Friedrich Nietzsche

L'État , c'est ainsi que s'appelle le plus froid des monstres froids et il ment froidement, et le mensonge que voici sort de sa bouche : « Moi, l'État, je suis le peuple. »

Maxime Gorki

Le mensonge est la religion des esclaves et des patrons

dimanche 29 juillet 2007

Introduction




Le vingtième siècle commence au dix-neuvième.
Ce n'est pas tout à fait le siècle auquel on nous a fait croire.

Je concentrerai le faisceau de ma lunette sur quelques individus. Ce sont pour la plupart de grands héros, décorés, célébrés, membres de familles dynastiques. Ce sont les bergers bienveillants qui guident avec tendresse l’humanité vers son égorgement industriel. Les canevas, patrons et méthodes devisés au tout début de l’histoire de la colonisation ont été reconduits.

Une part importante des fortunes vertigineuses qui ont bâti la côte Est des É-U ont été constituées par des actes de piraterie. La flibuste amenait à ceux pour qui la fortune avait souri des sommes colossales accumulées rapidement. La plupart des grandes familles de pirates ont réinvesti leurs gains dans les plantations de coton et de tabac du Sud. Dès lors se dessine donc une technique, un modus operandi de l’ascencion matérielle, qui fera école dans les décennies subséquentes. If it ain't broken don't fix it.

Je vous convie, lecteurs, lecteuses, et tout, à une sorte d'expérience. Il faudra en chemin se départir d'un lourd manteau, cousu d'idées reçues, de diktats, de dogmes, de tampons. Certains n'y parviendront pas. Faudra étrangler ses petits, parfois. Faudra rompre avec des images de carton pâte sur lesquelles on a construit de grands pans de nos domaines de certitude. Certains feront un bout de chemin mais seront incapables d'aller jusqu'au bout. Je ne suis pas certain, au moment d'écrire ces lignes, d'avoir la force, la patience et l'endurance de m'y rendre moi-même. À certains moment, je crois bien tomber, exsangue. Ce sont de rares humains qui me permettent de renouveler constamment ce travail d'amour. Et je retourne grâce à eux, pour eux, et avec leur descendance en tête, pétrir, nourrir, arroser.

Enfin, pour l'instant, une lumière m'anime, une sorte d'espoir, de joie très profonde, que j'espère réussir à communiquer éventuellement. Il s'agit de la réalisation, au fur et à mesure de mes expéditions dans les charniers les plus nauséabonds de l'Histoire moderne, et là je vais en étonner... Il s'agit de la puissante certitude de la beauté et de la grandeur toute simple et candide de la race humaine. Chaque fois que je crois explorer une des manifestations de la profonde méchanceté de l'Homme, de sa perfidie, de sa cruauté, de sa soi-disant ignominie ou de cette fameuse et prétendue barbarie, je trouve en lieu et place le produit désolant du travail très pointu d'un tout petit groupe d'individus.

Nous avons grandi dans la poigne implacable d'un système de valeurs et d'éducation dont une des principales fonctions était de perpétuer cette supercherie fondamentale : laissée libre, l'humanité retourne à la sauvagerie.

Nous portons tous le poids d'une sorte de culpabilité magique, celle de la bestialité, de l'abominable nuit des temps, celle de la nature. En associant la Shoah à la barbarie, et en tatouant ce concept de dix-mille façons dans notre langage, dans notre pensée, jusque dans nos désirs inconscients (masochistes, sadiques, tintouin), la VILLE s'est lavée les mains de ses crimes. La Cité, l'Empire, la Civilisation, ont été amenées à leur degré suprême de perfection technique au cours de ce Mauvais Siècle. Et cette évolution a entraîné pour l'être humain une croissante aliénation, un malheur inédit, une souffrance inouie, et le grand, l'immense mensonge avec le joug duquel l'Homme doit aujourd'hui composer est celui-là : Toute personne convaincue de trahison idéologique en admettant son incapacité à vivre dans l'organisme sera taxé de mésadaptation, un terme emprunté à la pseudo-science de ces charlatans meurtriers d'eugénistes. Toute personne réclamant sa place légitime sous le soleil sera rompue. Pleurer est déjà un crime, du moins pleurer le monde, pleurer comme la rivière coule, comme la vie !... On nous convaincra en échange de pleurnicher, de mouchotter, de braillotter des océans de sentimentalisme mièvre, désâmé, dépiauté, séché de sa vie. « Des crimes contre le sentiment », a dit Thiran un jour et j'ai bien failli l'embrasser.

La ville n'est pas vivante, ô mes soeurs et mes frères. La ville est inanimée. Sa sève, sa perfusion, c'est notre labeur, notre servitude. La ville n'a qu'une seule fonction, ultimement, d'asservir la vie. Voilà le combat qui s'est présenté à nous au cours des vingt derniers siècles. La colonisation du dix-neuvième a été perpétrée avec une presque désarmante franchise, sous le signe de limpides rapports de force, calqués sur les luttes territoriales des fauves et des primates. Ça n'est plus possible, aujourd'hui. La nature de la contrainte n'a pas changé, ni son application, seule la morale a changé. Et pour accomoder la morale, puisqu'il est hors de question de stopper la machine infernale, il faut des charades. Il faut, il a fallu et il faudra mentir. C'est de ces charades que je vous entretiendrai. Évidemment, la plus insupportable révélation de ma recherche est peut-être l'exposition hors de tout doute raisonnable du rôle prépondérant de Wall Street dans l'avènement quasi simultané du Troisième Reich et de l'URSS. Je ne suis ni historien, ni archiviste. Je n'ai découvert aucun document secret. Je ne parle pas de conspiration, de complot, ni de cabale. Les informations sur lesquelles je base ma réflexion sont factuelles, solides, et pour l'écrasante majorité incontestées.
Comment est-il possible qu'on ne sache pas ? Savions-nous que la Gaule regorgeait d'or ? Que c'est pour cette raison que Jules César a voulu l'éclairer du flambeau de la civilisation ? Savions-nous qu'Alaric n'a pas saccagé Rome, contrairement aux prétentions des historiens... romains ? Ne savons-nous pas que les barbares n'ont pas écrit l'histoire ? Il n'y a pas de tabarnak de destin manifeste. Il n'y a rien d'inéluctable.

Il n'y a surtout ni péché originel, ni héritage honteux, ni monstre à dominer. Évidemment, la colère est présente ! Toujours maintenue en place ! À la limite ! Nos bergers surfent constamment sur la crète de notre haut-le-coeur. Ils jaugent parfois mal l'affaire et sont même, de temps en temps, temporairement frustrés des nectars qu'il considèrent leur droit de naissance. Seulement, nous, la race humaine, sommes ici sur Terre pour y vivre. Et je crois que l'heure est peut-être venue de commencer.

La charade a assez duré. Il ne reste plus que des métaphores de vie, des rituels rappelant l'amour, des pastiches de rassasiement, des parodies de respiration, un théâtre du plaisir... Il n'y a plus que le spectacle du spectacle ! Rallumons les lumières !... Levons-nous... Oui, nous sommes grands, nous sommes immenses, nous sommes faits pour la jouissance ! Pour le rire ! Pour danser ! Chanter ! Nous sommes les héritiers d'un monde parfait, d'un palais idéal.

Retirons-nous de la filouterie, de l'arnaque, et surtout, de la machine meurtrière, que nous nourrissons tous de notre sang.
Je le dis sans aucune violence, sans la moindre animosité, à l'aube du grand choix, nous voici !

Quand la ville est rendue au point de vouloir planter dans la terre des graines incapables d'engendrer, il est temps de la laisser aller. Temps, grand temps de la démonter, de lui retirer ses cathéters, de couper les canules, d'arracher les sondes... Il est temps de la laisser doucement parachever son agonie. Il est inutile — comme l'ont illustré à merveille Bakounine et ses amants des lumières — de faire sauter quoi que ce soit, de faire du bruit, de casser des objets ou de tenter de désorganiser ce qui de toute façon est un organisme ne tenant plus que par ses tumeurs.

Il est venu le temps de se sauver avec les trésors, amis, citoyens, frères et soeurs. Les trésors sont connus de ceux d'entre nous qui sont prêts à faire le prochain saut, mais ce qui est fantastique est que la Cité n'en a cure. L'Empire méprise les seuls trésors qui valent d'être emportés et c'est pourquoi on nous laissera quitter sans la moindre opposition. Les arts, évidemment, je parle des arts, les jouissances, le vin ! Le pain ! Le fromage ! La ville ne se souvient même plus du goût que ça avait jadis. On nous distribue des produits. Nous jouons le jeu grotesque. La bouteille est vide ? Pleine de boue ? C'est le rituel qui compte. La ville est sourde. Elle martèle inutilement ses tambours militaires, tonitruants, et depuis vingt ans, ses imitations synthétiques de tambours militaires. L'Empire n'a plus que cette voix, celle de l'ordinaire, de l'ordonnance, de l'ordre... L'empire parle à l'impératif ! La ville rêve de créer l'ordre là où elle ne voit que chaos. Nous passerons indétectés sous ses fils barbelés. Elle restera seule, là-bas, tentant encore d'ordonner le chaos. De se faire passer pour l'Ordinatrice.

Sans un choc, nous aurons simplement coupé sa source. Lentement elle retournera aux ronces. Et pierre par pierre, caillou par caillou, fente par fente, les murs tomberont assoupis. Tout ce béton redeviendra du sable et le désert vertical s'étendra, s'évanouira, bien allongé, pour son grand repos. Emportons les guitares. Les livres. la peinture. Emportons nos chevelures. Nos orteils. Nos prunelles. Emportons le savoir. Emportons nos découvertes. Emportons le minimum. Emportons ce que nous pouvons porter. Emportons, surtout, les enfants.
Inutile d'emmener leurs jouets, la Terre les attend.


&.

Émile Henry


Le ptit gars a été guillotiné le 21 mai 1894. Il avait 21 ans.
Durant son procès, il a lu cette déclaration (extraits) :

(...) Je suis anarchiste depuis peu de temps. Ce n'est guère que vers le milieu de l'année 1891 que je me suis lancé dans le mouvement révolutionnaire. Auparavant, j'avais vécu dans les milieux entièrement imbus de la morale actuelle. J'avais été habitué à respecter et même à aimer les principes de Patrie, de Famille, d'Autorité et de Propriété.
Mais les éducateurs de la génération actuelle oublient trop fréquemment une chose, c'est que la vie, avec ses luttes et ses déboires, avec ses injustices et ses iniquités, se charge bien, l'indiscrète, de dessiller les yeux des ignorants et de les ouvrir à la réalité. C'est ce qui m'arriva, comme il arrive à tous. On m'avait dit que cette vie était facile et largement ouverte aux intelligents et aux énergiques, et l'expérience me montra que seuls les cyniques et rampants peuvent se faire bonne place au banquet.

On m'avait dit que les institutions sociales étaient basées sur la justice et l'égalité, et je ne constatais autour de moi que mensonges et fourberies. Chaque jour m'enlevait une illusion. Partout où j'allais, j'étais témoin des mêmes douleurs chez les uns, des mêmes jouissances chez les autres. Je ne tardais pas à comprendre que les grands mots qu'on m'avait appris à vénérer : Honneur, Dévouement, Devoir, n'étaient qu'un masque voilant les plus honteuses turpitudes.
L'usinier qui édifiait une fortune colossale sur le travail de ses ouvriers, qui, eux, manquaient de tout, était un monsieur honnête. Le député, le ministre dont les mains étaient toujours ouvertes aux pots-de-vin, étaient dévoués au bien public. L'officier qui expérimentait le fusil nouveau modèle sur des enfants de sept ans avait bien fait son devoir, et, en plein parlement, le président du Conseil lui adressait ses félicitations. Tout ce que je vis me révolta, et mon esprit s'attacha à la critique de l'organisation sociale. Cette critique a été trop souvent faite pour que je la recommence. Il me suffira de dire que je devins l'ennemi d'une société que je jugeais criminelle.

Un moment attiré par le socialisme, je ne tardais pas à m'éloigner de ce parti. J'avais trop d'amour de la liberté, trop de respect de l'initiative individuelle, trop de répugnance à l'incorporation, pour prendre un numéro dans l'armée matriculée du quatrième État. D'ailleurs, je vis qu'au fond le socialisme ne change rien à l'ordre actuel. Il maintient le principe autoritaire, et ce principe, malgré ce qu'en peuvent dire de prétendus libres penseurs, n'est qu'un vieux reste de la foi en une puissance supérieure.

Pendus à Chicago, décapités en Allemagne, garrottés à Xérès, fusillés à Barcelone, guillotinés à Montbrison et à Paris, nos morts sont nombreux ; mais vous n'avez pas pu détruire l'Anarchie. Ses racines sont profondes : elle est née au sein d'une société pourrie qui s'affaisse ; elle est une réaction violente contre l'ordre établi ; elle représente les aspirations d'égalité et de liberté qui viennent battre en brèche l'autoritarisme actuel. Elle est partout. C'est ce qui la rend indomptable, et elle finira par vous vaincre et par vous tuer.

jeudi 26 juillet 2007

Le Mauvais Siècle, chapitre 10 ; Sir Winston Churchill






Je n’admets pas qu’on dise qu’un crime grave ait été commis contre les Peaux Rouges en Amérique ou contre les peuples Noirs d’Australie. Je n’admets pas qu’il soit considéré néfaste de traiter ces peuples comme ce fut le cas, par le fait qu’une race plus évoluée, une race d’un niveau supérieur, une race plus sage et avancée soit venue pour prendre leur place

L’Histoire sera tendre à mon égard, parce que c’est moi qui l’écrirai

L’objectif de la Seconde Guerre Mondiale était de ressussiter le statut de l’Homme



— Sir Winston Churchill


Image de bon papa potache

Sir Winston Leonard Spencer-Churchill !
Comme beaucoup de gens de ma génération, j’ai été élevé dans une moite admiration de cet homme d’état qu’on m’a présenté, tant à l’école que dans la culture populaire, comme une sorte de héros bênet, homme du peuple à la bonne bouille, oncle ventru blindé de gros bon sens, et surtout, ennemi juré du fascisme et vainqueur triomphant des forces du mal au cours des deux premières guerres mondiales. Comme moi, le bon Winston aimait les havanes, le whisky, et les fins mots : « Une pomme par jour éloigne le médecin ; lorsqu’on sait viser ».

La réalité, une fois dégagée de la sauce PR qui la nappe des graisses onctueuses de l’hagiographie sportive (la vie des champions), est quelque peu plus prosaïque. Je dois tout spécialement remercier Daniel Yergin pour les mensonges et omissions qu’il a a publiés sur le sujet, puisqu’en peignant une carte aussi précisément erronée du territoire, il m’a presque permis par inversion de recomposer une fresque plus buvable de l’histoire du pétrole, et donc, spécifiquement, une image plus claire d’un de ses plus importants valets, le bon msieur Winston.

Primo, abandonnons tout de suite cette notion de Churchill l’homme du peuple. Je n’ai aucune idée du genre de moquette que les élaborateurs de notre système d’éducation avaient fumé en nous jetant cette blague, mais il a toujours été clair de son vivant que Winston Churchill était un aristocrate, membre d’une grande famille de nobles anglais, de la maison des Marlborough. Son papa Lord Randolph Churchill était politicien lui aussi et son grand-papa était nul autre que le Duc de Marlborough. Sa maman, Jennie Jerome, était la fille du millionnaire Leonard Jerome, surnommé le Roi de Wall Street. Il devait sa fortune à la spéculation et aux chemins de fer. On ne servait sans doute pas de sandwiches au beurre de pinotte pendant les partys de noël.


Ludwig, Alfred, Robert, Alphonse et Edmond ; Histoire grossièrement accélérée du Pétrole British

En mars 1873, Robert Nobel arrive à Baku et y fonde littéralement l’industrie pétrolière Russe. Son frère Ludwig possède une gigantesque entreprise de munitions, tandis que l’autre frangin Alfred dirige l’empire florissant de la dynamite, invention de leur célèbre papa venu de Suède pour armer le Tsar. À l’époque, le pétrole sert essentiellement à l’éclairage et est vendu sous forme de kérosène. Les habiles frères Nobel rivalisent très vite avec le gigantesque monopole états-unien de Standard Oil, la compagnie de Rockefeller. En dix ans, ils parviennent même à le surpasser et au cours des années 80 (pas celles de Thompson Twins, mais celles de Franz Liszt), sont assez puissants pour se frotter à Standard dans une guerre de prix. En 1884, la production pétrolière de Baku atteint les 11 millions de barils. Une des banques faisant partie du consortium Nobel est le Crédit Lyonnais. D’autres Français vont également se joindre à l’aventure.

La branche parisienne de la banque des Rothschild érige une immense raffinerie à... Fiume (!) sur l’Adriatique. Ce sont eux qui vont construire le chemin de fer reliant Baku à la Mer Noire, en échange de quoi ils reçoivent des concessions pétrolières russes. Leur entreprise, Bnito, et celle des Nobel, vont rapidement développer une frutueuse collaboration et transformer la ville de Batum sur la mer Noire en métropole pétrolière.

Les Rothschild, accessoirement, sont d’origine juive, et c’est autour de 1882, au moment même où ils arrivent sur place, que commencent les grandes manifestations antisémites dans le Sud-Ouest de la Russie. Aucun historien n’a jamais cru bon de faire le lien entre les pratiques habituelles de Standard Oil, l’antisémitisme de son propriétaire Rockefeller, et l’apparition des pogroms dans le Caucase, au moment précis où une pétrolière concurrente y prolifère, propriété de banquiers juifs. À mon avis, quand ça a l’air d’un rat, que ça sent le rat, que ça goûte le rat et que c’est écrit “rat” sur l’emballage, il y a de bonnes chances pour que ça soit Rockefeller.

Au moment où le chemin de fer Baku Batum est complété, en 1886, la domination outrancière mondiale de Standard Oil est officiellement terminée, et l’ère des véritables hostilités commence. Les installations du consortium sont constamment la cible de saboteurs « antisémites », qui vont même jusqu’à incendier et dynamiter (ô ironie) les puits de pétrole.

En 1888, Ludwig Nobel meurt d’une crise cardiaque au beau milieu de ses vacances sur la Côte d’Azur. Les journaux comprennent par erreur qu'il s'agit d'Alfred et font l’annonce de son décès. Cela donne lieu à un déchaînement d’articles négatifs sur cette industrie de mort que celle de la dynamite. C’est en lisant ces papiers qu’Alfred Nobel, sain et sauf, mais écorché par tant de haine, décide d’injecter un grande part de sa fortune dans la création des Prix portant son nom, espérant laisser une image plus noble et dynamique que celle de Nobel le dynamiteur.

Après quelques passionnantes péripéties, acquisitions, fusions et combinaisons, le consortium des Nobels-Rothschilds finit par porter deux noms, Royal Dutch Shell d’un côté et Anglo-Persian de l’autre. Ce sont deux compagnies « concurrentes », mais comme Standard New Jersey et Standard Indiana, elles sont contrôlées par les mêmes actionnaires majoritaires, les Rockefeller dans le cas de Standard, les Rothschild dans le cas de Shell, Royal Dutch, Anglo-Persian, British Petroleum (étonnamment propriété de la Reichbank allemande, elle-même contrôlée par les Rothschild germaniques, puis achetée par Anglo-Persian au moment où le gouvernement britannique en fait l’acquisition partielle), Bnito et caetera. Ce sont eux, les Rothschild, qui vont réellement mettre Winston Churchill au monde et l’employer tout au long de la première moitié du siècle pour faire avancer la cause du pétrole, donc pour déposer des sous dans leurs caisses.


Formation du petit Winston



En sortant du collège militaire de Sandhurst, Winston reçoit une commission de second lieutenant des Hussards de la Reine. Il devient correspondant de guerre au cours de ses campagnes et commence ainsi une longue et fougueuse carrière littéraire. Évidemment, l’objectivité des reportages d’un journaliste impliqué personnellement dans les combats pourrait être compromise, mais la grande tradition de justice et de grandeur d’âme des soldats de Sa Majesté nous interdit de soupçonner le moindre biais. Les historiens aiment prétendre que c’est par manque d’argent que Churchill se lance dans cette activité et ça, c’est quand même pas mal rigolo. Cherchons peut-être plutôt du côté de l’ambition politique.

Malgré sa haute naissance, Winston Churchill exige d’être déployé au front, et ça, c’est vrai. Cependant, comme l’a démontré Lord Dedes à la Société Royale d’Histoire, ce n’était pas vraiment par héroïsme, mais surtout en raison du fait que l’alcool était permis dans les zones de combat, alors que l’arrière était maintenu au sec. Personnellement, j’aurais fait pareil.


Passion Naissante pour l’Étripage

En 1895, Churchill se rend à Cuba comme observateur du Daily Graphic pour y décrire la guerre révolutionnaire cubaine. Il se présente comme un ardent défenseur des droits coloniaux Espagnols, notant au passage que sous l'héritage gauchiste de Jose Marti, la révolution cubaine est constituée aux deux tiers d'esclaves libérés, combattant aux côtés des blancs. Il dit craindre la naissance d'une seconde république Noire (après Haïti). Les Cubains vont effectivement vaincre l'Espagne, finalement, mais les États-Unis occuperont l'ïle aussitôt et s'empresseront de remettre leurs chaînes aux combattants noirs. Ouf ! La civilisation l'a échappé belle, encore une fois. Note amusante, c'est à cette époque que les États-Uniens installent leur fameuse base navale de Guantanamo à l'extrême Est de l'île.

Winston est ensuite transféré à Bombay, en Inde, où il devient un des meilleurs joueurs de polo de tout son régiment. Il entend parler d’une bonne bagarre en Grèce et décide de s’y rendre, mais l’armistice est signée avant son arrivée. Qu’à cela ne tienne, trois brigades Britanniques se préparent à aller bouffer du Pashtoune au Pakistan. Il se joint à eux et bing et bang, Winston écrit de jolis articles.

Et hop, au Soudan en 1898 pour participer à la dernière grande charge de la cavalerie britannique à la bataille d’Omdurman. Le courage et la ténacité des troupes impériales aura raison de la paresseuse traîtrise et de la faiblesse de caractère des fourbes Arabes d’Abdullah al-Taashi. En plus de leur supériorité morale et de la grandeur de leurs objectifs civilisateurs, les britanniques profitent d’un léger avantage technique sur leurs adversaires, l’usage de l’artillerie et de la mitrailleuse, contre un ennemi surtout armé de lances et de pétoires. La majorité des sauvages est écrabouillée d’une distance de 3 kilomètres par la flotte postée au milieu du Nil. Les quelques survivants ont malgré tout le panache de se laisser déchiqueter par les mitrailleuses Maxim, mais aucun ne se rend suffisamment près des Anglais pour faire usage de sa lance ou de sa grossière arme à feu. Le nom du glorieux général Britannique sera adoubé d’honneurs et on renomme même une ville canadienne en souvenir de ses exploits : Kitchener. La petite bourgade Ontarienne s’appelait jusque-là... Berlin ! Winston Churchill publie un livre racontant cette passionnante campagne soudanaise, intitulé The River War. « L’Histoire de l’humanité, c’est la guerre »


Winnie Tenté par le Pouvoir Civil

En 1899, après une première tentative électorale infructueuse, il retrouve son bon ami Kitchener et son cousin le Duc de Marlborough en Afrique du Sud où les blancs s’entretuent pour savoir qui aura le droit de régner sur la terre des Africains. Fait prisonnier, il parvient à s’évader, publie le récit de ses aventures et devient enfin célèbre. Les camps de concentration dans lesquels les britanniques enferment les paysans Boers resteront, eux-aussi, célèbres, mais tristement. Winston Churchill publie deux livres sur cette guerre, London to Ladysmith via Pretoria et Ian Hamilton’s March. Le but est atteint, il parvient à se faire élire au parlement en 1900. Plutôt que de siéger en chambre, Churchill part en tournée de conférences et réussit à se faire un petit pactole de dix mille livres, histoire de traire la vache de ses exploits militaires. En dollars de 2007, ce montant équivaut à près de 3 millions.

Churchill change quelque fois d’allégeance, au cours de sa carrière politique, passant des Conservateurs aux Libéraux, puis allant siéger comme indépendant avant de retourner chez les Tories. Quoi qu’il en soit, il monte rapidement en grade dans les gouvernements successifs de ces années agitées. Une chose est claire, cependant, Winston Churchill est et restera pour toujours, à compter des années 10, l’ami intime, fidèle et indéfectible... du pétrole.

Il devient en 1905 le sous-secrétaire d’État aux colonies. C’est en cette qualité qu’il imposera sa constitution à l’Afrique du Sud (vaincue) et qu’il s’occupera de la question des esclaves chinois dans les mines d’Afrique Australe. Churchill devient au cours de ces années un des premiers et des plus forts partisans du libre échange.


Montée Fulgurante

En 1910, Winston devient Ministre de l’Intérieur (Home Secretary), ce qui constitue une sacrée promotion. Au cours de son mandat, il se fera remarquer entre autres par son idée de faire intervenir l’armée contre des révolutionnaires anarchistes lors du Siège de la rue Sidney. Il interdit ensuite aux pompiers d’éteindre l’incendie faisant rage dans les bâtiments, et l’affaire se termine en méchoui à la Waco Texas. La même année, Churchill fait encore déployer les militaires (contrairement à ce que prétend l’article confus de Wikipedia) contre des mineurs grévistes à Tonypandy.

Récompensé pour sa poigne de fer, Churchill est bombardé Premier Seigneur de l’Amirauté en 1911. Dans un empire maritime comme celui du Royaume-Uni, ce poste est d’une importance énorme. Une fois en place, Churchill ne perdra pas de temps à accomplir son boulot de valet du pétrole. Il propose une série de réformes et de modernisations, préconise le développement de l’aviation, des blindés, etc. Principalement, il force la Marine de Sa Majesté, le symbole et l’incarnation même de la puissance impériale britannique, à changer les systèmes de propulsion de la flotte du charbon vers le pétrole. Initialement, l’idée est reçue comme une imbécilité de premier ordre, puisque l’île Britannique regorge de charbon, alors qu’on y a pas encore trouvé une seule goutte de pétrole. Cependant, Churchill et ses amis de Shell et d’Anglo-Persian vont réussir à convaincre tout le monde que les ressources pétrolières ne manqueront pas. À cet effet, des effectifs de l’armée sont dépêchés en Perse, où des champs de pétrole immenses sont en voie d’être mis en production. La suite prouvera que cette tranformation était plus qu’hasardeuse et ses conséquences presque fatales pour la souveraineté anglaise. Mais comme la couronne profitera économiquement dès le début de l’exploitation pétrolière et que la fortune royale demeure jusqu’à aujourd’hui intimement liée à ces ressources et à leur exploitation, tout s’explique.

Les Allemands aussi, passent au pétrole ! Ça y est, amis banquiers ! La marine britannique et sa contrepartie allemande se lancent dans la première vraie course à l’armement de l’ère moderne. Les journaux sont mis à contribution et tapissent leurs pages des exploits de l’adversaire, exagérant la force ennemie, comme ça se produira ensuite tout au long du siècle. Quoi qu’il en soit, l’idée est que l’argent passe de la poche des gens aux coffres des industriels, et à compter de 1911, dans les voutes des pétrolières. Selon Churchill, la joute pour l'Or Noir a comme enjeu la prévalence sur l’échiquier mondial : « La domination représente le butin de l’aventure. »

Daniel Yergin s’extasie, dans The Prize : « Au cours de la première grande guerre, le pétrole et le moteur à combustion allaient changer toutes les dimensions de la guerre, jusqu’à la notion même de mobilité sur terre, sur mer et dans le ciel. »


La Route des Grands Massacres

Le Kaiser Wilhelm a lui aussi le pétrole Perse en vue, et il construit depuis quelques années une ligne de chemin de fer destinée à relier Berlin (l’Allemande, pas la Canadienne) et Bassorah, dans ce qu’on appelle aujourd’hui l’Irak, ou... le Merdier. Cette même ligne doit en principe être connectée également aux ressources immenses de la mer Caspienne, à la suite d’une entente avec le Tsar Nicolas, qui voit d’un très bon oeil l’idée de se voir relié à la grande et moderne Europe, riche de capitaux. C’est donc un peu beaucoup pour couper l’herbe sous le pied du Kaiser que la première guerre mondiale est déclenchée, quelques mois avant la complétion de la ligne de chemin de fer.
— Quoi ? C'est pas parce qu'un anarchiste des Balkans a tué le Duc Franz Ferdinand et que par le jeu inextricable des alliances toute l'Europe a été forcée d'entrer en conflit ?
Euh... ben... C'est fort plausible. Une autre explication assez solide implique un complot entre les habitants de l'univers Dgszub-25 et les Soldats-lutins du Royaume des Esprits, ceux qui dansent dans la cafetière, les vendredis 13. Tout ça reste mystérieux.


Première Guerre Mondiale

Churchill est aux premières loges de la course aux armements entre l’Allemagne du Kaiser Willhelm et l’Angleterre. Le premier ministre de l’époque le décrit comme « cherchant la bagarre, belliqueux, portant constamment ses peintures de guerre. » Dès le déclenchement des hostilités, et au mépris de la loi britannique et des conventions de l’époque, il met en place un blocus alimentaire, minant les ports, faisant classer les denrées et la nourriture comme « articles de contrebande ». 750 000 Allemands meurent de malnutrition durant le conflit. Les survivants ont une petite dent contre l’Angleterre, disons.

Une semaine avant l’attaque meurtrière du Lusitania, Churchill écrivait dans une lettre à Walter Runciman, le président du Conseil du Commerce : « il est impératif d’attirer des navires neutres près de nos rivages, dans l’espoir spécifique d’entortiller les États-Unis dans la guerre contre l’Allemagne. »


Gaffe majeure en Turquie

En 1915, une des premières grandes missions à tomber sous sa gouverne, le débarquement de Gallipoli, dans les Dardanelles, tournera au cauchemar et reste encore aujourd’hui un des pires désastres de l’histoire militaire. Du côté franco-britannique, les pertes sont évaluées à 252 000 morts ! Oui, vous avez bien lu, un quart de million de cadavres. Pour la marine, c’est un désastre encore plus épouvantable (l'acier vaut plus cher que le cartilage) avec six vaisseaux de guerre détruits, trois endommagés, un croiseur hors d'état, un destroyer coulé et huit sous-marins perdus. Sir Winston sera plus ou moins forcé à prendre la porte à la suite de cette campagne funeste. Tout en restant député, il va purger sa honte en rejoignant les troupes cantonnées sur le front Ouest en tant que Commandant du 6e bataillon des Fusilliers Écossais. Son second durant cette campagne est Archibald Sinclair, qui deviendra plus tard le chef du parti Libéral anglais.


Balles, Obus, Explosifs !

Les chats ont neuf vies, mais les aristocrates sont éternels. C’est en 1917 que Winston Churchill est rappelé au pouvoir. Il devient Ministre des Munitions, poste logique pour un petit-fils de Wall Street, puisque c’est la Rue du Mur qui contrôle presque 100% de la production de l’armement mondial de l’époque, comme le lecteur attentif (et la lectrice aussi, bien sûr !) l’a vu dans les chapitres précédents. La guerre se termine à peine que Churchill est nommé Secrétaire de la Guerre, ainsi que Secrétaire de l’Aviation. C’est donc lui qui commandera la partie Britannique de l’agression alliée contre la jeune République Socialiste Soviétique de Russie. Churchill est un des plus forts partisans de l’intervention et déclare que le Bolchévisme doit être « écrasé au berceau ». Cependant, malgré ces dures paroles, ladite intervention sera menée très, très, très mollement. Pourquoi ? On y reviendra, à cette prétendue révolution bolchévique. Que la lectrice (et son fiancé !) se contentent pour l’instant d’apprendre avec stupeur que dès 1918, les livraisons de pétrole Russe reprennent vers l’empire Britannique.

Churchill devient le Secrétaire d’État pour les Colonies en 1921 et fait partie des signataires du traité Anglo-Irlandais. C’est donc sous son égide que se crée l’Ulster, cette partie du Nord de l’Irlande qui devient une simple province du Royaume... Uni. Il s’avère que la partie industrialisée et riche de l’Irlande s’y trouve. Cette idée de la partition de l’Irlande, comme on l’a vu au cours du Mauvais Siècle, était particulièrement juste, avisée et efficace ! Peut-être pas autant que la campagne des Dardannelles, mais tout juste. Encore aujourd’hui, personne ne sait véritablement comment résoudre cet inextricable noeud de souffrances et d'horreurs.

C’est en sa qualité de Président du Conseil de l’Aviation que Sir Winston Churchill propose dans les années 20 l’utilisation des gaz toxiques contre les populations tribales Arabes et Kurdes des régions qui allaient s’appeler bientôt... L’Irak. C'est une région névralgique dans le développement de la production pétrolière et ses potes de Shell y ont un monopole. « Je suis fortement en faveur de l’emploi des gaz toxiques contre les tribus non-civilisées... dans le but de semer une vive terreur ». My name is Churchill. Sir Saddam Churchill. En fait, comme les tacticiens allemands du Troisième Reich et les états majors États-Uniens de toutes les époques depuis, Sir Winston Hussein avait un goût prononcé pour les bombardements aériens. Surtout pour protéger des derricks !

C’est sous sa gouverne que furent établies les dynasties des Faisal en Irak et des Abdullah en Jordanie. Il s’agit essentiellement de régimes guignols censés approuver les activités des pétrolières britanniques sur leurs territoires, sourire pour la photo, et tenir de temps à autres des propos terribles contre l’occident, le capitalisme, ou le chewing gum.

En 1923, Shell propose à Churchill un petit boulot de lobbyiste. Leur projet ? Racheter la partie gouvernementale d’Anglo-Persian. Ça tombe bien pour le petit Winston, qui vient de se faire mettre à la porte du parlement et se cherche du boulot, n’importe quoi pour déjouer l'inéluctable mendicité ! Il promet publiquement à sa femme, la gorge serrée : « Je ne nous laisserai pas crever de faim ». Par Vishnu, ces moments émouvants de l’Histoire peuvent parfois m’évouvoir tellement que j’en suis tout ému. Winston avait réussi au cours de la décennie précédente à faire acheter des millions de barils de pétrole par l’armée, la marine et l’aviation de Sa Majesté. Il était également parvenu à faire investir par le parlement les sous de la Couronne, à même les impots et le trésor public, dans une compagnie dont les profits et le contrôle revenait à une banque privée. Tout ça, Winston l’avait fait par amour ! Par amour du pétrole, suivant de sincères élans de tendresse pour cette industrie, pour sa substance si limpide, si humaine, si touchante ! C’est pourquoi lorsque ses amis de Shell lui offrent un boulot de consultant, en cette année tranquille de 1923, il se contente d’une somme symbolique pour ses heures, la dérisoire pitance de... 50 000 livres sterling (8 millions de dollars d’aujourd’hui). Robert Cohen, un des dirigeants de Shell déclare : « On ne pouvait pas tellement discuter son prix ». Ah bon ? Encore un de ces impénétrables mystères...


Chancellier du Trésor Public


Tous ces désatres mènent Winston Churchill à perdre plusieurs élections consécutives. Qu’à celà ne tienne ! Nommé ministre des finances en 1924 sous le premier ministre Stanley Baldwin, il pousse l’établissement de l’étalon Or, ce qui précipite le pays dans une récession, cause une vague de chômage sans précédent et entraine une épidémie de conflits de travail. Sir Winston fait vraiment chanceler le trésor public ! Churchill avouera plus tard qu’il s’agissait de la pire erreur de sa vie, déclarant candidement ne rien connaître à l’économie, et s’être fié aux bons conseils de son ami le gouverneur de la Banque d’Angleterre, le milliardaire Montagu Norman. En 1926, l’Angleterre fait face à une gréve générale.


Le gentil Baron Norman

Il a la particularité d’être l’ami intime du banquier allemand Hjalmar Schacht. Il sera aussi le directeur de la Banque des Règlements Internationnaux, la banque fédérale des banques fédérales, qui sera créée en 1930 pour répartir le pillage des ressources allemandes organisé sous le Traité de Versailles. C’est à ce titre qu’en 1939, Montagu vole 6 millions de livres aux Tchécoslovaques et remet la somme à ses potes de la Reichsbank. On multiplie par 42.51 pour avoir le chiffre en livres d’aujourd’hui ? Ça fait 255 million de livres, un joli milliard de dollars. L’Allemagne avait besoin de liquide, en 1939. Les détails de cette épouvantable crosse ne sont pas encore éclaircis.
Eh beh. Rien ne presse.
Norman, qui travaillait beaucoup, sera également un des fondateurs et principaux promoteurs de la très oubliée Fraternité Anglo-Allemande (Anglo-German Fellowship), établie à Londres sous les auspices de Ernest Tennant et de Joachim von Ribbentrop en 1935, deux ans après l’arrivée d’Hitler. Cette organisation, dont de très importants personnages de la société anglaise et allemande feront partie (ministres, généraux, amiraux, banquiers, etc.), se déclarait ouvertement fasciste et pro-nazie.


La Grande Rigolade des Années Folles

Revenons à notre cher Winston, aux prises avec une grève générale. Il déclare en 1926 : « ou bien le pays brise cette grève générale, ou c’est la grève qui brisera le pays. » C’est pourquoi Sir Winston préconise dès lors l’utilisation des mitrailleuses pour convaincre les grévistes de retourner au boulot. Après tout, ça avait bien si bien fonctionné au Soudan. Cette même année, Winston Churchill confie que « le fascisme de Benito Mussolini a rendu service au monde entier, en montrant la façon de combattre les forces subversives ». Il ajoute plus tard au sujet du gros Duce : « c’est un génie Romain, le plus grand législateur d’entre les hommes ».

C’est en 1928 que Churchill pilote finalement cette fusion des pétrolières Anglo-Persian et Shell, ce qui mène à la création d’un nouveau monopole de facto, lorsqu’à Achnacarry en Écosse, les petits amis de Standard Oil sont invités à se joindre à la danse. Le prix du baril monte !


Étonnantes Sympathies

En 1929, Sir Winston se fâche avec les Conservateurs, qui proposent une légère ouverture face aux revendications de l’Inde. Il s’éloigne alors de toute la classe politique anglaise, mais se rapproche d’autant de la petite clique des barons de la presse, des banquiers et du monde de la finance. Il se consacre en même temps à l’écriture et publie entre autres en 1932 un receuil d’essais intitulé Pensées et Aventures (Thoughts and Adventures) dans lequel il propose d’abandonner le suffrage universel. Il demeure un grand admirateur de Mussolini jusqu’à la fin des années 30.

En 1935, Winston Churchill mène l’opposition contre l’octroi à l’Inde de sa souveraineté. Il dit alors de Ghandi que « ce fakir à demi-nu mériterait d’être étendu pieds et poings liés aux portes de Delhi et écrabouillé par un énorme éléphant monté par le Viceroy ». Il fonde la Ligue de Défense de l’Inde, dont le projet est d’empêcher son accession à la souveraineté.

Churchill a longtemps été une des seules voix à craindre la montée d’Adolf Hitler. Le fait que ses grands amis aient été au même moment en pleine campagne de financement de l’effort de guerre allemand diminue peut-être un peu le panache à posteriori de ses qualités de visionnaire.


Seconde Guerre Mondiale

Lorsqu’éclate la seconde guerre, Winston Churchill est de nouveau désigné Premier Seigneur de l’Amirauté, ainsi que membre du cabinet de guerre. L'Allemagne nazie vient d'envahir la Pologne ! Un allié Britannique ! Winston propose immédiatement d’intervenir avec vigueur avec une invasion de... la Norvège et de la Suède ! Le premier ministre Chamberlain s’y oppose, ainsi que tout le reste du cabinet. Churchill décide d’attendre l’invasion Allemande pour procéder et l’opération, une fois mise en route, est un retentissant désastre qui coûte son poste à... Chamberlain !... Ce sont les scandinaves qui jubilent ! Occupés par le Reich au Sud et agressés par l’Empire de Sa Majesté au Nord. Ce petit détail est parti tout au fond de la trappe à gras du restaurant de l’Histoire, mais je vous en fais cadeau aujoud'hui, parce que je vous aime.

Quant à la Pologne, elle, il lui faudra attendre 1944 pour recevoir « l’aide » (sous la forme bénigne de 40 ans d'occupation totalitaire) que les fameux traités internationaux lui garantissaient et en vertu desquels tout le monde et son canari entre en guerre en septembre 1939. Pendant que l’Angleterre envahit foireusement les innocents scandinaves, la nation polonaise sera divisée en deux, l’Ouest à l’Allemagne et l’Est aux Soviétiques.

Trois mois avant le début de la guerre, Franklin Delano Roosevelt, le président des États-Unis, promet au Roi Georges VI de constituer un blocus naval de l’Atlantique et de s’employer à créer un incident maritime dont il ne resterait plus qu’à attendre les conséquences. Puis, disjonctant toutes les voies de communication normales, dès la nomination de Churchill à la tête de la marine, le même FDR entreprend avec lui une active correspondance, gardée secrète même du cabinet et du premier ministre britannique. Puis il assigne un certain Averell Harriman à titre d’envoyé personnel auprès de Churchill, qui à l’époque n’est pas encore Premier Ministre, mais bien simple Lord de l’Amirauté. Certains messages font référence à une promesse d’intervention États-Unienne donnée par FDR avant même le début du conflit, ce qui contredit toutes les versions officielles et laisse supposer une sorte de danse chorégraphiée par tous les partis impliqués. Si on se rappelle que les banquiers supportant les deux leaders sont les mêmes qui ont monté la machine de guerre nazie (et la soviétique), il devient pratiquement évident que le monde s’est fait arnaquer de quelques trillions de dollars et de 54 millions de vies humaines.

Totalement dépassé par les évènements, Chamberlain, qui avait toujours cru dans la bonne foi d’Hitler (!) et avait cédé devant toutes ses exigences, caprices et gémissements... est forcé de démissionner. Le bon Roi George VI demande à Winston Churchill d’accepter le rôle de premier ministre. Il jouera parfaitement son personnage de celui qui ne cèdera jamais et les Britanniques s’identifieront à sa résolution et à sa détermination.

Tout de suite après un des tout premiers bombardements allemands contre Londres, alors que la capitale est à feu et à sang, le directeur de la boutique de cigares Dunhill téléphone d'urgence à Churchill pour lui annoncer que son stock de Hoyo Monterey Double Corona est sain et sauf.

Roosevelt et Churchill se rencontrent en août 1941 pour la conférence Atlantique. Les deux leaders y discutent avec légereté des beaux grands principes d'autodétermination de tous les peuples de la Terre. Ils avaient manifestement bu. Peu importe ces balivernes, l'essentiel est que la guerre se poursuive. Sir Winston déclare ensuite à son cabinet que « le président a promis de se lancer en guerre sans déclaration et qu’il augmenterait sans cesse le niveau de provocation. Si les Allemands n’aiment pas ça, ils n’auront qu’à attaquer les forces américaines. Tout sera fait pour créer un incident. »
Ce sont par contre finalement les Japonais qui lui permettront de fanfaronner, en attaquant Pearl Harbor. « Nous venons de gagner la guerre », s’esclaffe-t-il, vraisemblablement éploré par la tragédie.


Petits Crimes de Guerre entre Amis

Churchill a la main heureuse en financant les activités subversives des partisans et des résistants dans les territoires occupés par le Reich et en créant des unités de commandos, sur lesquels sont calquées les Forces Spéciales d’aujourd’hui. Il est à noter que de nombreux éléments des unités de résistants ont été dénoncés et assassinés par les Allemands juste avant l’arrivée des forces Alliées. Certains autres, comme les partisans helleniques ont carrément été écrasés ensuite par les forces britanniques, aidés par 400 millions de dollars d'aide États-Unienne (10,772,000,000 U$D de 2006). Une dictature militaire d'extrème-droite est établie en Grèce et les milices qui avaient lutté contre les nazis sont écrabouillées, dispersées, emprisonnées. En France, les leaders les plus à gauche de la résistance sont trahis et presque tous liquidés par la Gestapo avant le jour J.

Churchill participe aux négociations de partage du butin nazi en compagnie de Franklin Delano Roosevelt et de Staline, qui se réunissent deux fois à Québec et une à Yalta. Je n'ai jamais visité Yalta, mais si je me fie à ce que je connais de Québec, le Monde avait de quoi trembler. Heureusement, par contre, il semblerait que la municipalité n'avait pas encore fluoré son eau et qu'en fait, avant le but refusé à Alain Côté, Québec ait été une ville normale, entièrement peuplée d'habitants sympathiques.

Les trois grandes marionnettes vont donc négocier le bout de gras comme s’il s’agissait du résultat d’un vol de banque, se disputant les « pourcentages d’intérêt ». L’ambassadeur États-Unien en URSS de l’époque s’appelait Averell Harriman (oui, encore lui !). C’est Churchill qui proposera les immenses déportations comme solutions aux problèmes ethniques causés par les frontières redéfinies des pays de l'Est. Les déplacements de 15 millions de personnes d’origine germanique par l’URSS de Staline causeront en définitive un peu plus de deux millions de morts. Sir Winston s’oppose aussi à l’annexion de la Pologne par Staline, mais il ne fera rien pour l’empêcher.


Le Plan Morgenthau

À Québec en 1944, les Alliés s’entendent pour ce qu’on appelle le Plan Morgenthau, c’est-à-dire le projet de destruction de l’Allemagne après sa reddition. Le plan prévoit la division de l’Allemagne en trois zones, Nord, Sud et ‘internationale’. De plus, la Saar serait rattachée à la France, la Silésie du Nord à la Pologne et la Prusse Orientale à l’URSS. Toutes les industries seraient démantelées et les équipements divisés entre les alliés victorieux. Les restes de cette grande nation seraient maintenus pour toujours en une vaste plaine agricole et pastorale. On prévoit également larguer des super-bombes à l’anthrax sur les six principales villes, ce qui devrait, selon le plan, entraîner la mort immédiate par inhalation de plusieurs millions de citoyens, suivie par la lente agonie de millions d’autres.

Le plan Morgenthau, « ultra-secret », est coulé aux médias et Joseph Goebbels ne manque pas de le diffuser et de s’en servir dans les derniers mois de la guerre, pour empêcher tout mouvement de reddition. Il est évident que le but du projet Morgenthau est d’allonger la guerre le plus longtemps possible. Un autre point en faveur de cet argument est l’incroyable histoire de ce général génial George Patton, que les Allemands craignent comme la peste. On lui retire son commandement pendant la campagne d’Italie, parce qu’il a dépassé plusieurs fois les objectifs fixés sans s’arrêter lorsqu’on le lui ordonnait. La raison invoquée ? Il a gifflé un soldat pour couardise. Patton passe ensuite une bonne année à se tourner les pouces dans un camp d’entraînement en Angleterre (!). Bradley, son ancien protégé devenu général en chef du front Ouest, le ramène au front, tout empêtré qu’il est en Normandie. On dit à Patton que c’est sa grande gueule qui pose problème et on lui fait promettre de la boucler. Ce dingue fonce alors dans le front Allemand comme un piranha dans un jeu de quilles et le découpe en frisettes à une vitesse ahurissante, démontrant une capacité presque surnaturelle à trouver les points faibles de l’ennemi. Le commandement Allié, alarmé par son avancée trop rapide, encore une fois, lui ordonne de s’arrêter pour attendre Montgommery (un autre favori des historiens blaireaux comme Yergin) et les autres corps d’armée qui rampent comme des limaces. Patton, tout passionné par son travail, est parti pour Berlin ! On lui coupe les vivres. Le diable attaque les raffineries nazies et s’empare du pétrole qui lui manque pour poursuivre son avancée. Finalement, c’est Bradley lui-même qui doit aller le prévenir que s’il ne s’arrête pas, sa carrière est terminée. Patton comprend que la guerre doit s’étirer le plus longtemps possible, il se calme. On l'envoie même se faire tuer dans les Ardennes où les nouveaux tanks General Motors des Allemands dépecent le 101e para, autre unité en punition. Patton surprend tout le monde et casse le front ! Il fout aux Allemands de leur propre recette à la gueule et les taillade au blitzkrieg. Ça saigne ! Patton adore ! Là c'est reparti, on file à Berlin pour vrai, y a plus d'orchestre, plus de théâtre, plus de rue, rien. Patton va encore ouvrir sa gueule une dernière fois en 1945, suggérant aux journalistes que l'armée États-Unienne devrait enfoncer tout de suite la Russie, tandis qu'elle possède l'avantage du bombardement atomique.


Gros Crimes de Guerre bien Coûteux/Payants



Entre le 13 et le 15 février 1945, Churchill ordonne aux bombardiers alliés de raser Dresden, qui grouille de blessés allemands, de réfugiés et de prisonniers de guerre Russes, causant directement 135 000 morts en quelques heures. Les historiens ne s’entendent pas, apparemment, à savoir si les attaques de Hiroshima, Nagazaki, Cologne, Essen, Francfort, Hambourg et Dresden constituent des crimes de guerre. C’est surtout parce que ce sont des estis de morons. Rien que pour nous faire rire, au début du conflit, Roosevelt avait dit des bombardements de populations civiles — faisant référence à ceux de Guernica en Espagne par la Luftwaffe au profit de Franco, des villages agricoles Éthiopiens par Mussolini et de Coventry par les Allemands, constituaient des « crimes de guerre, une inhumaine barbarie ayant profondément choqué la conscience de toute l'humanité ». Après une petite réunion à Casablanca en 1943, il est décidé par Churchill et Roosevelt de piétiner toute l'Europe sous le talon de ces mêmes bombardements aériens et, tant la France que l'Allemagne, ainsi que tous les pays annexés seront visés sans pitié par des raids menés de nuit sans le moindre prétexte de précision ou de stratégie militaire, dans le but de semer la terreur, et de saper l'envie de combattre des forces ennemies ainsi que de la population civile.



J’ai discuté cet hiver avec un vieil Allemand de Hambourg (oui, j'ai parlé avec un hamburger), qui a accepté de me décrire la scène à laquelle il a assisté, lorsqu’à l’âge de 15 ans il s’est précipité dehors au cours de la première attaque, en 1943. Il habitait un petit village situé à quelques kilomètres du centre de la ville. Les bombes incendiaires avaient déversé tellement de phosphore sur la ville que les eaux de l’Elbe étaient enflammées jusqu’à chez lui. Les habitants épouvantés avaient tenté d’échapper aux brûlures en se jetant dans le fleuve et leurs cadavres jonchaient les berges, encore en flammes. Des familles entières ont été retrouvées collées dans l’asphalte des artères, qui avait fondu sous la chaleur. Les rues étroites de la vieille cité avaient constitué de parfaits corridors de convection pour les rivières de feu qui se sont ensuite mises à serpenter dans tous les quartiers. Pour être bien certains de ne pas se tromper, les alliés ont bombardé Hambourg 187 fois entre 1943 et 1945.

En tout, on estime que les raids aériens alliés ont causé 600 000 morts et 800 000 blessés parmi les populations civiles Allemandes au cours de la guerre. Des villes millénaires sont rasées. Le chef du Bomber Command, Arthur Harris, a dit de l’époque : « Nous avons toujours travaillé à partir du principe que bombarder n’importe quoi en Allemagne était mieux que de ne rien bombarder du tout. » La technique du tapissage de bombes (Carpet Bombing) vient de cette époque. Selon l’Histoire officielle de la RAF : « le niveau de destruction de l’Allemagne à la fin des hostilités aurait dégoûté jusqu'à Genghis Khan. » La campagne d'anéantissement s’arrête en avril 1945 lorsque l’armée de l’air de Sa Majesté rapporte à ses supérieurs qu’« il n’y a essentiellement plus une seule cible digne d’être frappée dans toute l’Allemagne ». Le pays est à toute fin pratique pulvérisé. Chaque bombe a été payée en entier par l’argent du peuple des pays Alliés et le sang des peuples d’Europe. Chaque bâtiment à reconstruire représente un alléchant contrat pour les banquiers qui se présenteront par la suite avec de grands sacs vides, n’attendant que les milliards pour couvrir les vallées de leur joli ciment tout neuf, socialiste d'un côté, démocratsssique de l'autre.

L’Union Soviétique avait obtenu des accords de Yalta le droit de prélever 500 000 esclaves en Allemagne et 200 000 en Roumanie, en guise de réparations. Après tout, il faut bien leur donner une bonne leçon. Ça leur apprendra, à ces chenapans, à habiter cette région.


Les Lendemains qui Chantent



Parlant de l’Union Soviétique de Staline, peu de temps après la guerre, Churchill regrette : « Nous n’avons pas dépecé le bon cochon. »

Churchill a été un ardent promoteur de l’Union Européenne... à laquelle il ne voulait absolument pas que l’Angleterre appartienne !

Une des obsessions qui anime ses vieux jours est l’alliance objective des pays de langue anglaise et il préconise une proche collaboration entre les membres du Commonwealth (Empire British version 2.0 sous un nouveau nom cool) et les États-Unis (Empire British version 3.1 sous une pseudo démocratie cool).

En 1951, Churchill revient pour une dernière balade au sommet du gouvernement British. Il propose d’interdire l’immigration indienne, suggérant en 1955 le slogan « Gardons l’Angleterre blanche ». En 1951 il envoie l’armée défoncer la révolte des Mau Mau au Kenya, puis la rébellion Malayan en Asie du Sud Est. Par chance pour les peuples aborigènes du monde, sa santé péréclite rapidement et il quitte enfin la barre du Royaume Uni en 1955. Il passe le reste de ses jours à peindre et à rédiger les milliers de pages de ses innombrables bouquins, ainsi qu'à accorder des heures et des heures d'entrevues à ses biographes, qui en retour produiront également des milliers de pages et d'innombrables bouquins.


Héritage

On doit à Churchill l’expression Le Rideau de Fer. On doit le Rideau de Fer à ses potes les grands banquiers de la City, amateurs de Monopoly grandeur nature. Tant que tout le monde s'amuse !

En 1953, sa littérature reçoit l’ultime consécration sous la forme du prix... Nobel.





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Sources :




Apocalypse 1945: The Destruction of Dresden ; David Irving

The Rise and Fall of the Third Reich: A History of Nazi Germany ; William L. Shirer

The Prize ; Daniel Yergin

The Unauthorized biography of George Herbert Walker Bush ; Webster Tarpley

A people's History of the United States ; Howard Zinn

The Transfer Agreement ; Edwin Black

Un Homme ; Oriana Fallacci

Rethinking Churchill ; Ralph Raico.

Dreadnought: Britain, Germany, and the Coming of the Great War ; Robert K. Massie.

Roosevelt and the First Shot: A Study of Deceit and Deception ; John V. Denson

Despotism Loves Company: The Story of Franklin D. Roosevelt and Josef Stalin ; John V. Denson

Reassessing The Presidency: The Rise of the Executive State and the Decline of Freedom ; Yuri N. Maltsev et Barry Dean Simpson

Omnipotent Government ; Ludwig von Mises

Le Cigare, Guide du Connaisseur ; Anwer Bati

LewRockwell.com

http://nobelprize.org/nobel_prizes/literature/laureates/1953/churchill-bio.html

http://en.wikipedia.org/wiki/Winston_Churchill

http://en.wikipedia.org/wiki/Hamburg#Bridges_and_tunnels

http://en.wikipedia.org/wiki/Bombing_of_Hamburg_in_World_War_II

http://measuringworth.com/calculators

samedi 21 juillet 2007

Bravo



L'autre jour, mon amante roulait sur la piste cyclable dans le Wesss-Island. Un garçonnet, la voyant, a dit à son petit frère : « Look ! That's a Jew ».

Une vieille dame dans la cour de mon immense coop hurle des injures racistes aux petits bambins. Un de ceux-là pleurait, tantôt. Je lui ai dit qu'on était tous frères, frères de coop. Il me regardait, attendait que je finisse avant de partir.

Quatre jeunes intellos sur la terrasse, tout à l'heure, parlaient des « Indiens qui vendent de l'alcool illégal ».

Bravo, Québec.
Bravo, Canada.
Bravo, Amérique.
Bravo tout.

Je nomine tout.
Tout est crachoir d'or.

vendredi 20 juillet 2007

Histoire brève et désopilante de l'Afghanistan *



2000 av JC : les Aryens s'installent en Afghanistan.

Les Perses Achaménides, alors maîtres du monde, s'y pètent la gueule. On fout la paix aux Afghans.

330 av JC : Alexandre le Grand s'empare du monde entier, mais se cogne à un mur en Afghanistan.

Au premier siècle, les Kushans basent leur empire en Afghanistan.

En 300, les Sassanides les envahissent, mais ne réussissent jamais à soumettre toute la région.

Les Huns pètent la gueule aux Sassanides. Ils sont à peu près maîtres du monde mais... sont applatis en Afghanistan par les Hephthalites au 5e siècle. Les Sassanides (des obstinés) reviennent en 557 et reprennent toute la Perse, sauf... l'Afghanistan.

Les Musulmans s'emparent de Kaboul, mais pas des régions montagneuses, qui restent à peu près souveraines jusqu'au dix-neuvième siècle. Entre temps, les empires Samanides, Ghaznavides, Seljukids, Ghurides, Timurides se succèdent, mais apparemment sans jamais soumettre les montagnes.

1219 : Ghengis Khan met la planète à genoux mais les Mongols ne parviennent pas à établir un état durable en Afghanistan.

En 1709, le gigantesque empire Perse qui domine toute la région, se pète la gueule à... Khandahar. Fâchés, les Khandaharis se rendent même jusqu' à la capitale Perse, Isfahan, pillent la ville et cassent tout. Leçon millénaire à recopier 400 fois : Faut pas faire chier les Afghans !

Finalement, Nadir Shah et son armée prennent Khandahar en 1738. Ils tiennent la région solidement jusqu'en... 1747. Ensuite, après neuf longues années de stabilité, les Afghans l'assassinent et Ahmad Durrani, déchaîné, conquiert toute la région.

Les puissants Britiches (maîtres du Monde) se tapent de bonnes défaites en Afghanistan en 1839-42, 1878-80, et en 1919. La majorité du territoire finit par être sous contrôle de sa bonne majesté Ze Queen, mais pas... les montagnes... insoumises ! Jamais même recensées !

De 1933 à 1973, c'est anormalement tranquille, sous le règne de Zahir Shah.
Marre du roi, une révolution renverse la monarchie en 1978. Un régime socialiste et nationaliste est établi. Ça énarve Washington et Londres.

La CIA créé, arme, entraîne et dirige les Mujahidins. Et les Talibans. Et AL Qaïda.

Les Soviétiques, semi-maîtres du Monde, interviennent pour calmer tout le monde (et s'emparer subtilement des ressources). Ils se font totalement laminer le cul dans les années 80.

Les Talibans prennent le pouvoir. Reagan décrète une journée annuelle des FREEDOM FIGHTERS, aux É-U, dédiée aux Talibans, ces frères, ces amours, ces héros adorés. Même que Hollywood fait un film de guerre capoté dans lequel un Russe intelligent et gentil (il porte des lunettes, joue aux échecs, le Russe raisonnable, quoi) trahit ses amis Russes pour combattre aux côtés de bons Talibans. Le gentil Russe tue ses amis d'hier et à la fin, tout le décor rocheux du plateau "Roche 4" de Universal est libre et en liesse. Petit clin d'oeil politique, ce sont les femmes Afghanes qui terminent le boulot, malgré l'interdiction de leurs maris, elles se mettent aussi à tuer des Russes (décidément, ces Russes !) et même, elles tuent le chef des Russes et aussi cassent le tank des Russes (il n'y en avait qu'un seul en raison d'un budget plutôt court. Ils ont failli utiliser des noix de coco !).

Années 90 : Halliburton (son VP et actionnaire important s'appelle Dick Cheney) et UNOCAL décident de construire un Oleoduc et un Gazoduc pour aller vendre en Asie les ressources (pétrole et gaz naturel) de la Mer Caspienne (Baku). Pas impressionnés par le contrat offert, les Talibans décident de l'octroyer à Petrobas, la Nationale Argentine. Les Talibans sont déclarés au Congrès des É-U "ennemis de la démocratie". Le FMI entre full pin dans l'Argentine, les ÉU financent un Mario Dumont argentin du nom de Carlos Menem, l'Argentine sombre dans le désastre et privatise son pétrole, son Hydro, puis privatise tout pour éponger ses dettes grandissantes. Le monde entier félicite l'Argentine à pleines pages pour son virage vers la liberté économique ! C'est chantonnant de bonheur que le mendiant jette jusqu'à ses jambes et ses bras ! Il ne sera que plus léger ! Lucien Bouchard jouit dans sa baignoire.**

Septembre 2001 : des Talibans fous de haine pour tout ce qui est bon dans la vie (les SUV, les hot-dogs, les femmes-à-poil sans poils et les pubs de Club Piscine) volent sur des tapis volants de Kaboul jusqu'à NY, où ils apprennent en quelques mois à piloter des jumbojets mieux que des champions et aussi à dissimuler des exactos dans leurs barbes. Le 11 septembre, ils fuckent toutes les lois de la physique et de la science, grâce à de la magie, tuent plein d'innocents et surtout plantent les cotes d'écoutes de Seinfeld, La Petite Vie et la Mutuelle d'Omaha. On voit à plein écran que le pénis bandé et métallique des chasseurs cueilleurs viole la pureté miroitante de la cité alanguie, innocente et... Fragile. Le monde CIVILISÉ tremble, mais ne se rendra point ! L'occident doit se venger. Dick Cheney propose, comme ça, histoire d'aller faire chier les Afghans, de parachuter plein de bombes sur les villages, le long d'un éventuel parcours d'un hypothétique pipeline, dont les Martineau de ce monde ont déjà trop entendu parler.

Après la victoire éclatante de nos forces libres, démocratiques, blanches d'âme, de peau et de coke dans les trous de nez, après avoir bien écrapouti nos néo-ex-alliés Talibans, armés et entraînés par nous, un premier ministre est NOMMÉ, comme ça se fait en démocratie. C'est Hamid Karzaï, ancien VP (ou alors consultant, selon les bios) de UNOCAL. Il déchire le contrat argentin et octroie le projet, sans appel d'offres à... UNOCAL. Halliburton a sa part du gâteau, faut pas s'en faire, y a une justice. On m'assure cependant qu'en 2006, tant Unocal que Karzaï auraient affirmé au cours d'une conférence de presse commune ne jamais avoir entendu parler ni de l'un ni de l'autre. Dans un même ordre d'idée, la balle que Dick Cheney a tiré (accidentellement) dans le visage d'un vieillard de son entourage au cours d'une partie de chasse en jeep dans une pourvoierie où les bêtes sont attachées aux arbres aurait finalement été retrouvée dans les rues de Kansas City où elle se faisait passer pour prostituée Sioux dotée de deux rectums. Une affaire à suivre.

De son côté, tout est terminé en Argentine, qui sombre alors dans la faillite. Les enfants errent nus dans les rues. C'est leur faute, mais ils n'ont plus rien à privatiser ! Qu'est-ce qui reste à vendre quand t'as tout vendu ?! Ce qui est particulièrement marrant, c'est que les nouvelles compagnies, achetées par des géants transnationaux, sont presque en faillite d'année en année, et les dirigeants obtiennent des... SUBVENTIONS pour garder les entreprises à flot, histoire de ne pas perdre les derniers emplois restant. Quant aux montants (équivalents à de minuscules fractions de la valeur comptable) payés par les multinationales pour mettre la main sur le pétrole et l'electricité argentine... Ils ne furent jamais transférés ! Tu vends ta montre pour payer l'épicerie, le gars qui l'achète te fait payer des nouvelles piles, une réparation d'entretien, un nouveau bracelet, pis finalement, disparaît sans te refiler ton 5$.

2004, nos bons québéco-boys arrivent à Khandahar pour civiliser la région, on va régler ça, nous autres.
On est ben là ! On aime ça de même. C'est la bonne vie. On connaît ça !

Go, Canada.
Go habs.
Support our troops.


&.




Post-scriptum marrantissimum....................
En 2002, j'ai publié Antarctique, avec en épigramme une citation de Rudyard Kipling :
La pointe primitive de cette lance brutale pénètre la poitrine du soldat le mieux entraîné du monde et celui-ci s'effondre parmi tout son dispendieux attirail.
— Rudyard Kipling, Afghanistan, 1880.

* Ce fabuleux texte en est à sa troisième révision. Je crois sans pouvoir l'affirmer que je l'améliore à chaque fois, mais il est possible que je perde plutôt mon temps à le rallonger inutilement dans l'espoir de séduire une certaine dame de mes pensées, qui, je crois, aime ça gros.

** Y tambien, Addendum argentinuum
En 2005, le Venezuela, sous la coupe dictatoriale (tellement dictateur qu'il arrête pas de gagner ses élections, ce qui est bien la preuve de sa perversité) du très horrible, très amérindien et très vilain vlimeux ouache-caca Hugo Chavez, ÉPONGE la dette argentine au FMI dans le cadre d'un échange de technologie, de main-d'oeuvre et tout et tout. Aujourd'hui, l'Argentine est en voie de remonter la pente, et créé des millions d'emplois par année. Vite une balle pour arrêter ce malade de Chavez avant qu'il ne vienne éponger nos dettes à nous. Imaginez ce qu'on souffrirait. Le Venezuela a réglé les derniers sous de sa propre dette nationale en 2002. Mais le socialisme, c'est économiquement poche. Tout le monde le sait.

jeudi 19 juillet 2007

Pour une analyse en profondeur du SPP

Passsionnnnant reportage sur les pours et les contres de l'Union Américaine. On voit bien que ça sera bon pour les commerçants et les artisses. Surtout les désinstitutionnalisés subnormaux bourrés de pulules et stones au fluor !

JE SUIS ABSOLUMENT RASSURÉ !

Etes-vous tannés que je vous parle du SPP ?

Juste comme je commence à avoir l'impression, en raison du silence médiatique total, que j'invente des choses, on s'aperçoit que non, il y aura bel et bien cette réunion, c'est juste que la venue des présidents des États-Unis et du Mexique au Québec dans quelques jours, dans le cadre d'un projet d'union nord-américaine, n'est pas un gros sujet de nouvelles !


GENRE :
— ON PEUT-TU ENTERRER ÇA AU CAHIER SPORTS ?
— NON, Y A TROP DE LECTEURS.

mercredi 18 juillet 2007

Amérique : Deep Integration, sommeil profond, au moins, ça sera lubrifié !

Tandis que le peuple vénézuélien chante que le peuple éveillé est invicible, les notres, de peuples, dorment sur leurs trois pululles. En espérant que Calimero sache bien tirer.

ENCORE LE SPP

lundi 16 juillet 2007

vendredi 13 juillet 2007

LE GALA DU CRACHOIR

Montréal 13 juillet — C'est lors d'une cérémonie toute simple qu'a été lancée hier soir la chasse aux premières nominations dans le cadre du Grand Concours International du Crachoir™. En effet, la corporation Crachoir-WORLD™, filiale transnationale du célèbre trust Québécois CRACHOIR.COM Holdings™ (administrativement domiciliée aux Îles St-Kitts), fière de ses succès dans le domaine du crachat et souhaitant asseoir sa domination sur le marché mondial de la coulisse™, du caillot™ et du moton™, se rengorge aujourd'hui à l'idée de pouvoir démontrer son know-how et son team-building spirit, en élaborant un (autre) fucking super concours globalomundial, destiné dans un premier temps à faire à semblant qu'on a des valeurs, et dans un deuxième, à faire full cash.

L'Heure du défoulement a sonné !

Les nominés s'affronteront dans deux catégories, l'Internationale, et la Québécoise, histoire de démontrer que CRACHOIR-DOT-COM™ n'oublie pas sa base, ses origines, aime son public. À l'insant où on oublie déjà ces lignes, la date du gala n'est pas encore arrêtée, en raison d'un conflit avec la Ville de Montréal, qui serait restée de glace concernant une croutesque subvention de 700 000 $ presque promise par monsieur Zampino, le cousin de monsieur Zamboni. Montréal comprendra-t-elle un jour que c'est en crissant l'argent du monde din vidanges qu'on va redevenir des champions ?! Le Stade Olympique étant fort occupé cet automne avec les Mondiaux de Chasse en 4-Roues™ (Dick Cheney y sera-t-il pour défendre son titre?), le Congrès des Morons™, et surtout la Biennalle des Philatélistes Spéciaux (à mobilité réduite) Gaies et Lesbiens™, un match du Canadien pourrait devoir être déplacé pour permettre la tenue du Gala™, qui serait donc présenté au Centre Bell, l'endroit rêvé pour un tel évènement, parce qu'ils ont plein de lumières.

NOMINATIONS
Sera éligible aux nominations, toute personne s'étant distinguée en cours d'année par sa ténacité dans le domaine du mangeage de marde, de la boulechite, de la menterie ou de la grossière désinformation. Idéalement, les nominés seront des spécialistes du «tampon» et se seront distingués de façon nette, brillante et répétée en machonnant en boucle des insanités profondes. Également éligibles, les maquillés, ceux dont le rôle est de faire croire qu'ils sont porte-paroles du progrès et du bon sens, mais qui eux aussi bossent en secret (ou même sans s'en rendre compte) pour les GROS PORCS™. Les simples crétins sincères, si l'ampleur de leur diffusion le justifie, peuvent aussi faire bonne figure. Il est souhaitable que les candidatures soient accompagnées d'un petit mot d'amour, expliquant succintement la raison de la mise en nomination.

Le concours est ouvert aux condidates et condidats de tous âges, races, ethnies, sexe, fiferonnerie, préférences au niveau du drink, religion, boutons, whatever, et etc. Même les gens de Québec seront éligibles, si des membres de leur famille ne travaillent pas dans l'usine d'emballage de Corn Pops™.

JURY
CRACHOIR-WORLD™ lance un appel aux citoyens du MONDE entier ! Deux jurys seront constitués afin de déterminer qui, parmi les candidats (ceux que la direction invisible du concours aura jugé bon de rendre publics parmi toutes les requêtes des pauvres niochons et niochonnes du peuple qui croient encore à la bonne foi des médias) se méritera le GLAVIOT D'OR™, ultime récompense sur la scène du WORLD de la grosse marde qui pue. Histoire d'allonger un peu le gala, on passera des heures à remettre également les MORVIATS D'ARGENT™ et les GRAILLONS DE BRONZE™. Le jury International sera composé de superstars internationales photogéniques connues mondialement telles que Bob Marley, Ghandi et Che Guevara. On invitera aussi des filles, genre Monica Bellucci, Lewinski, ou la life guard de la piscine devant chez nous, celle avec le maillot rouge. Des invitations ont déjà été envoyées. Compte tenu des horaires chargés de ce type de surhomme (et de surfeuumme), il est possible que ça soit mon voisin Cristobal qui fasse le jury international. On verra. Nous attendons donc les propositions. Le jury québécois sera composé de lecteurs zé de lectrices du Crachoir et de Jean-Marc Parent, pass y rvient à mode, y fait vendre des billets, pis y va certainement nous inviter à un BBQ dans une marina.

CANDIDATS HONORIS CAUSÆ
La direction de CRACHOIR-WORLD™ tient à souligner d'emblée, et ce, dès avant même le coup d'envoi, les mérites de certains géants du glaviot. Sans leurs accomplissements, rien de tout cela n'aurait été possible, ni même comme qu'on dit, souhaitable, ou encore, pertinent ! C'est donc avec orgueil et confettis que nous vous offrons à vous, Planète, le roulement de tapis rouge du tambour de la fierté pour vous dévoiler les tous premiers élus de la toute première édition des CRACHOIRS D'OR™ :


QUÉBEC

Gil Croutemanche
Pour son interminable exploitation de l'horreur Rwandaise, ses mensonges sur le même sujet, le ton suffisant de ses colonnes, la piètre qualité de son gribouillage.

Claude Charron
Il a engagé sa crédibilité (whuh ?!) dans ce triste spectacle de guignol de l'émission électorale Mononc', Matante... C'est amplement.

Patrick Lagacé
Un peu jeune pour aspirer aux grands honneurs, il apprendra éventuellement à doser son tamponnage. Inutile de répéter 40 fois par semaine «théorie de complot», il suffit du dixième pour faire bon effet. Pour le moment, c'est par affection personnelle que CRACHOIR-WORLD™ lui offre une place, peut-être en raison de sa drôle de bouille de justicier full intense qui fait bien rigoler les employés, la nuit, dans les bureaux sous-terrains du complexe CRACHOIR-WORLD™.


WORLD

Al Gore
Pseudo gauchiste financé par les mêmes génocidaires qui se trémoussent dans l'ombre de W. Bush, il surfe sur la vague écolo et en profite pour glisser entre 99 vérités factuelles indiscutables son petit baratin d'assassin des masses qui souhaite RÉDUIRE LA POPULATION DU TIERS-MONDE. Le personnel de CRACHOIR-WORLD™ lui voue une toute spéciale abhorration visqueuse.

Daniel Yergin
Gagnant du prix Pullitzer catégorie Bullshitzer pour son incroyable brique The Prize (l'Histoire ramolliste du pétrole). Son livre est un des plus frappants exemples de désinformation, de mensonge et de réécriture historique jovialiste qu'il m'ait été donnée de lire. Au moins, dans le cas du très populaire Rise and Fall of the Third Reich de Schirer, celui-ci pouvait plaider l'innoncence, le manque de documentation. Naaan. Ce Yergin parvient à omettre de son livre d'infimes détails tels que la gigantesque ligne de chemin de fer Berlin-Baghdad, le massacre de Ludlow, ou les liens reliant Standard Oil aux Nazis. Dans ce livre amusant, les guerres sont traitées comme des saisons... Elles arrivent comme ça, n'ont rien à voir avec quoi que ce soit, ne sont financées par personne, coûtent très cher, mais ne rapportent rien. Si les jurys ont la patience (que j'ai, moi, ouii ! je l'aiii !) de se taper son interminable hagiographie des Robber Barons de tous poils (il commença sale, sans un sou, travailla dans la boue, devint milliardaire juste le jour même où il vendit ses lacets pour nourrir sa mule, etc.), le GLAVIOT D'OR est dans la poche. Enfin, on verra. C'est un outsider doué !

Bono / Geldof / McCartney
Hum. La plupart des salariés de la salle de nouvelles de CRACHOIR-WOLRD™ aiment bien Bono. À part son surnom nono. Enfin, c'est même pas de sa faute, en plus, ni celle de Geldof... Il me semble avoir entendu McCartney prononcer cette phrase à Live 8, et c'est là mon problème, en recherchant ma source, je suis tombé sur 34985 trillions de personnes psalmodiant ce tampon, tant et si bien que je n'ai pas pu attribuer la citation à une personne précise et à ce jour précis, du spectacle de Live 8. C'est tant pis. Puisque j'aime bien ce Bono, et qu'il est la tête d'affiche d'un mouvement qui a causé l'indénombrable répétition d'un des plus horribles tampons de l'histoire de l'inhumanité, un des plus cons, un des plus sophistes, et surtout, un des tampons employés à tout coup avec le pire des airs complaisants de wannabe sagesse trempée dans le caca de vache avariée de la pire des imbécilité... je le propose : BONO !
Il triomphera injustement, s'il devait triompher, parce que je n'ai même pas la preuve qu'il pense ça, et encore moins qu'il l'ait dit. Reste que bon, il est 4h du mat, je me couche, voilà, bon. Hum. La phrase ?

Donne un poisson à un homme, il mangera aujourd'hui. Montre-lui à pêcher, il mangera pour le restant de ses jours.

Sous-entendu : avant que le bon bwana il vient en Afrique, ti-neg trop con pou pêcher lui-même. Avant que bon bwana il donne poisson, ti-neg il mange du sable, pis suce des cailloux dans désert. Ti-neg tout maigre, avant que bon bwana il montre à pêcher. TABARNAK. Voici le slogan comme devrait être rédigé :

Câliisse leur la paix, pis y vont pêcher leur poisson comme y ont toujours fait avant que t'arrive, gros crisse de tabarnak !


Bon. CRACHOIR-WORLDMEDIA™©¢ compte sur vous. Des noms ! De l'amour ! De la marde ! On vise le top !
C'est toute la PLANÈTE qui vous attend ! GO !

mercredi 11 juillet 2007

Disparition du dollar canadien

Chers amours, vous avez peut-être remarqué l'apparition soudaine du sujet dans vos journaux... Peut-être pas non plus. Le Devoir (hier) et LaPresse(fin mai) ont fait de petits mots d'humeur sur le sujet, c'est un début. Les arguments les plus crétins seront avancés contre le projet, histoire de nous donner l'impression que la voie rationnelle est celle de l'intégration.
Boah, après tout, la sale tronche de la Reine-Shell Petroleum, peuvent bien nous la changer pour celle de George H Bush, qu'on comptera parmi les glorieux pères de l'Union des Amériques ! En autant qu'ils réservent le billet de 100 pour les visages unis et harmonieux de Josef Staline et Adolf Hitler, j'embarque !
Je sors ma lyre et je fais un hymne !

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Discours de monsieur Dodge en PDF

David Dodge, Gouverneur de la Banque du Canada

7 août 2003
Intégration économique et union monétaire

On m'a posé la question : si une décision politique était prise, au Canada, d'adopter des politiques d'intégration plus profondes pour l'Amérique du Nord, cela aurait-il encore un sens de conserver notre propre monnaie ?
(...)
Mais imaginez que nous soyons en bonne voie d'accomplir un véritable marché intégré des biens et services, de la force ouvrière et du capital. Alors il serait bon de considérer une monnaie commune, dans le contexte des structures industrielles présentes à ce moment, en s'assurant que les bénéfices associés aux coûts réduits de transactions apportés par la monnaie commune soient supérieurs aux frais encourus pour l'ajustement des économies.
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Article du Globe and Mail

21 juin 2007
La Monnaie unique est possible

Globe and Mail
WASHINGTON — Le gouverneur de la Banque du Canada, David Dodge, estime que l'Amérique du Nord pourrait un jour épouser un système monétaire unique, à la manière de l'Euro. Cependant, pour y arriver, le Canada, les États-Unis et le Mexique devront d'abord jeter par terre les barrières empêchant une libre circulation de la force ouvrière, qui se sont épaissies au cours des dernières années.

dimanche 8 juillet 2007

Le Mauvais Siècle 9 ; Edward L. Bernays



Si nous comprenons les mécanismes et les motivations de la pensée de groupe, ne pouvons-nous pas contrôler et enrégimenter les masses selon notre volonté, sans qu’elles ne s’en doutent? La pratique récente de la propagande a prouvé que c’était possible, du moins jusqu’à un certain point.
— Edward Bernays, Propaganda, 1928

L’Ingénierie du Consentement

Edward Bernays, que Joseph Goebbels idolâtrait, a vraiment existé. Dites à votre cousine Nathalie, celle qui répète constamment « théorie de complot », qu’elle peut la boucler. D’ailleurs, cette locution, « théorie de complot », est ce que Bernays a appelé un « tampon » (rubber stamp), voir annexe 1.

En 1923 Bernays publie Crystallizing Public Opinion (La Cristallisation de l’opinion publique). Les relations publiques modernes sont nées, et remplacent désormais les primitives techniques publicitaires.


Le Massacre de Ludlow

Ce n’est pas Edward Bernays qui invente la profession de conseiller en relations publiques. Le tout premier à faire vraiment ce métier sera Ivy Ledbetter Lee.

Il n’y a pas qu’en Europe que la guerre fait rage, en 1914. En Amérique, le monde corporatif affronte les ouvriers. Avec des mitrailleuses. Lors d’une grève de mineurs particulièrement acrimonieuse à Ludlow, au Colorado, John D. Rockefeller fait intervenir l’armée, qui ouvre le feu dans le campement des grévistes. Deux femmes, six hommes et douze enfants meurent carbonisés et criblés de balles dans le massacre, et des centaines sont blessés. Étrangement, cette petite bavure nuit à l’image de Rockefeller, qui a déjà souffert de la publication de nombreux articles révélant ses agissements de crapule mafieuse et l’échelle à peine humaine de la corruption que sa tentaculaire Standard Oil a engendrée dans le monde entier. En fait, l’époque du fameux « que le public aille se faire foutre » du fils Vanderbilt est révolue. Le public commence à en avoir marre, et songe peut-être finalement à pendre aux lampadaires les porcs qui égorgent ses enfants. Ça lui passera.

Ainsi naît l’ère moderne des relations publiques. Poison Ivy Lee est engagé par Rockefeller pour refaire son image. Celui-ci bourre les journaux d’articles exposant les syndicats (et toute opposition ouvrière) comme un frein à la très souhaitable liberté industrielle. De l’autre côté, Lee convainc Rockefeller que la rénovation de son image passe par une apparence de grandeur d’âme, et que le succès financier de ses multiples cartels ne pourra qu’en profiter. D’où l’idée de toutes ces largesses et générosités dont le spectacle grossier garnira dorénavant sans merci les colonnes de la machine médiatique.

Aujourd’hui, on connaît mieux Rockefeller pour l’infinie bonté de sa philanthropie munificente que pour ses pratiques illégales en affaires, sa brutalité dans les relations de travail, son rôle sinistre dans la montée de l’Allemagne Nazie. C’est un retentissant succès de relations publiques !

À compter de ce jour, Ivy Lee soignera l’image des Rockefeller et de leurs amis et collègues, qui se préparaient à un long siècle de bavures et avaient bien l’air de se douter que pour garder la cousine Nathalie bien nounoune, il faudrait pomper des milliards dans ce qui ne s’appelait pas encore la désinformation. Ils ne se doutaient cependant pas à quel point ce drôle petit métier de crieur de cirque allait se perfectionner sous leurs yeux, sous l’action combinée du bon gros cash, de l’étonnante psychanalyse et du génie d’un tout petit homme nommé Edward L. Bernays.


Premières armes

Edward Bernays est né à Vienne, en 1891, mais à l’âge d’un an, il devient citoyen des Etats-Unis d’Amérique lorsque son papa Ely émigre à New York. Le petit Eddie est le neveu de Sigmund Freud, dont il lira les livres, qu’il admirera non seulement pour sa célébrité, mais aussi pour la profondeur de ses découvertes et avec lequel il conservera un contact privilégié. Il débute dans la carrière en s’occupant de la mise en marché d’une tournée américaine des Ballets Russes, puis devient l’impresario de Caruso, avec lequel il fait ses armes et grâce auquel il sera introduit au gratin du showbiz, ce qui lui servira par la suite. Il tente sans succès de s’engager dans l’armée de terre, qui le rejette en raison de ses lointaines origines autrichiennes. Qu’à cela ne tienne, on le retrouve à l’état major, où il aide à prêcher l’effort de guerre.

Un de ses premiers clients est Mazaryk, le président de la toute nouvelle Tchécoslovaquie. En 1918, Bernays le persuade de retarder l’indépendance de son pays d’une journée, pour mieux s’assurer les premières pages des journaux.

Edward Bernays force une rupture importante dans la façon de mettre un produit en marché en faisant réaliser à l’industrie qu’il est plus efficace de s’adresser indirectement au désir (inconscient) du client qu’à ses besoins.
Jusqu’aux années 20, la compagnie Poupou Poulet Inc. proposait à Nathalie d’acheter les poulets de Poupou Poulet Inc en vantant leur durabilité, leur versatilité, la qualité de leur fabrication, et gnagnagna. À compter de Bernays, qui commence à expérimenter sur la gestion des masses en utilisant la stimulation du soi irrationnel, l’entreprise convainc plutôt Nathalie qu’il lui manque un pénis, et qu’elle peut remplacer ce pénis par un poulet de Poupou Poulet Inc.

Dans les années 20, les grandes banques américaines fondent d’immenses chaînes de magasins et les truffent à craquer de produits innombrables. C’est la naissance de la société de consommation et, dorénavant, il n’y a plus rien de rationnel dans la relation entre le consommateur et le produit, puisque c’est à son inconscient qu’on s’adresse. L’ampleur du phénomène est ahurissante. C’est à compter de cette époque que les chaînes de restauration poussent comme des champignons, proposant principalement deux produits, le pénis (hot-dog) et le nichon (hamburger).


Les Flambeaux de la liberté





Bernays raconte avec fierté comment il a réussi à faire fumer la cigarette aux femmes de la planète.
American Tobacco payait depuis des années les grandes stars de l’opéra pour prétendre que les Lucky Strikes adoucissaient leur voix, reposaient leur gorge, magnifiaient leurs performances et purifiaient leur timbre. Une entreprise concurrente engage Bernays, qui recrute une armée de médecins et de spécialistes de la gorge et de la trachée, chargés d’exprimer l’idée qu’aucune preuve scientifique ne permet d’affirmer que les Lucky Strikes sont meilleures pour la santé que leurs concurrentes, qu’en fait, toutes les cigarettes sont également bénéfiques pour la gorge, la voix, et la santé en général, pas seulement les Lucky Strikes. Le résultat est immédiat. Et American Tobacco engage Bernays à l’année, n’exigeant au départ qu’une chose, qu’il ne travaille plus pour ses adversaires.


Les compagnies de tabac américaines avaient frappé tout un coup de génie au cours de la première guerre mondiale, en faisant acheter par l’armée des milliards de cigarettes, qui étaient distribuées aux soldats parmi leurs rations. Jusqu’alors, les hommes leur préféraient le cigare, la pipe ou la chique, jugés plus virils, mais lorsque les GI reviennent du front en 1918, la cigarette est devenue synonyme de fraternité, de victoire, et de la domination de l’Amérique. Un problème persiste, la femme. D’une part, l’homme refuse de voir la femme fumer. De nombreux établissements interdisent carrément les fumoirs aux femmes. D’autre part, quant à la femme elle-même, elle trouve vulgaire l’idée de fumer en public, et les quelques rares fumeuses le font en cachette.

Dans les années 20, Bernays analyse la situation, soumet ses observations à un psychiatre de New York qui confirme ses soupçons. Bernays orchestre un des grands coups de marketing de l’histoire en détournant une marche catholique (la procession de Pâques) pour en faire un événement politique au profit des suffragettes. Une dizaine de jeunes premières, invitées par lui et soigneusement instruites du plan de bataille, se présentent au-devant de la procession, exhibent leurs cigarettes, et s’allument devant les caméras des journaux. Bernays lance le slogan aux journalistes présents: « elles allument des flambeaux pour la liberté ».
Ça coule de source. Les journaux accordent la première page à la nouvelle. Les conservateurs vendent de la copie grâce à l’aspect scandaleux. Les progressistes sont charmés. Les féministes exultent, jubilent de l’ampleur du phénomène médiatique. Toute la société états-unienne est flattée sur la muqueuse par l’imparable évocation de la sacrosainte liberté. La femme éprise d’émancipation devra simplement fumer. Fumer c’est voter !
Tout le monde profite des photos sexy de ces jolies jeunes femmes. Tous y gagnent! C’est fantastique. Bernays avait compris que la femme de l’après-guerre avait bossé dans les usines pendant que les hommes étaient au front et il lui offrait un symbole phallique digne de l’ampleur de ses revendications, la clope.

Les succès se poursuivent pour l’association Bernays American Tobacco. Histoire de mousser les ventes encore plus, Edward recrute différentes associations de médecins et finance leurs campagnes agressives pour la minceur chez la femme. La femme américaine en santé sera donc filiforme ! Les magasines spécialisés et les publications destinées aux médecins publient des articles, vantant les vertus de la maigreur féminine, mais aussi de la Lucky Strike, le choix des médecins, et toujours la meilleure pour la santé.
Des publicités dans les journaux et les magazines, présentées par des regroupements de docteurs, de médecins de famille, de dentistes et d’instituts plus ou moins bidons (tous fondés par Bernays avec des fonds de American Tobacco) proposent ensuite carrément à la femme de tendre la main vers une cigarette plutôt que vers un bonbon, ce qui est tellement meilleur pour la santé. La campagne connaît un tel succès que les grands confiseurs et les producteurs de sucre attaquent American Tobacco en justice et réclament des dommages et intérêt. C’est un triomphe, la femme est maigre, elle est libre, elle respire la santé !

Bernays invente le concept de la bidirectionnalité du rapport entre le produit et le client. Eddie est le premier à proposer d’aller voir le consommateur en personne pour écouter sa voix. Les instituts de sondage naissent de ce nouveau besoin. Gallup est le tout premier, en 1935. C’est en tenant un des tous premiers focus groups que Bernays découvre un défaut majeur de la cigarette dans la conquête du public féminin, la couleur. Primo, la femme moderne veut porter du rouge à lèvres (on vient justement à peine de la convaincre que ses lèvres n’avaient pas la bonne teinte) et le rouge tache la cigarette. C’est pas beau. On lui offre donc premièrement des cigarettes mode, avec l’embout de couleur foncée. Ce n’est pas tout. Le paquet vert des Lucky Strikes déplaît aux dames, puisqu’il ne va avec rien de ce qu’elles portent. Bernays propose à American Tobacco de modifier la couleur du paquet pour qu’il s’agence avec les teintes de l’époque. Il affronte un refus catégorique. La marque a mis tellement d’énergie à imposer son image que c’est hors de question. Qu’à celà ne tienne. Eddie fait jouer ses contacts dans le milieu de la mode et des textiles (d’autres clients à lui) et parvient à imposer la couleur verte du paquet de Lucky Strikes. Le vert devient une des couleurs marquantes des années folles et, chose essentielle, la femme moderne peut sortir son paquet de Lucky Strikes n’importe où, il s’agence avec sa robe, le mur, les tentures, le piano, la lampe, le tapis. Et son teint.

Détail marrant, au cours de la même période, l’association des producteurs de porcs des États-Unis engage Bernays. Celui-ci se rend comtpe que les américains se contentent pour la plus part d’un simple café ou d’un jus d’orange au petit-déjeuner. Eddy s’agite en tous sens, déniche quelques médecins prêts à tout pour un petit chèque, et entâme une campagne multi-azimuths pour convaincre les états-uniens de commencer la journée par des oeufs et du bacon. À cette époque, donc, une seule même entreprise de relations publiques, celle de Bernays, fait à la fois l’apologie de la maigreur et chante les vertus du bacon.


Teapot Dome

Poison Ivy avait fait sa marque et son beurre grâce au massacre de Ludlow. C’est le scandale dit du Teapot Dome qui lance véritablement Bernays et lui fait mériter son surnom de Father of Spin (le père de la désinformation). Aux prises avec le scandale du Teapot Dome, le président Harding fait appel à Bernays. Celui-ci ne pourra pas l’empêcher d’être un peu assassiné. Il meurt empoisonné d’une embolie, d’une crise cardiaque et/ou d’un arrêt respiratoire compliqué par une étrange inaction des médecins, au cours d’un voyage en train.

C’est l’occasion d’inaugurer une (autre) annexe au Mauvais Siècle, qui s’intitulera le Petit Manuel du Filoutage. Le vice-président Coolidge devient président à la place du président et Bernays poursuit son boulot de réparateur d’image. On vend dans un premier temps l’idée rassurante que Coolidge est un personnage drabe, ennuyant, un homme ordinaire, un bon mari (contrairement à Harding qui avait des copines), un petit potache sans l'envergure des crapules habituelles. Une fois que tout le monde a avalé cette idée, on s’attaque à son pseudo-caractère tristounet en le faisant passer pour un homme discrètement fascinant. Bernays organise des fêtes à la Maison Blanche avec tout le gratin d’Hollywood. Les journalistes accourent, les photographes se délectent. Coolidge devient cool tout court. Bernays est un membre à succès de la société New-Yorkaise, donnant parties sur soirées dans son chic appartement au Netherlands Hotel où il reçoit tant les stars que les politiciens, les riches, les grands de ce monde. Tout le monde est content.
Plus personne ne se rappelle que le Teapot Dome était relié au parti de Coolidge, qui remporte l’élection. Keep cool with Coolidge !

C’est également au cours de ces années que Bernays développe l’idée du Soi consommateur. Walter Lippman (auteur en 1922 de l’expression « fabrication du consentement » — manufacturing consent) et Bernays (qui pousse plus loin avec « ingénierie du consentement » engineering consent) considèrent tous deux que la masse doit être contrôlée, guidée, restreinte. Ses espoirs, désirs, besoins et aspirations doivent être canalisés par l’élite, les bergers du troupeau. L’élite de la société américaine (les grands banquiers, les industriels et leurs valets) rêve d’une société stable, docile et profitable.

Le consensus chez les historiens serait apparemment que Hoover manquait de charisme, ne s'y entendait pas en politique, n'avait pas beaucoup d'appuis chez les élus, ne pigeait rien à l'économie. Joli défi pour Bernays. Herbert Clark Hoover est élu président à la place de Coolidge en 1928. Il prend office le 4 mars 1929. Il avait été secrétaire du commerce sous Harding et Coolidge, donc le Teapot Dome avait été commis sous sa garde ! Qui s'en souvenait ? Qui s'en souçiait ?! Hoover garde Bernays à son emploi, lui confiant diverses missions. Dès le mois d'octobre de la première année du mandat de ce grotesque pazzi, c'est le crash. Bernays est donc au sommet de la tour durant ces années cruciales de la Grande Dépression, au cours desquelles les grandes banques américaines et internationales procèdent à leur immense arnaque.


Savon, chimie, machin

En 1924, Procter & Gamble engage Bernays. Le problème ? Les enfants détestent le savon. Pourquoi ? Ça pique les yeux. Bernays lance un concours national de... sculpture dans le savon Ivory. Des millions d’enfants participent ! Ce faisant, ils apprivoisent le savon. De toute façon, chez Procter, on rigole bien, les écoles achètent des caisses de savon pour leurs cours d’art ! On distribue même aux mères de familles des guides expliquant comment transformer les copeaux en savon à lessive. Bernays restera à l’emploi de Procter & Gamble pendant près de quarante ans.



Les chapitres VI et XI de Mein Kampf sont directement inspirés de Cristallizing. Goebbels, d’abord rival, puis bras droit d’Hitler dans les années 20 et ministre de la propagande Nazi de 1933 à 1945, admirait ouvertement Bernays et s’inspira de ses livres et de ses exploits du début à la fin. Les nazis ont invité sans succès Bernays à venir travailler pour eux. Malgré qu’il partageait leur haine violente des communistes, Eddy, juif, patriote et progressiste, détestait le fascisme et a décliné. Pour Edward Bernays, l’élite devait effectivement dicter ses volontés au peuple, mais il prônait une manière douce et sophistiquée de mener le troupeau à l’enclos, contrairement à la méthode gourdin des Mussolinni, Franco et Salazar. Les Nazis étaient des gens ouverts, raisonnables, modernes ! ils se ménagèrent une méthode mixte, utilisant un peu de gourdin, un peu de chansonnette, et menèrent avec une belle vigueur le troupeau dans l’enclos, comme on le sait.


Les Années Trente

Bernays convainc les architectes et designers d’intérieur des années trente d’encastrer des bibliothèques partout. Son client ? L’éditeur géant Simon & Schuster. Les jeunes mariés cherchent des livres pour garnir leurs bibliothèques.

En 1931, dans le film Thirty Million Frenchmen, Maurice Chevalier chante une chanson dont un des vers est « You’ve got those ways, those fetching ways, that make me rush out to Cartier’s » (Ta façon charmante me donne envie de t’offrir une putain de montre de riche). Edward Bernays a payé les producteurs du film pour inclure ce vers dans le film. Le client de Eddie ? Cartier.



De la même façon, faisant fi de tout réalisme historique, les cowboys d’Hollywood commencent à fumer des cigarettes à l’écran. Des scènes de clope sont ajoutées brutalement au moment du tournage, souvent montées un peu n’importe où. L’important est simplement de faire croire à une tradition associant l’homme, le vrai, à la cigarette. Le héros des films de westerns n’est presque jamais un cowboy (employé de ferme), mais presque toujours le sheriff. Sheriff = flic = autorité = civilisation. Il est donc l’élément de l’histoire représentant la volonté de l’élite de mettre de l’ordre, d’asservir le monde aux besoins de la cité. D’imposer la volonté de l’empire aux hommes libres. J’invite les parents parmi mes lecteurs à méditer sur les personnages et les actions du film Toy Story que leurs enfants ont regardé mille neuf cent soixante quatorze fois. Le leadership est assumé par l’armée et la police. La peau est blanche. Le sexe est masculin. Les inférieurs suivent, aident, font de leur mieux, collaborent. C’est ce qu’on leur demande. Le mal ultime (identifié par la meuzik) : modifier les produits industrialisés pour en faire quelque chose de nouveau (certainement ce qu’on pourrait appeler l’art). Les produits souffrent quand on leur manque de respect. Ce film est une preuve que Bernays est éternel.

Une des grandes obsessions historiques de l’Amérique est Order out of Chaos (faire jaillir l’ordre du chaos). C’est une des phrases favorites de Rockefeller, qui pendant la conquête de l’Ouest faisait la conquête du Monde. C’est également une des expressions préférées de Edward Bernays, qui l’emploie souvent dans ses écrits. Ce sont les derniers mots de son bouquin de 1928, Propaganda.

En 1936, Bernays est engagé par la compagnie Philco pour développer le marché états-unien de la radio, jusque-là stagnant. Ça a marché.


New World Expo



En 1939, Bernays participe de multiples façons à l’Expo Mondiale se déroulant à New York. Bernays est entiché par le lien entre la corporation et la démocratie. General Motors et Ford dominent l’exposition.

GM, un des clients de Bernays, présente sa vision de l’Amérique du futur, avec son pavillon très couru, le Futurama, dans lequel on peut voir les dessins de ce qui deviendra l’Étendue, la Suburbia, un monde futuriste guidé par la puissance de la corporation.



Une ville miniature fait partie des exhibitions, appelée Democracity, montrant un noyau commercial et industriel encerclé d’immenses landes recouvertes de bungallows. La maquette ressemble à s’y méprendre à l’Amérique du Nord actuelle. L’oeuvre de véritables visionnaires. Ils avaient deviné le futur !


Il faut dire que les grands cartels banquiers avaient profité du Crash de 1929 pour reprendre aux fermiers d’immenses étendues de terre dans le mid-west. Le plan pour le développement de ces étendues arrivait à maturité. Certaines personnes croient que ce modèle de civilisation est le fruit du hasard, ou encore un avènement naturel. Ces personnes se forgent des opinions. Tant mieux.



Certains observateurs attentifs remarquèrent l’absence de lieux de culte dans le modèle réduit. Avant qu’un scandale éclate, comme par magie, on y fixa quelques églises. Quelle importance ? Les habitants de la vraie Futuropolis ne seraient pas au pouvoir, mais plutôt leurs désirs inconscients.



L’Allemagne était étonnamment absente de l’exposition, dans le sens qu’elle n’y louait pas de pavillon. Par contre, sa présence se fit sentir tout au long des deux années de présentation, puisque les nations représentées à l’expo avaient une désopilante tendance à se faire annexer ou conquérir les unes après les autres par cette même discrète puissance teutonne.
La Tchécoslovaquie, puis la Pologne, le Danemark, la Hollande, la Belgique, le Luxembourg, la France, la Norvège… Certains pavillons demeurèrent ouverts jusqu’à la fermeture des lieux en 1940, derniers vestiges de la souveraineté de leurs mères patries.
Encore un de ces détails marrants, le pavillon de la Pologne était voisin de celui de l’Union Soviétique. En 1940, toute la section fut rasée au bulldozer pour faire place à un espace appelé la Commune Américaine.


La Route




La compagnie Mack Trucks engage Bernays en 1949. Leur problème : ils ne peuvent pas vendre plus de camions. Ils ont saturé le marché. Eddie réalise que la concurrence ne vient pas des autres fabricants, mais bien du chemin de fer. Il parvient à imposer à son client une idée totalement folle, s’attaquer aux trains en faisant une promotion rageuse de l’autoroute. Une fortune est engloutie dans le projet. On forme des comités de citoyens bidons, de faux experts écrivent de vrais articles qui paraissent un peu partout, la pression populaire pèse sur des autorités déjà corrompues par des contributions non négligeables, c’est un véritable raz-de-marée qui prend d’assaut la campagne américaine ! On la couvre de routes ! Faut dire que General Motors est également client de Bernays, et que les tentacules supposément détachées de Standard Oil sont bel et bien là pour contribuer à l’effort. C'est juste si Bernays ne sort pas de sa manche un autre de ses Comités Nationaux des Médecins de Famille pour vanter les vertus de l'asphalte dans la lutte aux ongles incarnés. La civilisation de l’automobile prend son véritable essor.


Bananas

Évidemment, Eddie travaille pour le gouvernement états-unien pendant la Seconde Guerre. D’abord comme promoteur de l’entrée en guerre, puis de l’effort industriel, mais éventuellement comme consultant pour l’OSS (l’organisation des services secrets), qui deviendra ensuite la CIA. Comme c’était secret, on ne connaît pas grand’chose des activités secrètes de Bernays pour les services secrets. Comme disait un grand philosophe, « si je te disais mon secret, je ne serais plus agent secret ». Une rumeur court selon laquelle Eddie aurait participé à l’étude de la psyché nippone qui a mené a l’emploi de l’arme nucléaire contre le Japon. L’OSS aurait également caressé le projet de faire éclater les failles sismiques de l’île en bombardant les lisières des plaques techtoniques, mais ça, bon sang, ça serait sacrément dingue.

C’est probablement au cours de son passage à l’OSS qu’Edward Bernays se lie d’amitié avec les sympathiques frères Dulles, John Foster et Allan. Ceux-ci sont avocats, politiciens et grands amateurs de fruits. Ils invitent Eddie à bosser pour une chouette entreprise dont ils sont les avocats et de laquelle ils sont d’importants actionnaires, United Fruit. Ces charmants messieurs feront l’objet d’un chapitre rien que pour eux, donc je ne m’étendrai pas trop sur les grandes oeuvres de leur charmante bizness. Toujours est-il qu’ils avaient beaucoup de bananes à vendre, que c’est la puissance de leur compagnie (et son obsession de la banane) qui a engendré l’expression « république de banane », et que Edward Bernays n’avait évidemment pas un immense défi devant lui lorsqu’on lui a demandé de vendre des bananes à l’inconscient du soi consommateur des occidentaux. Think big.

Au plan de la politique extérieure, on ne fait pas d’omelette au bacon sans casser des couilles. Ça n’a pas toujours été sur des roulettes pour nos amis Dulles. Je n’évoquerai ici que le cas Arbenz, qui a fait date, parce que la chose fait partie des chefs-d’oeuvre de Bernays. Le plan monté pour cette opération a servi souvent par la suite et sert encore aujourd’hui. Je dirais même qu’il sera employé jusqu’à la fin des temps, si par malheur, on se rendait jusque là.



Le colonel Jacobo Arbez Guzman est élu président du Guatemala en 1950. C’est un modéré pragmatique, soucieux de développer le potentiel économique de son pays et d’en améliorer les conditions. Pour faire une histoire courte, Arbenz a l’idée d’acheter à United Fruit les énormes terres non cultivées que celle-ci possède au pays. Devant le refus du géant américain, une loi est promulguée, permettant aux paysans de faire l’acquisition des terres laissées à l’abandon par les grandes sociétés agricoles. Le problème est que la United Fruit a absolument besoin de ces terres pour s’assurer le contrôle de la production et éviter toute concurrence, ce qui lui permet de fixer les prix. Que les paysans crèvent de faim en regardant des champs où rien n’est planté ne fait pas partie de l’équation. United Fruit et Wall Street d’un côté, et le peuple du Guatemala et son gouvernement de l’autre, sont désormais à couteaux tirés. Mais l’empire du fruit possède une arme de persuasion massive.

Bernays est chargé d’une campagne de salissage dans les médias américains au cours de laquelle le gouvernement guatemaltèque est qualifié de communiste et ses mesures en faveur des paysans sont montrées comme autant de preuves de la terrible influence de l’ogre soviétique, en pleine sphère d’influence états-unienne, dans la propre cour de l’Oncle Sam (le terme bidonnant backyard).

Le public lui-même finit par réclamer une intervention et l’armée Impérialiste arme et organise un coup d’état en 1954. Les fils de presse occidentaux annoncent triomphalement la bonne nouvelle de la libération du pays. Ces textes sortent directement du bureau d’Edward Bernays, renseigné heure après heure par son réseau d’espions et d’agents, mi-United Fruit, mi-CIA, infestant la capitale Guatemala Ciudad.

Une junte militaire remplace le gouvernement démocratique, qui règne depuis sur le pays, en collaboration harmonieuse avec United Fruit et ses subséquentes incarnations, qui a repris tous ses droits. Il a malheureusement fallu exécuter, violer, torturer et emprisonner quelques centaines de milliers de personnes, mais c’est le prix à payer pour vivre dans un monde libre et sécuritaire.


Ironie incroyable

Petit sous produit rigolo et inattendu de ce coup d’état, un jeune homme séjournait chez des potes au moment de la prise de la capitale. Ce jeune médecin beatnik, jusqu’à ce jour plutôt buveur, coureur de jupons et ennuyé par la politique, a été tellement sidéré par les évenements que sa vie a changé radicalement par la suite. Il s’appelait Ernesto Guevara Lynch de la Cerna.


Flu-horreur
Voir l'annexe (et ses innombrables commentaires)

À la fin des années 40, l'armée américaine fabriquait des bombes. Beaucoup de bombes. Nucléaires. Un des sous-produits de cette industrie, le fluorure, était un violent poison. Ça coûtait cher de s'en débarrasser. En prévision des éventuelles poursuites que les victimes inévitables de ce fléau risquaient d'entreprendre, on commanda des études cuisinées destinées à faire croire que ce déchet toxique était une panacée... Bernays bossait sur le coup, et comme ses petits instituts dentaires étaient déjà en place, les mêmes qui recommandaient la cigarette depuis 20 ans, on décida que cette crisse de marde était bonne pour les dents et Eddie se chargea du boulot. Au lieu de dépenser des millions pour trouver une façon sécuritaire de disposer de ce caca industriel, on le VEND aux communautés, qui avec l'argent de leurs taxes, notre argent, le mélangent à l'eau potable. Montréal résiste encore, pour l'instant... Mais pas Laval, ni... Québec. Tiens, tiens, tiens... Si c'était vrai que ça rend idiot, ce truc... Ça expliquerait le but d'Alain Côté, CHOI, et la montée de Mariolinni !


Fin

Golda Meir a approché Bernays qui a ensuite pris en charge l’image publique d’Israël aux Etats-Unis. L’Inde l’a également engagé pour le même travail. Dans les deux cas, Bernays se rapportait fidèlement au Département d’État, donc à ses amis Dulles.

Bernays a vécu jusqu’à l’âge de 105 ans. Il n’a jamais aimé la cigarette et n'a jamais fumé. Au courant depuis les années 30, comme ses employeurs de l’époque, des dangers du tabac, il convainquit même sa femme de cesser de fumer. Possiblement rongé par la culpabilité, il prêta ses talents à la lutte anti-tabac dès les années soixante, proposant même des campagnes si radicales qu’elles furent rejetées par les autorités.

Partiellement conscient (un peu moins que Guy Debord, disons) des aspects néfastes du monstre qu’il avait engendré, il tenta pendant quarante ans de baliser les possibles excès de la propagande et des relations publiques, proposant des lois, des conseils, des ordres professionnels...
Sans succès.




Épilogue
En terminant, une collection de munitions pour la cousine Nathalie !…

Bernays a dit :


Aucun sociologue sérieux ne croit désormais à cette idée absurde selon laquelle la voix du public représente une sorte d’idée divine, sage ou grandiose. La voix du peuple exprime la pensée du peuple et cette pensée est formée pour lui par ses meneurs et par les personnes qui comprennent la manipulation de l’opinion publique. Celle-ci est composée de préjugés traditionnels, de symboles, de clichés et de formules verbales inculqués au public par l’élite.

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Dans tous les gestes de nos vies quotidiennes, que ce soit dans la sphère politique ou économique, dans notre comportement en société ou notre réflexion éthique, nous sommes dominés par un petit nombre de personnes — une fraction infime de la société — qui comprennent les processus mentaux et les cadres sociaux régissant les masses.

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Il est relativement facile de faire changer les attitudes de millions de gens, alors qu’il est impossible de faire changer l’attitude d’une personne seule.

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Il est plus facile de faire accepter son point de vue en citant les autorités dignes de respect, en encadrant l’angle dans lequel notre idée a germé, et en faisant référence à la tradition qu’en disant à quelqu’un qu’il se trompe.

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Une phrase qui s’adresse au public ne devrait jamais compter plus de seize mots et une seule idée.

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La meilleure défense contre la propagande, plus de propagande.

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J’ai été choqué d’apprendre que mes livres ornaient les tablettes de la bibliothèque de Goebbels. Mais je savais que toute activité humaine peut servir des objectifs sociaux ou antisociaux. De toute évidence les attaques contre les juifs en Allemagne n’avaient rien d’une explosion émotive et tout de la campagne soigneusement et délibérément planifiée.

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Je suis la victime, et non le bénéficiaire, de ma propre propagande.

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L’école publique devrait former l’éducateur et lui faire réaliser que son travail comprend deux volets : l’éducation en tant que professeur, et l’éducation en tant que propagandiste.

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Peut-on appeler ça le gouvernement par la propagande ? Si vous préférez, appelons cela le gouvernement par l’éducation. Cependant, l’éducation, dans le sens académique du mot, est insuffisante. Il faut une propagande experte et éclairée, à travers la création de circonstances, la mise en scène d’événements significatifs, et la dramatisation de certains sujets. L’homme d’état du futur sera ainsi capable de mobiliser la pensée du public autour de certains points politiques précis, et pourra enrégimenter une vaste étendue d’électeurs hétérogènes en leur offrant une compréhension claire de la situation, qui les mènera à des actions intelligentes.

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Certains objecteront, évidemment, que la propagande finira par s’autodétruire, au moment où ses mécanismes deviendront évidents pour le public. À mon avis, non.






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Sources :

Propaganda ; Edward Bernays
Cristallizing Public Opinion ; Edward Bernays

The Father of Spin ; Larry Tye

The Prize ; Daniel Yergin

Manufacturing Consent ; Noam Chomsky

Mein Kampf ; Adolf Hitler

The 1939 World Fair
http://xroads.virginia.edu/~1930s/DISPLAY/39wf/frame.htm

Wikipedia