Friedrich Nietzsche

L'État , c'est ainsi que s'appelle le plus froid des monstres froids et il ment froidement, et le mensonge que voici sort de sa bouche : « Moi, l'État, je suis le peuple. »

Maxime Gorki

Le mensonge est la religion des esclaves et des patrons

dimanche 17 juin 2007

Le Mauvais Siècle 8 ; Henry Ford



Quelqu'un a dit un jour que soixante familles dirigent les destinées du pays. Mais si on se penchait sur les vingt-cinq individus en contrôle des finances de la nation, les véritables faiseurs de guerre de la planète seraient révélés.
Il y a deux Wall Street. La partie qui crée et la partie qui détruit. Morgan fait partie des créateurs. Je connais monsieur Morgan depuis des années. Il a toujours aidé et supporté Thomas Edison, un de mes amis intimes...

— Henry Ford, 1938

Henry Ford est né sur une ferme près de Détroit au Michigan d’un père irlandais et d’une mère d’origine belge. Il a commencé à s’intéresser à la mécanique vers l’âge de dix ans, se créant une réputation de réparateur de montres. Il travaille comme machiniste, opérateur de moteur à vapeur, puis ingénieur à la Edison Illuminating. À 40 ans il fonde avec quelques associés la Ford Motor Company. Nous sommes en 1903.

Contrairement à la croyance répandue, Henry Ford n’invente pas l’automobile. C’est plutôt un certain Karl Benz qui accomplit l’exploit en 1885. Ferdinand Verbiest avait lancé l’idée en 1672, avec un véhicule autonome à vapeur qui ne connut pas un succès retentissant. C’est 13 ans avant la fondation de la compagnie Ford que la première production industrielle d’automobiles est lancée, en France, par Émile Levasseur et Armand Peugeot. Dès 1897, la Daimler Motor Company se lançait dans la production de masse de son véhicule, la même année où Rudolf Diesel construisait son premier moteur.

Contrairement à la croyance répandue, la chaîne de montage n’a pas été inventée par Henry Ford. La chaîne de production avait été conçue par Oliver Evans en 1780 et la chaîne d’assemblage proprement dite fut l’œuvre de Eli Whitney, autre fils de fermier états-unien né dans la région de Boston, qui organisa ainsi sa fabrique de mousquets en… 1801 ! Une chaîne d’assemblage a également été inaugurée la même année en Angleterre par le Français Marc Brunel.

Contrairement à la croyance répandue, Ford n’a pas non plus été le pionnier de la chaîne d’assemblage pour l’industrie automobile. Ransom Eli Olds l’avait brevetée en 1901, faisant de sa compagnie, la Olds Motor Vehicle Company, la première entreprise états-unienne à se lancer dans la production de masse dans le secteur automobile.

Mais… Mais… Mais !… glapit le lecteur. Mais que doit-on à ce monsieur Ford ? n’est-il pas une grande figure de l’Amérique, un avant-gardiste ?! Un innovateur ?! L'auteur de ces lignes répondra : tout à fait. En vérité, monsieur Ford a surtout été un précurseur au plan social et politique. Cependant, comme c’était un homme d’une grande modestie, et que les États-Uniens en général sont des gens qui détestent la vantardise et le chauvinisme, ses plus grandes visions sont restées dans l’ombre, pratiquement inconnues du public. Ne reculant devant rien pour honorer la mémoire de ce champion de l’avancement social, je vous propose ici de nous rafraîchir la mémoire en évoquant quelques uns des exploits héroïques moins connus de ce bon vieux Henry Ford, de sa compagnie, de ses descendants.


Le Pacifisme

Henry Ford inventa presque le pacifisme. En plein cœur de la Première Guerre mondiale, Ford finança l’équipage d’un navire pour la paix qui vogua de l’Amérique jusqu’en Suède. Cependant, le Monde n’étant pas prêt pour cette idée, Ford fut l’objet de blagues dans les médias. Pas homme à s’en laisser imposer, il quitta le navire, retourna chez lui et se lança dans la production massive de munitions, accumulant des millions de dollars de profit dans l'aventure !


L'Amour de son Prochain



En 1918, Ford acquiert un tout petit journal, le Dearborn Independent. Homme de conviction, Ford y publie les Protocoles des Sages de Sion ! Les idées répandues dans ce journal étaient notoirement anti-immigration, anti-ouvrières et anti-sémites. Le tirage grimpa jusqu’à atteindre 700 000 lecteurs. En plus des absurdes Protocoles, le Dearborn publia au cours des années 20 un ensemble de quatre tomes intitulé Le Juif International, Principal Problème de l’Humanité.
Ces publications connurent un franc succès, notamment en Allemagne et en Autriche, où un certain Adolf Hitler en fit une lecture admirative. Hitler afficha une photo de Ford sur son mur et parla même de lui dans son excellent petit caca intitulé Mein Kampf (Mon Combat). Monsieur Hitler proclama même : « Je ferai de mon mieux pour mettre en pratique les théories de Ford en Allemagne et je concevrai une voiture du peuple (la Volkswagen), sur le modèle de la Ford-T. »
Le Dearborn condamna malgré tout les pogroms. En fait, ils condamnèrent surtout les juifs eux-mêmes, qu’ils tenaient pour principaux responsables de ces déplaisants désordres. Un avocat juif de San Francisco, Aaron Shapiro poursuivit le Dearborn pour diffamation, ce qui entraîna sa fermeture en 1927. Villipendé, Ford tenta de faire porter le chapeau à ses éditeurs, prétendant même n’avoir jamais lu sa propre chronique (Ford’s Own Page), La Propre Page de Ford. Ces prétentions furent démolies en cours de procès.
Ce n’est en 1942 (!) que cessa la distribution des populaires volumes Le Juif International. Quelques déficients le proposent encore sur Internet aux sub-normaux en manque de crétineries.

Sur une note triste et émouvante, on raconte que monsieur Ford, alors âgé de 80 ans, subit une crise cardiaque en regardant un film tourné dans les camps de concentration Nazis. Un grand sensible.


L’amitié entre les peuples

Russie : En 1929, l'année du Crash, un autre de ses admirateurs, Josef Staline, fit construire par Ford une usine modèle à Gorky, capable de produire 100 000 véhicules par année, le tout assorti d’un contrat d’achat de produits Ford d’une valeur de 30 millions.

Espagne : Lorsqu’une coalition de libéraux, de marxistes et de socialistes remporta les élections en 1936, le Général Franco, fort de sa longue expérience des guerres coloniales en Afrique et soutenu financièrement par Hitler et Mussolini, attaqua la république à l'aide d’une armée de traîtres, de fascistes et de mercenaires. Son groupe était sur le point de perdre la guerre civile quand ses amis de Ford, General Motors et Studebaker lui firent cadeau de 12 000 véhicules divers. Le Reich et l’Italie de Mussolini en ajoutèrent 6 000 et la Luftwaffe vola carrément au secours du futur despote, inventant au passage le bombardement aérien de populations civiles. Staline, de son côté, socialiste de nom et de logo, mais fasciste dans les faits, se fit un plaisir d’abandonner la république espagnole. Les gouvernements démocratiques du monde entier restèrent de glace et seuls quelques associations se portèrent au secours de la démocratie espagnole, de façon indépendante. La quasi-totalité des survivants de ces brigades furent poursuivis dans leurs pays. Ford continua à opérer dans l’Espagne Franquiste jusqu’à la mort du dictateur et le gouvernement des États-Unis investit massivement dans la consolidation du tyran, considérant Franco comme un allié dans la Guerre Froide.

Allemagne : En 1922, la révolte bavaroise du parti National Socialiste d’Adolf Hitler reçut un appui de taille lorsque Henry Ford y contribua 70 000 $. Il continua de soutenir Hitler tout au long des années 20 et 30.
En 1928, Ford Motors fusionna 40 % de ses intérêts en Allemagne avec ceux du cartel I.G. Farben, la compagnie pro nazie des Warburg. Carl Bosch de I.G. Farben devint le président de Ford-Werke, alors que Edsel Ford, le fils de Henry rejoignit le conseil d’administration de I.G. Farben Amérique.
Juste à l’aube de la Seconde Guerre Mondiale, en 1938, les responsables du Troisième Reich remirent à Henry Ford la médaille de la Grande Croix de l’Aigle, la plus haute distinction décernée à un étranger par l’Allemagne Nazie. Benito Mussolini avait reçu la sienne. Il faut dire que Ford Motors venait d’inaugurer à Berlin une usine d’assemblage de camions pour le transport des troupes de la Wermacht.
Au début de la guerre, en 1939, tant Ford que GM convertirent leurs usines allemandes et autrichiennes vers la production d’équipement militaire. GM et Ford construisirent 90 % des transports blindés Mule, et 70 % des camions lourds du Reich. Les services d’espionnage États-Uniens considéraient ces véhicules comme la colonne vertébrale du système de transport allemand.
Au cours du conflit, Ford-Werke assuma le contrôle de toutes ses filiales en Europe et profita bien de l’occupation pour écraser Renault, Citroën et Peugeot en France et solidifier sa position en Hollande, en Belgique et au Danemark. Le président de Ford France, Maurice Dollfuss, fut le tout premier dignitaire Français reçu à Berlin après la capitulation. Il écrivit dans une lettre à Edsel Ford en 1941 que les profits nets de l’entreprise atteignaient des niveaux records, à 58 millions de francs.
En 1942, l’aviation britannique bombarda l’usine Ford de Poissy. Les médias alliés publièrent même des photos du bombardement, mais aucun ne mentionna le fait que l’usine appartenait à Ford Motors. Le gouvernement de Vichy compensa Ford pour la destruction de sa propriété, lui octroyant une maigre pitance de... 38 millions de francs.
Après la guerre, Ford et GM exigèrent des dommages et intérêts du gouvernement des États-Unis pour compenser les ravages qu’avaient subi leurs intérêts sous les bombardements alliés. Ford reçut entre autres 1 million de dollars pour la « destruction » de son usine de Cologne, qui fut pourtant totalement reconstruite et opérationnelle dès 1945.


Réduction de la Population

Ford a été un ardent défenseur des plastiques de soja et de l’éthanol. L’idée géniale de brûler de la nourriture dans le moteur à combustion d’une voiture construite à 75% de protéines comestibles vient de lui. En 1942, il présenta réellement au public une automobile en plastique de soja fonctionnant à l’agrocombustible. Déplorable mais vrai, ce fut un bide total.
Imaginez seulement ce que serait aujourd’hui la population du globe si nous avions eu la sagesse de suivre sa vision et d’arracher de la bouche des hordes sauvages les aliments nécessaires à leur pullulement ! Tous ces difformes nourrissons du tiers-monde serviraient d’engrais pour nos réservoirs ! Un monde idyllique ! Le blanc irait faire ses courses dans un carrosse en os de pauvres ! Ah, que de rêves, que de rêves !


Sans Blaguer

Ford a vraiment inventé quelques trucs, pour de vrai de vrai !… Ford a contribué à inventer les briquettes de BBQ. Il a eu l’idée de vendre les retailles de bois qui traînaient dans la cour de son usine. La compagnie ainsi créée, Kingsford, triomphe toujours dans ce domaine de pointe. D’autre part, les employés de Ford ont vraiment inventé le convoyeur. Puis, c’est Ford qui a eu l’idée de forcer un employé à demeurer immobile devant sa machine toute la journée, dans le but d’améliorer sa sécurité.



Détails marrants

Lindbergh
Ford était un ami intime du célèbre pilote Charles Lindbergh, président du parti pro-nazi America First. Comme le bon Henry, Lindbergh était un fan de l’eugénisme et un ardent promoteur de la suprématie de la race Aryenne. Terrifié par le communisme, qui risquait de « noyer la race blanche dans une mer de Jaunes, de Noirs et de Bruns », il prônait ouvertement une alliance Américano-Germanique contre la Russie soviétique. Anti-sémite modéré, il proposait de limiter le pourcentage de Juifs dans la société, mais d’en garder quelques uns, puisque « une faible quantité du bon type de Juif peut constituer un atout pour n’importe quel pays ». En raison de sa proximité avec le régime de Hitler (il reçut lui aussi une distinction nazie en 1938), Roosevelt l’empêcha de se joindre à l’armée états-unienne au cours de la Seconde Guerre.

Freak
Ford détestait par principe toute activité impliquant que des gens se touchent. Il a beaucoup investi dans les clubs de set carrés, contribuant à la popularité de cette danse vertueuse.

Très freak
Ford aimait s’habiller en Père Noël.

Extrêmement freak
Ford était un grand ami de Thomas Edison. Ça ne l’a pas empêché de se livrer à l’étonnante entreprise de capturer son dernier souffle sur son lit de mort. L’éprouvette est en vitrine au musée Henry Ford près de Détroit. L’auteur de ces lignes ne se peut plus à l’idée d’un jour poser les yeux dessus en personne.





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Sources
http://www.pbs.org/wgbh/amex/lindbergh/filmmore/reference/primary/desmoinesspeech.html

United States Senate Committee on the Judiciary (1974)

Ford & the Nazi War Efforts
Henry Ford was no Oskar Schindler ; par Joshua Karliner, CorpWatch

The American Axis: Henry Ford, Charles Lindbergh and the Rise of the Third Reich, par Max Wallace

Jefferson and/or Mussolini, Volitionist Economics ; par Ezra Pound

SIX THINGS YOU DON'T KNOW ABOUT: MICHIGAN ; par Matt Tobey

http://local.aaca.org/junior/mileposts/1929.htm

The Straight Dope
http://www.straightdope.com/mailbag/mzionprotocol.html

FordEurope.net
http://www.fordeurope.net/history

WALL STREET AND THE RISE OF HITLER ; par Antony C. Sutton
The New York Times ; 20 décembre, 1922

Wikipedia

8 commentaires:

rwatuny a dit…

Ford et Lindberg : Deux vrais héros américains dans tous les sens du terme.

hwofi !!

& a dit…

Oui, le fabricant et l'utilisateur. Ultimement, on a plus besoin des autres. Azimov devient presque intéressant dans le registre parodie d'anticipation. Allez, je pars m'immoler par l'ennui.

Daniel a dit…

Il est vrai que Ford n'a pas inventé la chaîne de montage et le moteur à explosion, mais avec lui l'échelle d'industrialisation de la production automobile et la création de vastes complexes industriels intégrés a atteint une échelle sans précédent, d'oü une véritable production de masse et à plus faible coût.
Je sais aussi que l'État américain a songé à nationaliser la compagnie Ford durant la seconde guerre mondiale tellement la compagnie était mal gérée. Robert McNamara,celui qui deviendra le secrétaire à la défense des États-Unis sous les présidents Kennedy et Johnson fait aussi état e l'état de la mauvaise gestion des usines de la Ford au cours des années 50 dans le fameux documentaire The fog of war. En ce qui concerne l'argument sur la voitue faite de matière végétale il faudrait étayer davantage l'argument ou encore le laisser tomber. Ceçi dit en toute amitié.

& a dit…

J'étaye :
Si on manque de bouffe, faire des chars en bouffe qui consomment de la bouffe c'est con en tabarnak.

NosLibertes a dit…

Les industriels ont financé les deux guerres du 20e siècle et ils continuent aujourd'hui, avec des marionnettes comme Bush. Mais qui finance la démocratie aujourd'hui en Europe ? Personne...

& a dit…

Personne ?

Follow the money, amigo.

zed a dit…

Henri, fort de sa connerie, aurait il à un moment douté de sa propre froideur ?

En tout cas une idée brillante que de transformer un être issu de 3 milliards d'années de mutation cellulaire en un assistant machine à plein temps, merci riton... merci aussi à la mémoire collective de si bien nous enseigner le droit chemin...

Merci surtout au cracheur de ce site, joli mollard d'acuité dans un siècle décérébré !

É. a dit…

Bienvenue, Zed.
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