Friedrich Nietzsche

L'État , c'est ainsi que s'appelle le plus froid des monstres froids et il ment froidement, et le mensonge que voici sort de sa bouche : « Moi, l'État, je suis le peuple. »

Maxime Gorki

Le mensonge est la religion des esclaves et des patrons

dimanche 29 juillet 2007

Introduction




Le vingtième siècle commence au dix-neuvième.
Ce n'est pas tout à fait le siècle auquel on nous a fait croire.

Je concentrerai le faisceau de ma lunette sur quelques individus. Ce sont pour la plupart de grands héros, décorés, célébrés, membres de familles dynastiques. Ce sont les bergers bienveillants qui guident avec tendresse l’humanité vers son égorgement industriel. Les canevas, patrons et méthodes devisés au tout début de l’histoire de la colonisation ont été reconduits.

Une part importante des fortunes vertigineuses qui ont bâti la côte Est des É-U ont été constituées par des actes de piraterie. La flibuste amenait à ceux pour qui la fortune avait souri des sommes colossales accumulées rapidement. La plupart des grandes familles de pirates ont réinvesti leurs gains dans les plantations de coton et de tabac du Sud. Dès lors se dessine donc une technique, un modus operandi de l’ascencion matérielle, qui fera école dans les décennies subséquentes. If it ain't broken don't fix it.

Je vous convie, lecteurs, lecteuses, et tout, à une sorte d'expérience. Il faudra en chemin se départir d'un lourd manteau, cousu d'idées reçues, de diktats, de dogmes, de tampons. Certains n'y parviendront pas. Faudra étrangler ses petits, parfois. Faudra rompre avec des images de carton pâte sur lesquelles on a construit de grands pans de nos domaines de certitude. Certains feront un bout de chemin mais seront incapables d'aller jusqu'au bout. Je ne suis pas certain, au moment d'écrire ces lignes, d'avoir la force, la patience et l'endurance de m'y rendre moi-même. À certains moment, je crois bien tomber, exsangue. Ce sont de rares humains qui me permettent de renouveler constamment ce travail d'amour. Et je retourne grâce à eux, pour eux, et avec leur descendance en tête, pétrir, nourrir, arroser.

Enfin, pour l'instant, une lumière m'anime, une sorte d'espoir, de joie très profonde, que j'espère réussir à communiquer éventuellement. Il s'agit de la réalisation, au fur et à mesure de mes expéditions dans les charniers les plus nauséabonds de l'Histoire moderne, et là je vais en étonner... Il s'agit de la puissante certitude de la beauté et de la grandeur toute simple et candide de la race humaine. Chaque fois que je crois explorer une des manifestations de la profonde méchanceté de l'Homme, de sa perfidie, de sa cruauté, de sa soi-disant ignominie ou de cette fameuse et prétendue barbarie, je trouve en lieu et place le produit désolant du travail très pointu d'un tout petit groupe d'individus.

Nous avons grandi dans la poigne implacable d'un système de valeurs et d'éducation dont une des principales fonctions était de perpétuer cette supercherie fondamentale : laissée libre, l'humanité retourne à la sauvagerie.

Nous portons tous le poids d'une sorte de culpabilité magique, celle de la bestialité, de l'abominable nuit des temps, celle de la nature. En associant la Shoah à la barbarie, et en tatouant ce concept de dix-mille façons dans notre langage, dans notre pensée, jusque dans nos désirs inconscients (masochistes, sadiques, tintouin), la VILLE s'est lavée les mains de ses crimes. La Cité, l'Empire, la Civilisation, ont été amenées à leur degré suprême de perfection technique au cours de ce Mauvais Siècle. Et cette évolution a entraîné pour l'être humain une croissante aliénation, un malheur inédit, une souffrance inouie, et le grand, l'immense mensonge avec le joug duquel l'Homme doit aujourd'hui composer est celui-là : Toute personne convaincue de trahison idéologique en admettant son incapacité à vivre dans l'organisme sera taxé de mésadaptation, un terme emprunté à la pseudo-science de ces charlatans meurtriers d'eugénistes. Toute personne réclamant sa place légitime sous le soleil sera rompue. Pleurer est déjà un crime, du moins pleurer le monde, pleurer comme la rivière coule, comme la vie !... On nous convaincra en échange de pleurnicher, de mouchotter, de braillotter des océans de sentimentalisme mièvre, désâmé, dépiauté, séché de sa vie. « Des crimes contre le sentiment », a dit Thiran un jour et j'ai bien failli l'embrasser.

La ville n'est pas vivante, ô mes soeurs et mes frères. La ville est inanimée. Sa sève, sa perfusion, c'est notre labeur, notre servitude. La ville n'a qu'une seule fonction, ultimement, d'asservir la vie. Voilà le combat qui s'est présenté à nous au cours des vingt derniers siècles. La colonisation du dix-neuvième a été perpétrée avec une presque désarmante franchise, sous le signe de limpides rapports de force, calqués sur les luttes territoriales des fauves et des primates. Ça n'est plus possible, aujourd'hui. La nature de la contrainte n'a pas changé, ni son application, seule la morale a changé. Et pour accomoder la morale, puisqu'il est hors de question de stopper la machine infernale, il faut des charades. Il faut, il a fallu et il faudra mentir. C'est de ces charades que je vous entretiendrai. Évidemment, la plus insupportable révélation de ma recherche est peut-être l'exposition hors de tout doute raisonnable du rôle prépondérant de Wall Street dans l'avènement quasi simultané du Troisième Reich et de l'URSS. Je ne suis ni historien, ni archiviste. Je n'ai découvert aucun document secret. Je ne parle pas de conspiration, de complot, ni de cabale. Les informations sur lesquelles je base ma réflexion sont factuelles, solides, et pour l'écrasante majorité incontestées.
Comment est-il possible qu'on ne sache pas ? Savions-nous que la Gaule regorgeait d'or ? Que c'est pour cette raison que Jules César a voulu l'éclairer du flambeau de la civilisation ? Savions-nous qu'Alaric n'a pas saccagé Rome, contrairement aux prétentions des historiens... romains ? Ne savons-nous pas que les barbares n'ont pas écrit l'histoire ? Il n'y a pas de tabarnak de destin manifeste. Il n'y a rien d'inéluctable.

Il n'y a surtout ni péché originel, ni héritage honteux, ni monstre à dominer. Évidemment, la colère est présente ! Toujours maintenue en place ! À la limite ! Nos bergers surfent constamment sur la crète de notre haut-le-coeur. Ils jaugent parfois mal l'affaire et sont même, de temps en temps, temporairement frustrés des nectars qu'il considèrent leur droit de naissance. Seulement, nous, la race humaine, sommes ici sur Terre pour y vivre. Et je crois que l'heure est peut-être venue de commencer.

La charade a assez duré. Il ne reste plus que des métaphores de vie, des rituels rappelant l'amour, des pastiches de rassasiement, des parodies de respiration, un théâtre du plaisir... Il n'y a plus que le spectacle du spectacle ! Rallumons les lumières !... Levons-nous... Oui, nous sommes grands, nous sommes immenses, nous sommes faits pour la jouissance ! Pour le rire ! Pour danser ! Chanter ! Nous sommes les héritiers d'un monde parfait, d'un palais idéal.

Retirons-nous de la filouterie, de l'arnaque, et surtout, de la machine meurtrière, que nous nourrissons tous de notre sang.
Je le dis sans aucune violence, sans la moindre animosité, à l'aube du grand choix, nous voici !

Quand la ville est rendue au point de vouloir planter dans la terre des graines incapables d'engendrer, il est temps de la laisser aller. Temps, grand temps de la démonter, de lui retirer ses cathéters, de couper les canules, d'arracher les sondes... Il est temps de la laisser doucement parachever son agonie. Il est inutile — comme l'ont illustré à merveille Bakounine et ses amants des lumières — de faire sauter quoi que ce soit, de faire du bruit, de casser des objets ou de tenter de désorganiser ce qui de toute façon est un organisme ne tenant plus que par ses tumeurs.

Il est venu le temps de se sauver avec les trésors, amis, citoyens, frères et soeurs. Les trésors sont connus de ceux d'entre nous qui sont prêts à faire le prochain saut, mais ce qui est fantastique est que la Cité n'en a cure. L'Empire méprise les seuls trésors qui valent d'être emportés et c'est pourquoi on nous laissera quitter sans la moindre opposition. Les arts, évidemment, je parle des arts, les jouissances, le vin ! Le pain ! Le fromage ! La ville ne se souvient même plus du goût que ça avait jadis. On nous distribue des produits. Nous jouons le jeu grotesque. La bouteille est vide ? Pleine de boue ? C'est le rituel qui compte. La ville est sourde. Elle martèle inutilement ses tambours militaires, tonitruants, et depuis vingt ans, ses imitations synthétiques de tambours militaires. L'Empire n'a plus que cette voix, celle de l'ordinaire, de l'ordonnance, de l'ordre... L'empire parle à l'impératif ! La ville rêve de créer l'ordre là où elle ne voit que chaos. Nous passerons indétectés sous ses fils barbelés. Elle restera seule, là-bas, tentant encore d'ordonner le chaos. De se faire passer pour l'Ordinatrice.

Sans un choc, nous aurons simplement coupé sa source. Lentement elle retournera aux ronces. Et pierre par pierre, caillou par caillou, fente par fente, les murs tomberont assoupis. Tout ce béton redeviendra du sable et le désert vertical s'étendra, s'évanouira, bien allongé, pour son grand repos. Emportons les guitares. Les livres. la peinture. Emportons nos chevelures. Nos orteils. Nos prunelles. Emportons le savoir. Emportons nos découvertes. Emportons le minimum. Emportons ce que nous pouvons porter. Emportons, surtout, les enfants.
Inutile d'emmener leurs jouets, la Terre les attend.


&.

15 commentaires:

rwatuny a dit…

J'ai cru voir comme une lueur au loin, dans la nuit.

Où est-il notre Underground Railroad?
Vers quelles terres nous menera-t-il?

aizlynos !!

& a dit…

Disons que nous le portons en nous. Ce tunnel.
Et qu'y faut que le prendre.

Et ça, c'est le prochain saut.

&.

Anonyme a dit…

Salut à tous
J'écris de la lointaine et attachante Gaspésie. J'aurais à redire de ton point de vu sur la barbarie des villes. Il me semble que tout n'est pas si simple. Ça dépend des villes aussi. Prenons par exemple la grande ville de Montréal. Malgré plus de 20 dans cette ville j'en suis encore à découvrir son âme.Car cette ville a une âme. Il y a là des beautés et bien entendu pas que des beautés. Il y a là de la souffrance, mais aussi beaucoup d'espoir. Et puis la ville dans toute sa grandeur n'est elle pas un grand lieu de rencontre pour les gens de partout Ce qui est déjà vachement bien.
Que dire alors de la barbarie du 450 ?
Daniel l'anonyme...

Anonyme a dit…

Superbe souffle !!! Ça fait du bien. Je viens de terminer "chant général" de Neruda.Ça va dans le même sens. Bravo !

Un fan

Jean-François

& a dit…

Chers amis zé amies,

Je suis dans la forêt. C'est chouette, la lenteur. Bicyclette, plus grande invention du 19e ?

En tout cas, je voulais ajouter, si c'est utile, que c'est pas l'élaboration du milieu de vie, dont il est question dans ce texte (ville contre campagne), mais bien de système politique (empire contre tout le reste).

bisous, minouches, c4

É.

AKA Astragale a dit…

Très beau texte Éric, très beau ton. En fait, c'est selon-moi le plus profond et le plus philopoétique sur ton Blog à date. Et je suis d’accord que la ville est un symbole. Elle a toujours existé, mais nous devons de nous demander à l’aube tu troisième millénaire : que la ville est-elle devenue sous la botte des tyrans?

Il te vaut deux références à des amis qui, je l'espère, deviendront tes lecteurs assidus, comme je le suis moi-même devenu...

Une façon de dire: Je suis de ton avis en général, et qu'est-ce que t'écris bien par moment. Vraiment agréable...

Mony Vibescu a dit…

Quel feu dans l ' indignation , un peu St Just un peu Danton . Recommander par un ami commun je m ' inscris , j ' aime le ton .

& a dit…

Eh eh, chère humanité. Je suis reviendu de mon vélotrip. Juste envie de repartir. Tout de suite. Juste pas envie tout de suite de reprendre ce cher Joseph Jugaschvili, dont la face est programmée pour la prochaine saucette dans le fond du seau à graillons.

Bienvenue dans le Crachoir, Mony. Et merci pour les mots, honnêtement, Danton (ptêt à cause de la fin horrible) a toujours fait partie de mes losers inspirants. J'aime bien ce qu'on raconte, qu'à la fin, ayant tellement plaidé, il avait perdu la voix, et qu'alors on a pu le guillotiner sans craindre qu'il soulève le peuple contre les bourreaux.

Ahh. Tout de même. Les enjeux deviennent parfois si clairs !

Besos,

É.

yannick a dit…

Amen, Ca fait un petit moment que je cherche une solution à tout ce bordel, et en fait y a pas de solution, parce qu'il n'y a pas de problème, permets moi de poster ma conclusion et ensuite je finis ton mauvais siècle, mais bravo pour les articles déjà lus.

Alléluiah, mes frères et mes sœurs, loué soit le poulet car le tout puissant Jmenfoutiste a enfin entendu mes prières.
Me voici venu vers vous pour vous porter le message de l’ultime Rien A Branler, il apporte enfin la réponse à toutes nos questions existentielles et si vous ne m’écoutez parce que vous en avez strictement rien à foutre, c’est que vous êtes déjà sur la bonne voie !
La fameuse paix de l’esprit, cette totale liberté que tant de peuples ont convoitée est enfin à notre portée. Il suffit de suivre les commandements du RAB :
1. Du regard des autres, tu t’affranchiras.
2. Combien d’argent tu as dans les poches, ce que tu as fait hier et ce que tu dois faire demain, tu oublieras.
3. Ton éducation, Toute culpabilité, quelle qu’elle soit et toutes bonnes manières tu effaceras et un départ nouveau tu prendras.
4. Ce que tu penses tu diras, ton masque tu tomberas et ce que les autres en pensent, rien à foutre t’en auras.
5. Ton esprit et ton propre jugement en priorité tu développeras, et pour ta liberté tu lutteras.
6 . A autrui, ce que tu ne veux pas qu’on te fasse, tu ne feras.
7. Pour avoir l’air intelligent, des phrases comme Yoda, tu feras
8. La télévision, un testicule sans bouger l’autre te touchera.

Alléluiah, mes frères et mes sœurs, j’ai enfin découvert la liberté grâce à l’ultime Rien A Branler, tout ce que l’on nous a appris est faux, tout ce que je sais n’existe pas, mes problèmes n’existent pas et ma vie n’est qu’un jeu, que j’apprécie à fond en attendant le dernier GAME OVER. Faites ce que vous voulez car nous pourrions mourir demain et on n’arrivera de toute façon pas à caser l’écran géant et le monospace dans le cercueil. Ah ah ah, rien à foutre ! Voilà ce que je veux entendre. Au CRS qui vous menace : rien à foutre ! Au percepteur qui vous persécute : rien à foutre ! Aux magazines de mode qui n’aiment pas les sandales portées avec des chaussettes : rien à foutre ! Si vous avez envie de faire quelque chose, faites-le ! Voilà la liberté ! Si je dois mourir comme ça, soit ! Mais avant je veux que tout le monde saches bien que j’en ai rien à foutre. L’ultime liberté ! La paix de l’esprit, plus de préoccupations, vivre pour vivre et commencer à vraiment évoluer !
Faites comme le roseau qui ploie sous le vent et qui s’en fout royalement. Faites comme la vague qui, parce qu’elle en a envie, s’abat sur la plage qui s’en branle jusqu’au dernier grain de sable. Et si vous doutez, si le remords ou la peur vous rattrape, levez les poings en l’air, majeurs levés et hurlez un bon coup : RIEN A FOUTRE !!!! Putain, ça fait du bien bordel ! La voilà, ma liberté !

Je te laisse le soin de l'effacer si c'est trop long ( même si cela va à l'encontre de ta philosophie )

Merci pour ton travail

chien de paille a dit…

j'aime boire et chanter à en pleurer. si t'es avec eux, et que tu mens, tant pis, c'est quand même beau ton texte, parce que c'est humain. trop con que ce soit enfermé dans cette machine du malheur. faut que ça sorte dehors!!!! j'ai failli en pleurer, et maintenant j'enrage!!
depuis peu, j'aime à nouveau. et on a moins peur quand on aime. ou plus. je sais que je peux détester certaines choses aussi. j'ai le droit. tant pis pour moi. j'ai peur des fois. sois grand et plante ton lierre dans ces murs, effrite les jusqu'à ce que la moelle en tombe. le christ est pas mort. mais il était mieux debout, et vivant. merci pour ça.

chien de paille a dit…

et on y croit, hein ?
me demande à quoi ça servirait si c'était pas le cas. honte au cynisme matérialiste. honte à moi. que je crève!
des mots.
bisous sur tes grosses joues en peau de fesse.

É. a dit…

:0)
Le 21 avril, nous partons rouler sept mois pour la vie, contre la guerre. T'es bienvenu, tsé.

Anonyme a dit…

Génial ton site, super etat d'esprit, plein d'humour j'adore...Qu'est ce que ça fait du bien de ne pas se sentir seul dans Le Village !!! Continues . Moi mon truc ce sont les voyages lunaires, les LEM de Northrop Gruman, les sondes Surveyor de Boeing et tout le barnum sélènite...j'ai aussi un faible pour Richard Nixon j'avoue...A la revoyure l'ami.

É. a dit…

Ah. C'est tellement dommage que ce drapeau flotte au vent comme il le fait. Je ne demande qu'à croire, moi, pourtant. Toujours un truc énorme qu'on doit avaler, pourtant, ça serait si simple, il me semble, de compter trois avions pour trois tours, ou que la tête du pauvre type aille dans le sens normal de la gravité. Ces trucs sont agaçants. Je vais peut-être leur envoyer mon CV.

109GTX a dit…

Plus d'un an sans commentaire???
La tendance s'amplifie...mais moi,j'adore ton écriture et ta vision des hommes.En bref on doit se ressembler et tous se rassembler dernière de si belles pensées.Parce qu'elles sont aussi vraies qu'elles nous touchent presque tous et si je croyais au Messie,je viendrai te porter moi-meme jusqu'à Jérusalem,mon petit sacré!
Encore bravo!...et fais plaisir,continue...beaucoup ont besoin d'éclaireurs en ces temps d'impostures.