjouissant clin d'œil de cette épatante page couverture, qui me remet à l'oreille l'éternelle Partisan (qu'a reprise le même Cohen en version bilingue).


LA COMPLAINTE DU PARTISAN

Les Allemands étaient chez moi
On m'a dit résigne toi
Mais je n'ai pas pu
Et j'ai repris mon arme

Personne ne m'a demandé
D'où je viens et où je vais
Vous qui le savez
Effacez mon passage

J'ai changé cent fois de nom
J'ai perdu femme et enfants
Mais j'ai tant d'amis
Et j'ai la France entière

Un vieil homme dans un grenier
Pour la nuit nous a cachés
L'ennemi l'a su (Les Allemands l'ont pris)
Il est mort sans surprise

Hier encore nous étions trois
Il ne reste plus que moi
Et je tourne en rond
Dans la prison des frontières

Le vent souffle sur les tombes
La liberté reviendra
On nous oubliera
Nous rentrerons dans l'ombre

— 1943
Paroles : Emmanuel d'Astier, musique : Anna Marly

18 commentaires:

Julie-Jeanne a dit…

C'est très fort, l'inconscient...
J'attire également ton attention sur ce grand pantin au regard triste dont le nom est à moitié éclipsé: un souverain en carton-pâte couronné du mot "Déclassé"...

Etienne a dit…

Ah, on voit bien que tu n'as pas lu Pratte toi. Il nous dit (tendrement) qu'il faut évacuer toute politique de la St-Jean parce qu'il se sent exclu lorsqu'il entend un discours patriotique le soir de la dite St-Jean.

Le pauvre ti-pou. Les méchants souverainistes le blessent de l'intérieur. Le soir de sa fête PAS nationale en plus. C’est mal ! :(

(Oui je lis Pratte et Dubuc, même si ça je termine toujours dans la rage et les convulsions. C’est pour ne pas oublier qu’il existe des êtres humains comme eux en dehors de ma maison (d’où je ne sors pas souvent))

Gomeux a dit…

Cohen s'est adressé au spectateurs en français une bonne pendant une bonne partie du pestacle, apparament.
**
Salut JJ!

& a dit…

JJ ! Oh que c'est bien vu ! Arghle. Pas capté ! Et qui est représenté par ce tas de bouse à forme humaine ? Lévesque ? Trudeau ? Lesage ? Impossible à dire…

Étienne : :0)

Gom : je m'en doutais. Cet homme, s'il était une femme, je voudrais être sa gouine.

Daniel a dit…

Cette chanson de Cohen est tout simplement magnifique. Fine analyse de la première page de La Presse. Ça me fait penser à celle qui disait en gros titre quelque chose comme: "Un candidat du PQ nie le génocide Rwandais" en faisant allusion à la position de Robin Philot. Tout cela bien entendu en pleine campagne électorale. Je lis La Presse sur une base régulière. Selon moi ça demeure un "bon" journal, mais disons qu'il faut toujours résolument le lire de façon critique. Il faut aussi absolument aller chercher de l'information ailleur.

gaétan a dit…

Quel analyse tu m'enlèves les maux de la bouche. Comme on dit: je repose quand tu parles. J'ajouterais le terme "négatif" de fêtard et que les québécois ne célèbrent pas la fête nationale mais "font la fête" tout pour évacuer la symbolique de la fête nationale...
L'autre point majeur demeure le soldat. Quel vacherie!
Quand le message est dans la mise en page plutôt que dans la nouvelle.

& a dit…

Chers lecteurs, collègues et amis, rares sont ceux qui ne sont pas dupes en ces temps si flous. C'est un baume de vous savoir tous et toutes là, quelque part sur la vieille boule.

Morgane Le Fay a dit…

Non mais franchement, je reconnais plus du tout, mais plus du tout, ce genre de une de la Presse. Bon, ca fait longtemps aussi que j'ai pas vu NON plus le dit-journal dans mes mains...

Sans mentir, on dirait un pamphlet du 18e où les québécois passaient pour des "sauvages" aux yeux de nos bons vieux bourgeois de Paris ou de Londres... avec le bon soldat anglais dans toute sa splendeur...

Beurk, ca me dégôute autant de propagande sur une seule page.
Très réussi ton analyse poking buddy, j'adore te lire.. :-)

& a dit…

Allo Morg !
Longtemps sans nouvelles !

Viens plus souvent, eh !

Morgane Le Fay a dit…

ViVi je sais... j'ai déjà pas eu trop le temps, maintenant je l'ai... Pis pour des trucs vachety bien va!

Va voir comment je t'ai fait de la "monstre" pub dans mon dernier post (j'en t'en dirais plus dès que je l'aurais dévoré).
Et je compte bien remplir les pages de mon blog de quelques trouvailles tout à fait "délicieuses" (ca veut dire que ca chier dans le ventilo!)

Bisous tout plein!

ici donc parano a dit…

Anglophone donc canadian... LOL

& a dit…

RIght.

Anonyme a dit…

Right what ? Right donc yes man ?

& a dit…

Right comme dans right wing.

right wing qu'il dit a dit…

LOL anglophone donc canadian donc right wing... belle pétition de principes.

& a dit…

Shit fellas we got us a commie french frog. Get the ol' tar n'feathers. Naaah who's right? Whosya daddy? Suck that coke up, lil' froggie.

Anonyme a dit…

Il a une milice cet abruti.

terrorisé ! a dit…

LOL