Friedrich Nietzsche

L'État , c'est ainsi que s'appelle le plus froid des monstres froids et il ment froidement, et le mensonge que voici sort de sa bouche : « Moi, l'État, je suis le peuple. »

Maxime Gorki

Le mensonge est la religion des esclaves et des patrons

mercredi 28 mai 2008

Pierre Falardeau sur Michaëlle Jean

Pierre Falardeau, dans la dernière édition du journal Le Québécois (vol.8, no.2), réagit à la visite de Michaëlle Jean en France. Permission de publier le texte ou des extraits avec mention de la source.


La Presque Reine et le petit président

À regarder Michaëlle Jean, la petite reine du Carnaval de Québec, et sa grand'tarte de mari, les baguettes en l'air, jouer leur farce sinistre en France, sous les regards admiratifs des journaleux insignifiants, on ressent un profond dégoût. Tout est petit dans cette histoire, la presque reine et le petit coq grimpé sur ses ergots qui joue les matamores présidentiels. On a l'impression de feuilleter, encore une fois, un mauvais photo-roman des années cinquante, mettant en vedette une caricature d'Aunt Jemima revampée par les stylistes de la revue Châtelaine ou de Channel no. 5, une pâle copie en culottes courtes de Napoléon-le-Petit et Paul Desmarais dans le rôle du parrain mafieux. De grands comédiens, mais une pièce de théâtre pornographique.

Comment peut-on à la fois se réclamer de l'héritage d'Aimé Césaire, de son Discours sur le colonialisme, de l'horreur sans nom du système esclavagiste et jouer les rois-nègres au féminin : le poste de représentant de la Reine d'Angleterre est un des symboles les plus haïs de toute l'histoire du colonialisme et de l'impérialisme britanniques, non seulement au Québec, mais aussi en Irlande, en Afrique, en Asie et au Moyen-Orient. Il y a là une contradiction insurmontable. On ne peut pas justifier tout et n'importe quoi. Même l'injustifiable.

Et qu'on ne vienne pas nous les gonfler avec les accusations de racisme : le problème n'est pas la couleur de la peau de la presque souveraine, mais ses prises de position politiques tordues et réactionnaires. Et qu'on ne vienne surtout pas nous chanter la chanson de « l'image positive pour la communauté noire ». Arrêtez vos bêtises avec vos « success stories » pour Lady Di de Chambre de Commerce. Vous allez pas vous refaire une santé mentale sur le dos des Québécois. On ne me fera pas coller quand même que l'Empereur Bokassa, le président Mobutu et la crapule à Omar Bongo sont des exemples de réussite pour la jeunesse. Si le « gansta rap » avec ses bandits, ses faux diamants, ses chars de cul et ses colliers en or est un exemple de réussite, alors c'est à désespérer de l'aventure humaine. En tout cas, ce n'est pas ce que m'ont appris Fanon, Malcom, Cabral, Césaire, Sankara ou Baldwin, ces grands maîtres de la pensée anticolonialiste.

Mais le plus dégoûtant dans toute cette affaire, ce n'est pas le cabotinage de cette « Uncle Tom » en talons hauts ni les pitreries de sa grand'tarte, mais l'àplatventrisme des politiciens québécois responsables de tant de courbettes et de petitesse. Jean Charest, avec sa joyeuse bande de vingt watts et de deux de pique, se pète les bretelles avec sa politique de la carpette, du perron de porte et de la démission. C'est la politique libérale de l'autohumiliation, la politique de l'enculé heureux, à la Benoît Pelletier, satisfait, avec son petit pot de vaseline à la main.

Mais plus dégoûtant encore, c'est le choeur habituel des flatteurs et des encenseurs du régime grassement payés par Power Corporation pour avaliser et applaudir cette politique réductionniste. Et ils parlent comme le Petit Pratte de réalisme politique et de grandeur. Et ce sont les mêmes vendus qui chantent les vertus de la schizophrénique loi 101 avec son bilinguisme institutionnel bien réel, les vertus de la privatisation en douce d'Hydro-Québec à grands coups de moulins à vent verts solitaires et les vertus d'une loi sur la protection du territoire agricole qui ne protège plus rien. Ce sont les mêmes encore qui applaudissent l'engraissement des amis du Parti par le biais des PPP, le démantèlement des ZEC et la destruction systématique de l'État québécois. Toujours les mêmes qui nous racontent que tout va pour le mieux, que l'économie du Québec tourne à plein régime, alors que les usines ferment leur porte à gauche et à droite.

L'infime Jean Charest descend encore plus bas dans la soumission que le minuscule Robert Bourassa et tous ces débiles mentaux se préparent à remettre au pouvoir ces nains presque inexistants. Parizeau avait raison : on patauge toujours dans l'argent et les votes ethniques.

Pendant ce temps-là, d'autres hystériques en mal d'identification, peut-être les mêmes, chantent le Ô Canada en bilingue au Centre Machin-Truc, font tourner leurs linges à vaisselle au-dessus de leur tête et se prennent pour des « nommebeurrouones » avec le « flag du Canadien su'l'hood ». N'importe quoi! La prochaine fois, ils se mettront le drapeau de la Molson dans le cul, ou celui des beignes Tim Horton, du Pape ou des Jeux gais. N'importe quoi! C'est proprement dégoûtant.

Et si vraiment les peuples ont les politiciens qu'ils méritent, alors le peuple québécois mérite de disparaître tout de suite et de finir dans la fosse septique de l'histoire. C'est tout ce qu'il mérite.

Pierre Falardeau

Pour de plus amples informations :
Éditions du Québécois
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418-260-2201

18 commentaires:

swan_pr a dit…

j'ai ben d'la misère avec son tout noir tout blanc. bien sûr qu'il est important, essentiel, de dénoncer, provoquer. en même temps des fois je me sens presque honteuse d'être bien ici, d'aimer ma province, les gens qui y habitent. il m'a fait le même coup il y a deux ans avec une sortie sur la banlieue qui m'a franchement blessée. à croire qu'aussitôt qu'on franchi le pont on devient des loques inutiles à la société, sans aucune valeur humaine et entièrement dévouées à faire fonctionner le grand four. il y avait un tel mépris dans son regard, ça m'a fait me questionner... comment se déclarer humaniste et pour la liberté absolue des peuples quand on entretien une telle haine envers la majortié des humains qui t'entourent? j'ai peut-être pas l'intelligence ni la culture ni l'intégrité requises pour bien apprécier ses propos. mais j'aime mieux ça. vivre avec une rage aussi aigue en tout temps, j'y arriverais pas.

& a dit…

Je n'ai pas vu, évidemment, cette émission. Mais le fait est que je bossais sur un texte et je me suis aperçu ce matin que monsieur Falardeau l'avait écrit avant moi.

Quant aux gens des banlieues, ils doivent se dépêtrer dans la propagande audio-visuelle, et monsieur Falardeau, tout révolutionnaire qu'il est, participe de toutes ses forces au destin interminable de cet outil d'asservissement des masses qu'est le cinéma. Je répète qu'à mon avis, plus on met de talent au service de ce monstre gluant et pestiféré qu'est le rituel cinématographique, plus on collabore avec l'ogre, que ça soit délibéré ou non.

Monsieur Falardeau a certainement lu Debord. Sinon, il serait temps.

Mendelien a dit…

Falardeau a toujours été un provocateur. Alors, si ça provoque c'est qu'il atteint son but. Ce qui est fatiguant au Québec, c'est qu'à force d'être gentil gentil avec tout l'monde et son frère, on a un des taux de suicide les plus élevé au monde et qu'on est le seul pays au monde qui a dit non démocratiquement à sa propre indépendance.

swan_pr a dit…

je ne le perçoit pas comme un provocateur, pas dans le sens provoquer pour provoquer. ses propos sont souvent plus pertinents que tout ce qu'on peut nous servir ailleurs. ce que je dis, c'est qu'à force de tirer sur tout ce qui bouge, il reste plus grand monde pour t'écouter.

& a dit…

Mendelien, s'il te plaît, ne critique pas notre taux de suicide. C'est toujours comme ça au Québec, dès qu'on fait quelque chose mieux que les autres, on critique. On est number ONE dans un domaine, et moi ça me rend fier. On est plus juste la cour à copeaux du Vermont. Yeah.

Swan : ben d'accord ! Surtout que ça devient le fou du roi…

Daniel a dit…

Mademoiselle Swan
Falardeau c'est un personnage et c'est un pamphlétaire. Vous n'avez pas aimé son texte sur le 450, libre à vous, mais que pensez-vous du présent texte ?
Selon moi la nomination de Michaelle Jean à ce poste est un brillant coup politique de l'État fédéral canadien. Et la critiquer elle, à tort ou à raison, c'est mettre le pied sur une pelure de banane politique. Et il y a Dany Laferrière qui fait de la démagogie en la défendant, en nous promettant la rue et du sang si jamais ces attaques vont "trop loin"....

& a dit…

Y a le neveu d'Idi Amin Dada qui est pressenti pour remplacer Mme Jean. Au moins, il est catholique, celui-là ! J'ai bien aimé, toujours à côté du même sujet, l'article de LaGraisse comparant Mordecai Richler à VLB. Je trépigne d'impatience en espérant bientôt une suite, comparant les Faces-à-Claques aux Simpson, ou les fiches comparatives de Patrick Roy, Vladimir Lénine et Johnny Halliday !

Accent Grave a dit…

Texte mémorable! J'adore.

Bien sûr qu'il choque, enfin, pas encore assez on dirait. Au point qu'en relisant ce texte, je ne vois à peu près rien qui ne soit évident. Suis-je si tordu?

Bon, il y a les tournures de phrases et certaines expressions mais finalement, ce que nous pouvons faire et endurer au Québec est assez extraordinaire... bien plus choquant que ces quelques mots piquants.

N'avez-vous pas été frappé par ces gens au Centre Bell qui chantaient à tue tête l'hymne canadien pour assister à un match du Canadien, équipe qui a si peu joueurs francophones. C'est quand même étonnant! Bof, ça me fait penser à ces noirs américains qui brandissent le drapeau américain quand ils remportent une médaille.

Et pour la gouverneuse Jean, aucun mot ne peut être trop dur. Colonisés que nous sommes!

Accent Grave

& a dit…

Voilà quelques très bons points, monsieur Grave. Je pose que même les discussions autour du principe de l'abolition de la monarchie et de ses symboles grotesques achoppent aujourd'hui du côté droit du kiosque de guignol en raison de l'attachement émotif aux vieilles chaînes qui nous causent tant de nostalgie, et du côté « gauche » parce qu'il ne s'apparente en fait qu'à un léger relookage d'une merde (l'État) qui n'a plus, qui n'a pas, qui n'a jamais eu de légitimité, de pertinence, ou de filiation avec les intérêts des grands ou des petits peuples.

gaétan a dit…

D'accord ou pas avec les propos de P.Falardeau l'important c'est que de plus en plus de voix se font entendre. Des voix autres que les credos des mass médias.
Contrairement à la conclusion de falardeau je garde espoir que les québécois vont se réveiller.

Daniel a dit…

Nommée Michaelle Jean comme gouverneur générale du Canada était et demeure un coup fümant de la part des libéraux. Elle est femme, noire et haîtienne. Vous ne pouvez la critiquer sans qu'on vous soupconne de biens mauvais sentiments. Et les haitiens de Montréal, pour la plupart sont honorés par cette nomination. En la gouverneure générale ils ne voient pas un symbole du colonialisme. Ils voient plutôt un grand poste de prestige et pour eux une forme de reconnaissance dans le grand ensemble canadien. Critiquer la fonction et surtout la critiquer elle c'est ce piéger politiquement.

swan_pr a dit…

quelles autres voix? falardeau est diffusé comment, si ce n'est que par le mass media? et s'il n'était pas connu, jouirait-il d'une telle plateforme? c'est malheureux, ça pue, mais c'est comme ça, les voix "autres" ne sont souvent que des caricatures. nous n'entendons que celles qui se sont rendues au micro en faisant comme toutes les autres.

Daniel a dit…

Mademoiselle Swan
Il semble que sur le fond vous ayez peu de respect pour Falardeau, libre à vous. Mais sur le fond de l'affaire vous n'avez encore rien dit.

& a dit…

Uhm, Daniel, sauf l'affection que je te porte, je dois dire ici qu'avec son dernier commentaire, Swan me semble non seulement avoir touché au cœur de la discussion, mais elle arrive aussi à nous éloigner de l'aspect « spectacle » en attirant notre attention dessus.

Reste que l'autre Aunt Jemima et l'Oncle Pierre font un sacré duo de guignols involontaires. Pendant ce temps, qui au Québec parle de l'Union Nord-Américaine !? C'est quand même sans doute le sujet politico-social le plus important depuis l'arrivée de Colomb, non ?

gaétan a dit…

@Swann
Le journal Le québécois "mass media"? Hé ben...

Daniel a dit…

L'Union Nord-Américaine... il me semble que Elvis Gratton est pour... C'est là un fascinant sujet de géopolitique. On nous sers comme élément de comapraison l'Union Européenne, alors que c'est vraiment autre chose. Il y a un sacré livre à écrire la-dessus. La souris dans l'éléphant.

swan_pr a dit…

si j'avais quelque chose à redire sur le fond, je l'aurais fait. si j'ai abordé le sujet de Falardeau, c'est justement parce que c'est le porteur du message qui m'interpellait. je n'ai pas, comme je l'ai mentionné, ni la culture, ni l'éloquence pour écire des pamphlets exposant mes opinions politiques.

mais je pense que j'ai malgré tout le droit de faire dissidence. c'est pas parcque Falardeau dit des choses que plusieurs ne font que rêver d'être capable d'exprimer, que je dois lui vouer une admiration aveugle.

de plus, je n'ai jamais dit que Le Québecois faisait partie du mass media (enfin, c'est un autre sujet ça). je parlais de la voix, et d'où elle sort. les propos de Falardeau ne sont pas cantonés sur des sites obscures et sur des dépliants de petits crétins néofelquistes. sa voix est portée, malgré le propos et *grâce* à son nom.

il y a effectivement des gens qui ont des choses à dire. mais malheureusement nous ne les entendons jamais.

Daniel a dit…

Rencontré l'autre jour une jeune femme d'origine haîtienne dans un bureau dans le cadre de mon travail de coursier à vélo. Je lui ai demandé de me dire ce qu'elle pensait de la controverse entourant Michaëlle Jean comme gouverneure générale du Canada. J'ai su tout d'abord que selon elle Michaëlle Jean est une personne formidable. Quand j'ai très gentiment essayé de lui expliqué en quoi elle était un outil politique entre les mains de l'État canadien, elle m'a répondu quelque chose comme quoi les péquistes font ou auraient fait la même chose et que c'est ça la politique. Et elle est revenue sur le fait que c'est une personne formidable. On a donc vite traçé un cercle et ce n'était pas un cercle vertueux. J'en suis resté plutôt spontaragonflé, même si sur le fond c'est le genre de réponse à laquelle je m'attendais.