Friedrich Nietzsche

L'État , c'est ainsi que s'appelle le plus froid des monstres froids et il ment froidement, et le mensonge que voici sort de sa bouche : « Moi, l'État, je suis le peuple. »

Maxime Gorki

Le mensonge est la religion des esclaves et des patrons

vendredi 30 novembre 2007

Guy Ernest Debord, 1931 - 1994



Il y a treize ans aujourd'hui, mourait Guy Ernest Debord.

Parmi ses faits d'armes, mentionnons qu'il a occis le cinéma, dont la longue agonie semble achever enfin. Lui et son Internationale Situationniste font partie des principaux initiateurs de la révolte de mai 1968. Auteur de La Société du Spectacle, une oeuvre généralement sous-estimée bien que portée aux nues. Relire Debord aujourd'hui, c'est découvrir sa quasi extra-lucidité sociale, politique et artistique.

Combattu férocement par les cons, craint des ogres. Aimé de bien peu.
Je propose cent ans de silence loquace en son honneur.

mardi 20 novembre 2007

Le Mauvais Siècle, annexe 4
Pour en finir une fois pour toutes avec






C'est quand même une sacrée grosse de bordélique sacoche, qu'il porte sur le dos, votre « Papa Noël », non !? Ce n'est peut-être pas par charité chrétienne que les patrons vous paient pour que vous puissiez participer à cette mascarade !…

Toute l'éloquente pathologie affective de l'occident (et donc du monde moderne en entier, par contamination audio-visuelle) est contenue dans cette poubelle symbolique autour de laquelle on a tant noué de tensions, de contraintes, de culpabilités et d'expédients de la jouissance, que c'en est devenu une sorte de psychose à laquelle il est subversif et quasi-criminel de vouloir échapper.

Mais c'est tellement cool pour les enfants ! Si tu voyais leurs yeuuuux !

Les Ingrédients

La Noël telle que nous la connaissons n'est pas une tradition millénaire. C'est un mélange hétéroclite de rites païens germaniques, de saturniennes romaines, de zigonnages cathos et de créativité publicitaire, dont la forme définitive remonte à peine aux années folles, à l'entre-deux guerres. Détail marrant comme je les aime, c'est Roosevelt qui fait déplacer la date de l'action de grâce pour la rapprocher de Noël, à la demande des commerçants qui veulent ainsi créer une sorte de power-période des fêtes. L'argument invoqué est d'un syllogisme ahurissant : ce plan doit sortir le pays de la dépression ! Dépensez vos derniers sous, ça va marcher !


Le Père Noël
L'idée du gros bonhomme rouge et blanc qui distribue des cadeaux est un indéniable coup de génie. À l’origine, c’est un caricaturiste états-unien qui a popularisé le mythe de Saint-Nicolas autour de 1880. C’est une époque que les abonnés du Mauvais Siècle connaissent bien. Puis, c’est vers 1920 que Coca-Cola cristallise une bonne fois pour toutes l’image du Santa en imposant sa version aux couleurs de la marque.
Il peut sembler exagéré de dire que l'industrie de la boisson gazeuse vient de s'associer à la sainteté pour pas trop cher, façon fast-track. C'est pourquoi je n'en dirai rien.

Le Sapin
Quel rapport entre Jésus et le sapin ? Euh… Il s'agit d'une autre récupération, en fait. Ça vient des rites des tribus germaniques, conquises par le Saint-Empire, qui avaient une grosse sale fête, vers ce temps de l'année. Bon, toutes les peuplades d'Europe fêtaient le solstice, ça s'est goupillé naturel. Tu peux continuer ton party, danse, flambeaux, boisson, vomi, et tout, je vais juste te rajouter une petite hostie quelque part, on va chanter un choeur et le Pape sera content.

La fée des étoiles (cherchez-là dans vos putains de bibles !) vient de là aussi, avec la coïncidence esthétique de l'étoile de Bethléhem en guise de mousse-confusion. Le sapin n’a absolument rien à voir avec Jésus, au-delà du fait qu’il est condamné à crever d’une mort lente par asphyxie sous nos yeux. Il représente la nature dominée, vaincue et asservie, et vient sans doute nous rappeler vaguement d’où nous sortons, ce terrible destin sauvage auquel nous avons glorieusement échappé. Plus qu’un élément de célébration païenne de la puissance de la forêt, la présence du sapin est un rappel sinistre de l’obsession des Bernays, Rockefeller et Ford : ordonner le chaos.

La Parole Divine
L'importance de cet immense et grotesque sketch psychotique est lourdement justifée par la présence de Jésus, fondateur d'une petite secte qui voulait se faire grosse et qui a foutrement réussi. Déjà là, on assiste à une première permutation, une des premières manifestations à grande échelle de la capacité de l'Empire Romain à rester en vie tout en revêtant de façon retorse la peau exsangue de son pire ennemi. Bref, le Vatican est à Rome. Dois-je élaborer ?

Donc, le Christ, personnage principal de notre théâtre moral, est au centre de Noël, qui est censée représenter une célébration de sa naissance. Jusque là, tout se comprend. L'Empire s'est étendu, a connu des schismes, a changé de capitale 30 fois, de nom, d'idée, de continent, mais tout ce temps, le costume loqueteux du pauvre mec en croix a servi à séduire les bonnes gens. On l'aime, c'est lui qui a parti le truc, on célèbre sa naissance, chouette alors.




L'Équation
Il ne vous aura certainement pas échappé que le conte du Père Noël est construit de façon à pasticher le système industriel. Le Papa Noël, je vous le rappelle, est en charge de fabriquer les cadeaux. Il est le patron de l’usine et représente donc symboliquement l’industrie. C'est également lui qui se charge de la livraison, de transporter les marchandises. Sans vouloir trop simplifier, je crois qu'on peut résoudre l'équation qui est inculquée au peuple des petits bébés ainsi :

CAPITALISME/INDUSTRIE+TRANSPORT = PAPA-NOËL/JÉSUS/DIEU TOUT PUISSANT = SUPRÊME BIENFAISANCE


La Morale

Vous contribuez vous-même à l'élaboration chez vos enfants du mythe de Coke. Par la suite, ceux-ci vous tiennent otages de leur naïveté en exerçant des pressions sur vous pour que la charade soit reconduite, avec ses promesses de rétributions. Il est fascinant de constater la simplicité mécanique avec laquelle on dresse les petits dès les tout premiers instants pour faire d'eux de bons esclaves ! Si tu as été gentil/bon/sage (donc respectueux du code), t'auras un salaire, une récompense, offerte par Papa.

Ce code est théoriquement contenu dans ce qu'on pourrait appeler la religion. Par contre, il fait l'objet d'un commerce et d'un trafic profondément tordu, s'intensifiant avec l'approche de la période en question, c'est-à-dire que le marchandage sur la morale arrive toujours à son point de tension maximale dans les semaines qui précèdent la paie, le cadeau, la récompense.

Je prends soin de rappeller que toutes ces initiations à la LOI et à la morale ont lieu au foyer, entre la ou les figures proéminentes et primales de l'autorité, d'un coté, et les petits êtres humains en pleine période de formation de leur pensée, de l'infrastructure de leur désir et de l'échafaudage de leurs allégeances, de l'autre.

Tout ça est transporté par une utilisation déchaînée des moyens modernes de propagande. Rien ne sera épargné pour asséner au petit cerveau presque vierge la leçon primordiale, NOËL IS BIG. Ils en parlent à l'école, sur les panneaux, sur Internet, autour de la table, dans la cour, sur la rue, dans les vitrines, dans l'autobus, à la radio, au cinéma ! Les parents ont pas trop l'air de se méfier du message… C'EST POUR LES ENFANTS. Pardi. Tu m'étonne. C'est du carpet bombing.

À la télé, dans les émissions, entre les émissions, dans les réclames, on annonce d’autres annonces de Noël pendant les annonces d'annonces, le contenu et ses méta-ersatz se percutent et se tournipénêtrent, s'embeddent jusque dans la nourriture, le linge, la musique, on claironne les vertus de l'association Jésus-Père-Noël-Capital sur tous les tons !

Jusqu'au poste de télé lui-même qui sera dans bien des cas décoré de grosses boules rouges et de petits lampions puants. Le bambin sera mitraillé, imbibé, irradié de cette idée de fusion/permutation de Dieu-Père-patronnât. De l'autre côté, on jouera à fond la caisse la carte sado-masochiste de l'identification bambin-Jésus, donc cœur pur, comportement exemplaire, sacrifice, mais également — et c'est habile : rébellion, jeunesse, charisme, beauté, nudité, torture.

Va te coucher, mange tes petits pois, baisse la sono, lâche la Xbox, fais tes devoirs, prends ton bain, lave tes dents, peigne tes cheveux, sors tes doigts de ton nez, dis merci, s'il-vous-plaît, ne jette pas ta soeur par la fenêtre… tout le cirque des petits dressages est informé par la menace de l'humiliation matérielle, la punition du Père, le refus du cadeau, associé pesamment à l'exclusion du paradis. Ramasse tes traîneries, ou tu seras pauvre. Inversement, tonds la pelouse, et t'auras un hélicoptère en plastique. C'est la version simplifiée des relations patron-employé depuis le début de l'ère industrielle.


Ascenseur pour l’Échaufourrée
Évidemment, dès l'instant de sa toute première séance de déballage, l'enfant apprend ce que c'est que l'échelle sociale. La lutte des classes, qu'on voudrait désormais nier dans les journaux capitalistes (à quoi bon ?), apparaît à l'enfant dans toute sa vérité sauvage et impitoyable. L'enfant le plus pauvre aura droit aux rares philosophies de la soirée : L'argent fait pas le bonheur, tes amis te prêteront leur jouets (eh locataire ! sois gentil, on te laissera vivre). Ou encore : ce qui compte c'est qu'on soit tous réunis. Comment nier qu'on lie — dès le berceau — morale, consommation, Christ, capital, ascension sociale, bonne conduite, famille et système ? En Amérique latine (où les choses sont souvent plus claires), Papa Noël fabrique les cadeaux mais c'est carrément Jésus qui les livre en personne aux petits !

Tout ce bardas est imbriqué de manière si impitoyable que le bambin le plus obtus ne peut en aucun cas manquer de comprendre vivement dans sa chair le message sous-jacent : obéis. Ta place est ici, avec ton clan, ta famille.


Dors, citoyen, c'est le réveillon !

Le moment clé de la soirée, même chez les croyants les plus fervents, n'a rien à voir avec la Christ-messe. Le clou du spectacle est la longue session d'adoration en demi-cercle autour des produits, rassemblés, décorés, emballés, miroitants, rutilants, disposés, étalés au pied de l'arbre moribond. Enfin, moment suprême, la fin du mystère, la révélation du secret, le déballage et ses promesses d'accession à la connaissance. On enseigne dès le berceau à nos petits amours à espérer la jouissance dans le déballage d'un produit.


• • •

Je me souviens. Ça crie dans tous les coins. Y a de la musique forte. J'ai la tête qui tourne, trop de sucre, trop de boisson gazeuse, trop de fumée de clopes. Un oncle vient de me tripoter un peu, il est là-bas avec les petites cousines. Je cherche un visage qui me rassurerait. Ma vieille est murgée, hystérique. Mon vieux est angoissé, mal à l'aise, au bord de la panique. Les papys roupillent presque, ils s'en foutent bien. Je regarde dehors, c'est la nuit. Il neige. Ils l'ont eu, leur Noël blanc. Il n'y a nulle part où s'échapper. Je me cache derrière un fauteuil et je palpe longuement une quille de bowling en plastique rouge-sang.

dimanche 18 novembre 2007

Laissons la parole à l'ogre qui a faim




« Certains croient que nous (la famille Rockefeller) faisons partie d'une cabale secrète travaillant contre les intérêts des États-Unis. Ils nous traitent d'internationalistes, nous accusent de conspirer avec d'autres de par le monde pour construire une structure politique et économique mondiale intégrée — un gouvernement mondial, si vous préférez. Si c'est là l'accusation, je plaide coupable, et avec fierté ! »

— David Rockefeller, “Memoirs”, 2002




« Nous sommes reconnaissants au Washington Post, au New York Times, à Times Magazine, ainsi qu'aux autres grandes publications dont les directeurs ont participé à nos réunions et respecté leurs promesses de rester discrets pendant près de quarante ans.

Il aurait été impossible de développer notre projet pour le monde, si nous avions été victimes des éclairages crus de la publicité au cours de ces années. Mais notre oeuvre est maintenant à un stade beaucoup plus sophistiqué et nous sommes prêts à entamer la marche vers un gouvernement mondial.

La souveraineté supranationale d'une élite intellectuelle et des banquiers mondiaux est certainement préférable à l'autodétermination nationale pratiquée lors des siècles passés. »

— David Rockefeller, au cours d'une réunion du Groupe Bilderberg, à Baden en Allemagne
Rapport Hilaire DuBerrier, 1991



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Sources :
http://www.tiferet.be/2_rockefeller00.htm
http://www.unlearning.org/
http://www.fdrs.org/rockefeller_quotes.html
http://en.wikiquote.org/wiki/David_Rockefeller
http://www.oldthinkernews.com/Articles/oldthinker%20news/world_government.htm

samedi 17 novembre 2007

Un beau gros merci à Monsieur Mavrikakis

«Dude! Yo momma got a bigga hole n'dat!»

L'Article en question

Bien dit, Nicolas Mavrikakis !

Le 11 septembre, tout est arrivé EXACTEMENT comme on nous l'a dit à la télévision.

Savez, moi, depuis que j'ai compris qu'une balle de fusil peut virevolter dans les airs, frapper trois quatre cibles, ricocher sur des parois de métal et réapparaître intacte sur la civière d'un président, mon ouverture scientifique s'est grandement accrue.

J'ai donc foi en la version des très crédibles Bush, Cheney et Rumsfeld. Je crois sans une seule hésitation que certains jours de grand vent, un jumbojet peut « avaler ses ailes » en percutant un bâtiment. Que le diamètre de son fuselage peut diminuer de moitié et laisser un tout petit trou dans le mur. Pourquoi pas ?! Je crois aussi sans me gratter la tête que l'herbe de la pelouse du Pentagone a été conçue pour résister aux écrasements d'avion.

C'est rien, ça, non, je vais vous dire, monsieur Mavrikakis, je suis même prêt à croire que le Pentagone, le centre de commandement militaire des ÉU, n'est pas doté d'une moindre batterie anti-aérienne, d'un minable radar, ni même d'un pauvre petit garde tout pelé armé d'une mitrailleuse.

Je vous remercie donc au nom du peuple du monde, et des humains de mon époque, pour votre excellent travail, surtout que dans une critique d'art, s'il fallait que le lecteur se mette soudain à réfléchir... Enfin... Bon sang !…

Qui sait ? Qui sait ce qui pourrait se produire ?
Notre devoir, c'est d'y croire ! N'est-ce pas ?

Vous faites un travail prodigieux.
Merci, merci, merci.

Je vous embrasse.


&.
mccomber.blogspot.com

PS
Merci d'avance de censurer cette lettre, je ne voudrais surtout pas apparaître ! Je serais mortifié que même l'évocation de ces faits dans une lumière servile puisse y jeter le moindre éclat de doute ! Le doute est l'ennemi de l'art ! Comme la dissidence ! L'art est une vente ! Sculptons, peignons, dansons et chantons, si ! Mais... Vendons ! Vendons ! Vendons ! SELL ! SELL ! SELL !

Le Bon Roi, suite

Qui devrait "la fermer" ? Hugo Chavez ou Juan Carlos ?
Pascual Serrano



Le jour où Juan Carlos de Bourbon a dit quelque chose qu’on ne lui avait pas écrit
Traduit par Fausto Giudice



Le samedi 10 novembre, durant la session plénière du 17ème Sommet ibéroaméricain, nous avons assisté à une bronca sans précédent entre le président vénézuélien Hugo Chávez, l’Espagnol José Luis Rodríguez Zapatero, le Nicaraguayen Daniel Ortega et le roi d’Espagne Juan Carlos 1er. “Pourquoi tu ne la fermes pas?”, a lancé le roi espagnol au président vénézuélien, qui avait qualifié de “fasciste” José María Aznar pour le soutien que celui-ci avait apporté au coup d’État au Venezuela en avril 2002. Le Bourbon, visiblement courroucé, a quitté la séance de clôture du Sommet ibéroaméricain pour ne pas avoir à entendre les critiques du président nicaraguayen Daniel Ortega, contre la multinationale espagnole Unión Fenosa. De son côté, Rodríguez Zapatero a exigé de Chávez du «respect» pour Aznar, soulignant qu’il avait «été élu par les Espagnols».

Passons en revue le comportement de chacun des protagonistes.




Montonero, combattant des guerres d'indépendance de l'Argentine et de l'Uruguay, symbole de tous ceux qui, depuis 2 siècles et demi, refusent de "la fermer"


Hugo Chávez
On a dit que cela n’avait pas de sens de critiquer Aznar au cours d’un sommet qui avait pour thème la cohésion sociale de la communauté ibéroaméricaine, mais peu de médias ont rapporté que l’intervention de Chávez antérieure à l’incident était une réponse à des propos récents de Zapatero, lequel avait affirmé qu’un pays ne pourrait jamais progresser s’il cherche des justifications dans des interventions extérieures visant à arrêter ses progrès. Le président vénézuélien a exprimé son désaccord et a répondu que “l’on ne peut pas minimiser” l’impact des facteurs externes, se référant à l’appui donné par Aznar au coup d’État au Venezuela en avril 2002.
On accuse Chávez de recourir aux insultes contre Aznar et de ne pas respecter les formes et la bonne éducation. Mais n’oublions pas les raisons de l’indignation de Chávez: un gouvernement veut renverser un président légitime et appuie un coup d’État et face à cela, la réaction est d’accuser le président d’insulter le putschiste. Le monde à l’envers !

On s’est aussi plu à répéter que ce n’était ni le lieu ni le moment adéquats pour formuler cette accusation. La droite espagnole a dit la même chose lorsque le ministre des Affaires étrangères Miguel Ángel Moratinos a rappelé dans une émission de télévision l’implication du gouvernement Aznar dans le golpe contre Chávez. Quel est donc le bon moment pour dire ce genre de choses? Il n’y a pas de sommets ibéroaméricains sur le thème “les coups d’État tentés en Amérique latine et ceux qui étaient derrière”, si bien qu’il faudra bien l’exposer à un moment où les présidents se réunissent pour débattre.

Rodríguez Zapatero
Le Président du Conseil espagnol s’est fâché contre les critiques de Chávez à l’ex-président Aznar et il a rappelé que celui-ci avait été élu démocratiquement. Un président peut avoir l’obligation de défendre les institutions de son pays contre des critiques étrangères, mais pas la politique d’autres gouvernements. Si le président du Venezuela s’en était pris au parlement espagnol, à la Cour suprême ou à toute autre institution, la réaction de Zapatero aurait été justifiée mais ce qu’a affirmé Chávez sur la participation espagnole au golpe, non seulement était vrai mais avait été aussi reconnu et révélé par le ministre espagnol des Affaires étrangères, d’abord dans une émission de télévision et ensuite devant la Chambre des députés. La vérité ne devrait jamais déranger.

Le président espagnol s’est aussi permis l’impertinence d’affirmer devant les journalistes après le sommet qu’il avait averti le Vénézuélien qu’il espérait que c’était "la dernière fois" que dans un forum comme le Sommet ibéroaméricain quelqu’un agissait comme il l’avait fait en critiquant l’ex-président José María Aznar. Pourquoi un président ne pourrait-il pas dénoncer au cours d’un sommet l’appui d’un pays à un coup d’État ?

Zapatero a tenu de nouveaux propos malheureux peu après dans un meeting à Buenos Aires, où il a dit que, dans une réunion internationale, si quelqu’un attaque et disqualifie un de vos compatriotes, même si c’est un rival et un adversaire, "vous allez prendre sa défense" . Devons-nous défendre Franco ? Et aussi les Espagnols qui ont participé aux attentats d’Atocha (le 11 mars) et ont été condamnés pour cela ? Les Allemands doivent-ils défendre Hitler ? Qu’allons-nous faire en Irak avec les Irakiens qui défendent leur compatriote Saddam Hussein ? Que ferions-nous face à un Saoudien qui défendrait son compatriote Ben Laden?

Si Zapatero veut défendre des compatriotes, ce qu’il devrait faire, ce serait de demander au procureur général qu’il appuie les avocats de la familla Couso, qui demande justice pour l’assassinat du journaliste José Couso par des militaires usaméricains à Bagdad. C’est là qu’on devrait voir un président défendre ses concitoyens.

Juan Carlos de Bourbon
Le roi d’Espagne a pour la première fois dit spontanément quelque chose qui n’avait été écrit auparavant par aucun conseiller, ni par la Maison royale ni par un membre du gouvernement. Nous autres Espagnols nous avons pu voir sa capacité d’analyse, son niveau intellectuel, ses connaissances géopolitiques, ses talents diplomatiques et son respect pour un gouvernement légitime dans sa phrase : " Pourquoi tu ne la fermes pas?". Beaucoup des médias et d’analystes disent dans leurs commentaires que le roi a craqué; je suis convaincu que non, que simplement, pour une unique fois, il a parlé avec sa propre bouche et non pas pour répéter ce qu’on lui avait indiqué de dire. Nous savons déjà de quoi est capable le Bourbon quand on le laisse tout seul. À certains d’entre nous, ce " Pourquoi tu ne la fermes pas?" évoque furieusement le fameux “Asseyez-vous, connards ” d’un autre militaire espagnol l [1] . Mais peut-être ce qui a alarmé Juan Carlos de Bourbon, ce sont les détails secrets du golpe au Venezuela que Chávez était en train de raconter. Peut-être a-t-il pensé qu’on risquait quelque révélation dangereuse ?

Voyons maintenant les réactions
Partido Popular

Par la voix de son secrétaire à la communication, Gabriel Elgorriaga, il a assuré que l’incident était la conséquence "de l’imprévoyance, de la négligence et du manque de capacité d’agir" du président Zapatero. Zapatero croyait-il que le fait de défendre le golpisme d’ Aznar face aux vérités de Chávez allait lui valoir des applaudissements de la droite ?

Gaspar Llamazares
Le coordinateur de la Gauche Unie (Izquierda Unida) a fait preuve de bon sens en admettant que l’on "peut discuter de l’opportunité des formes", mais en soulignant que "ce qui est indiscutable, c’est ce que Chávez a dit sur l’implication et l’appui " du gouvernement Aznar "à la tentative de le renverser en 2002”.
Pour Llamazares, "ce que fait Chávez, c’est dire la vérité ", et le fait que "à ce niveau, certains soient scandalisés" par la censure de ces manœuvres "est, pour le moins, hyporcite".

Éditoriaux d'El País et El Mundo
“Don Juan Carlos était aussi dans son rôle, étant donné que le président vénézuélien a, par ses propos disqualifiants, franchi la ligne du tolérable dans une relation entre pays souverains”, écrit El País dans son éditorial. Après des années passées à critiquer la mauvaise éducation et l’absence de formes du président vénézuélien, il suffit qu’apparaisse Juan Carlos de Bourbon disant « Pourquoi tu ne la fermes pas ? " au président d’un autre pays dans la séance plénière d’un sommet et pour le quotidien mondial , “il est dans son rôle”.
L’éditorial d’ El Mundo est sur la même longueur d’ondes : il s’en prend “à la brutalité politique du président vénézuélien Hugo Chávez, qui est en train de contaminer d’autres présidents comme le Nicaraguayen Daniel Ortega. Et c’est le Roi d’Espagne qui a coupé l’herbe sous les pieds du caudillo (sic! NdT) vénézuélien en présence de tous les chefs d’État ibéroaméricains, en lui disant ce qu’on aurait du lui dire depuis longtemps”. "Pourquoi tu ne la fermes pas?", voilà ce qu’il faut dire aux présidents latinoaméricains quand ce qu’ils disent ne nous plait pas, selon les critères de ce quotidien. En outre, entre un roi non élu et un président élu par les urnes, El Mundo réserve la qualification de “caudillo” au second.

Le quotidien Público

Son titre proclame : “Daniel Ortega attaque aussi l’Espagne” et c’est répété en page 2 : “Les représentants du Nicaragua et de Cuba critiquent aussi l’Espagne”. Ce n’est pas vrai, personne n’a attaqué l’Espagne, Chávez a critiqué Aznar et Daniel Ortega Unión Fenosa. Ni Aznar ni cette entreprise privée ne sont “l’Espagne”. Un des analystes de Público , Jesús Gómez, écrit: “La dernière chose dont la gauche latinoaméricaine ait besoin, c’est d’une dose extraordinaire de messianisme et de mépris pour la démocratie et ses formes”. Ce qui est inquiétant, c’est qu’il ne fait pas là allusion aux putschistes contre le Venezuela, mais à son président démocratique.
La mutinerie des pays dignes contre le putschisme et les abus provenant de présidents et de multinationales d’Espagne dans ce sommet doit nous amener tous à une réflexion : l’heure est venue de changer les relations entre l’ancienne métropole et l’Amérique latine. Les expressions et les avancées dans le sens de l’unité latinoaméricaine doivent comporter l’éloignement d’une ex-métropole qui, avec un chef d’État non élu qui ordonne de se taire aux présidents démocratiquement élus d’Amérique latine et quitte les réunions quand il n’aime pas ce qu’il entend, démontre qu’elle n’a pas compris que les choses ont changé. Si le gouvernement d’Espagne va à ces rencontres pour défendre les multinationales et les présidents putschistes, ce pays européen est de trop dans les sommets latinoaméricains.

Quand un jeune devient adulte et indépendant, le moment arrive où il doit cesser d’inviter à ses anniversaires et fêtes sociales ce camarade de collège violent et brutal qui le harcelait dans la cour de récréation. L’Amérique latine doit choisir entre unité et souveraineté et une métropole qui lui dit de se taire.

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[1] Expression lancée par le lieutenant-colonel Antonio Tejero aux députés de la Chambre lors de sa tentative de coup d’État du 23 février 1981.

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Source : pascualserrano.net et Rebelión
Article original publié le 11 novembre 2007
Sur l’auteur
Fausto Giudice est membre de Tlaxcala, le réseau de traducteurs pour la diversité linguistique. Cette traduction est libre de reproduction, à condition d'en respecter l’intégrité et d’en mentionner l’auteur, le traducteur, le réviseur et la source.
URL de cet article sur Tlaxcala : http://www.tlaxcala.es/pp.asp?reference=4115&lg=fr

jeudi 15 novembre 2007

La Guillotine réhabilitée !




Le gars est un noble descendant de Louis XIV. Proche parent des familles royales britanniques, d'Autriche, etc. Cependant, ce n'est pas par généalogie qu'il s'est retrouvé Roi d'Espagne. Non mes amis. C'est son grand pote Franco, qui lui a légué le trône, à sa mort, après l'avoir désigné comme successeur. Franco, lui, avait gentiment remplacé les amigos au pouvoir dans les années 30, assassinant le gouvernement, et détruisant par les armes la démocratie espagnole, au cours d'une (plutôt) amère et (quand même) sanglante guerre civile. On ne fait pas de tortilla sans casser des couilles. Malgré les apparences, Franco n'était pas un bandit ni un voyou ! Il avait l'appui de gens bien. Il était directement et ouvertement soutenu par la généreuse Italie fasciste de Mussolini, la joviale Allemagne nazie de Hitler, la bienheureuse junte despotique de Salazar, etc., donc Ford, donc Morgan, donc Rockefeller. Que du bon pain.

Juan a bien colmaté les trous, dans les années soixante-dix. Il a invité les petits collabos de gauche au château (ça les a bien impressionné - le chef du parti communiste a même hurlé «Vive le Roi»). Le doux Carlos a été jusqu'à permettre des élections, et tout. Chouette et confortable système à la britannique, où le peuple a l'impression de pouvoir changer la couleur du fond d'écran de temps à autres. Comme au Canada, quoi ! Tout le monde est satisfait. C'est stable. Respectable.

Donc, ce bon monsieur Juan Carlos a vociféré cette semaine, au cours d'un sommet international (utilisant le «tu» et non pas le «usted») :

« Toi, pourquoi tu fermes-pas ta gueule !? »

À qui s'adressait-il ? À un clochard ? À un serveur dans un bar ? À sa boniche ? Euh…

À ce détestable et vilain Hugo Chavez, président du Vénézuela, élu trois fois (récement à 65%), vainqueur d'un référendum sur sa présidence, ayant triomphé d'un coup d'état, mais malgré tout, euh, un dictateur non-démocratique et non-bon, pas bien, super-méchant. Chavez est vraiment un vlimeux fieffé personnage.

Primo, il n'est pas un leader socialo-gougoune, du type commerce équitable, business-goes-on, comme on les aime en occident du Nord, et comme les approuvent les banquiers de la World Bank et du FMI (dont le Venezuela s'est retiré l'an dernier, après avoir épongé sa dette jusqu'au dernier centime - oh le diabolique pas gentil mauvais Chavez, caca pouah !).

Son gouvernement, en plus de se montrer coupable de proximité avec la populace puante et crasseuse des zones, est en voie de gâcher de nombreux aspects positifs de la réalité de l'Amérique Latine.

On construit des écoles, ce qui rend les pauvres malheureux, lorsqu'ils prennent conscience de leur condition ! On multiplie les ouvertures d'hôpitaux dans les quartiers pauvres, ce qui contrevient aux programmes de l'ONU de réduction de la population. On remplace les cabanes de carton des bidonvilles par des habitations, ce qui décourage les pauvres de travailler et leur donne des raisons de plus pour tirer au flanc. Affreux !

Ces fous terroristes ont même aidé l'Argentine à régler sa dette extérieure, qui est aujourd'hui de zéro (vous vous rappelez, l'Argentine ? le miracle argentin ?). Idem pour la Bolivie, le Nicaragua, l'Équateur. Y a pire! Le Vénézuela est proche de ces dangereux communistes non-démocratiques Cubains ! Ceux-là même qui ont poussé la méchanceté et le non-respect de la démocratie jusqu'à planter les USA (et le Canada) au baseball olympique. Des barbares ! Même qu'ils fument !

Mais secundo, et surtout, si vous permettez que je donne mon petit avis personnel, Hugo Chavez a un problème plus grave. Je n'irai pas par quatre chemins. Je trouve qu'il a un certain culot d'oser parler en public en présence du bon Roi d'Espagne. Il a accusé Aznar (ex-premier ministre de l'Espagne) de fascisme. Bon, c'est un truc évident, et pas une raison pour s'énerver, là n'est pas le problème. Il est bien gentil, ce Chavez, mais il a l'air d'oublier parfois sa place dans le monde ! Il n'est pas, euh... Il est... Sa race, euh... Bon. Chavez n'est pas blanc. Il est un sale peau rouge, voilà ! Alors, c'est bien beau, les élections, les référendums, et tout et tout, mais quand même, ces inférieurs ont intérêt à la boucler en présence du Roi et des bons bwanas ! Quelque soit le nombre d'électeurs qu'ils représentent. Chacun sa place.

C'est pourquoi les médias mondiaux se paient un peu sa tête, à ce gros Sioux. Voyons, que les rastaquouères dansent, c'est une chose, mais faut pas exagérer. Pas un, nulle part en Europe, pour s'indigner des propos colériques et justifiés du bon Roi d'Espagne. Où est Ségolène ? Même pas Zapatero. C'est bien la preuve. La rupture est proche entre nous, blancs de la civilisation démocratique, et eux, peuples barbares, tous-nus et sauvages du tiers-monde.

Le réveil sera peut-être brutal. Faudra sans doute les écrabouiller jusqu'au dernier ! On les remplacera par des machines dans nos usines d'espadrilles ! Ne gardons que les jolies jeunes filles et les travelos ! Pour le tourisme !

En attendant... Vive le roi ! Vive la monarchie ! Vive le droit divin ! Heureusement que nous, les bons, les démocrassies, avons gagné la guerre contre la tyrannie en 1945 ! Les 60 millions de morts sont justifiés !

Les potes des potes d'Hitler sont nos amis. Les monarques sont démocrates. Les élus sont dictateurs. Les vaches polluent. Les missiles garantissent la paix. Les obus démocratisent les nanas afghanes. Sourions, tous et toutes, la Noël approche. White Christmasssss ! J'entends chanter ! Noëëël !

MAGASINAGE !!
Sapins. Jésus. Cadeaux. Coca-Cola.

Tchingtchingtching.




Fluor, prozac, agent orange,

É.

dimanche 11 novembre 2007

dimanche 4 novembre 2007

9 Novembre



C'est le 9 novembre 1918 qu'est consommée la fin du régime des Kaisers en Allemagne, avec la proclamation de la république de Weimar.

Le 9 novembre 1923, le parti National Socialiste de Adolf Hitler tente un coup d'état.

À compter de l'accession de Hitler au pouvoir en 1933, le 9 novembre devient une journée de commémoration nationale, avec défilés militaires et tout le tralala macho sadomaso qu'on connaît. On célèbre le coup d'état, évidemment, pas la république.

Le 9 novembre 1938 a lieu la reichkristalnacht, la nuit de cristal, au cours de laquelle les commerçants juifs en particulier et la population juive d'Allemagne en général sont pris pour cible par la police paramilitaire nazie, les S.A.

C'est le 9 novembre 1989 que tombe le mur de Berlin, fin officielle de la guerre froide et inauguration universellement applaudie du nouveau Reich dont la capitale est dorénavant Washington.