Friedrich Nietzsche

L'État , c'est ainsi que s'appelle le plus froid des monstres froids et il ment froidement, et le mensonge que voici sort de sa bouche : « Moi, l'État, je suis le peuple. »

Maxime Gorki

Le mensonge est la religion des esclaves et des patrons

jeudi 5 avril 2007

Le Mauvais Siècle 3 ; Samuel Colt et les armuriers


Les bonnes gens de ce monde sont bien loin d’être satisfaits les uns des autres et mes armes sont les meilleurs pacificateurs qui soient.
— Sam Colt, 1852

Sam Colt, était le Bill Gates du 19e siècle. Ce qu’il a inventé, en réalité, était surtout son propre mythe, son personnage. Samuel Colt est le prototype de l’inventeur du futur, celui du mauvais siècle, l’inventeur qui n’invente rien. Le créateur sans créativité, le démiurge qui bizarrement, mettra inversement au monde des machines de mort… Le créateur qui détruit !…

L’anecdote médiatique, mille fois reprise, donc plus vraie que le soleil au milieu du ciel, veut que Samuel Colt, au cours d’un voyage en bateau à vapeur, ait inventé le revolver. Il aurait observé longuement le mouvement de la roue à aube, ce qui lui aurait donné l’idée prodigieuse qui fera sa renommée.

En fait, ce voyage l’avait mené à Calcutta, en 1830. À cette époque, une arme faisait fureur chez les officiers britanniques en poste aux Indes, un pistolet anglais à répétition utilisant un système à barillet, INVENTÉ par Elisha Hayden Collier et breveté à Londres en… 1818 !… Son invention avait été inspirée par un prototype français plutôt commun dans les armureries royales de Louis XIII, datant du début du 17e siècle ! Qu’à cela ne tienne !… Hot damn, there’s top dollar to be made !… Le mythe de l’industriel génial se cherche des Mozarts et ce seront surtout des armuriers, les Colt, Remington, Winchester, et Gatling, que la deuxième moitié du siècle retiendra, peut-être parce que la capacité de donner la mort à grande échelle donne à l’homme un aspect quasi divin dans l’œil de cette petite conne qu’est l’Histoire.

Samuel Colt se faisait appeler Colonel, sans qu’on sache trop dans quelle armée il prétendait avoir servi. Son association avec Walker lui apporta la fortune et la gloire. Il cultiva soigneusement ses contacts dans les gouvernements par la suite et ne manqua jamais une occasion d’offrir à un être puissant un joli cadeau plaqué or (il dédia 2500 coffrets de son vivant). Colt arma les deux côtés durant la guerre de Crimée (Britanniques, Russes, Turcs). Il arma souvent les deux côtés au cours des innombrables guerres d’indépendance, d’unification, de succession, qui secouèrent l’Europe au cours de la deuxième moitié du 19e siècle (Italie, France, Prusse, Auriche, etc.). Il arma même les deux côtés durant les guerres d’extermination aborigènes. Tous les autres suivirent dans la même voie. Smith & Wesson équipa également Russes et Turcs (modèle Russian) durant la guerre de Crimée. Et Winchester arma les deux côtés durant la guerre des Boers. Remington ne fut pas en reste.

Un enfant attardé comprendra facilement l’intérêt des barons industriels de la nouvelle Armistocratie à ce que se multiplient les conflits. Étrangement, c’est exactement ce qui va se produire.

Ces hommes du futur avaient pigé que ce qui compte n’est jamais la réalité, mais ce qui en sera retenu par les blaireaux, et surtout, qu’au poker, pas besoin d’une bonne main, suffit d’avoir tous les joueurs dans sa manche sauf le poulet qu’on veut plumer. Jugez-en par cette anecdote :

Les ingénieurs brillants et innovateurs de Smith & Wesson furent abasourdis en 1870 de voir leur prototype futuriste refusé par l’armée américaine. Ils proposaient un pistolet à répétition révolutionaire, à cartouche métallique, à chargement par canon basculant articulé, à éjection automatique des douilles, montrant facilité d’emploi, durabilité, précision et puissance. Une pure merveille de machine à tuer. En fait, le type même de l’œuvre-revolver achevée, le vrai bon gun, tel qu’il existe encore aujourd’hui, près de 140 ans plus tard. L’armée US, pourtant, opta pour un absurde Remington à un coup, totalement désuet, et en commanda… 8 000 !… Comment ça s'épelle, bakshish ?

Tout compte fait, la véritable innovation de l’époque fût sans doute l’union de la corporation, de l’état et de l’armée. Les descendants des barons de l’Armériche allaient pousser l’idée à sa puissance maximale au cours du siècle suivant. Leurs vrais chefs-d’œuvre se préparaient déjà. Ils allaient donner sa véritable impulsion et surtout, son esthétique, à celui que j'appelle le mauvais siècle.








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Références :
Les Armes de la conquête de l’Ouest ; Michel Lespart
Wikipedia
SimonPure Produtions : COLT: LEGEND & LEGACY (http://www.simonpure.com/colt.htm)
Connecticut Heritage (http://www.ctheritage.org/encyclopedia/topicalsurveys/colt.htm)

9 commentaires:

Anonyme a dit…

tu veux qu'on le lise ou on peut juste passer nos yeux dessus de façon polie et c'est okay?


note : c'est basduck dans ce commentaire; je prendrai pas la peine d'en faire un autre pour montrer que c'est moi...


...je pense que je vais arrêter dans faire si tu t'améliores pas! qu'est-ce que tu fais au juste? à quoi tu joues?

t'essaies visiblement de faire un BANG BANG BLOG qui rentre-dedans et qui t'impose; même si tu serais vraiment capable


tu en penses quoi des blogues? auto-prom ou plus?

Basduck a dit…

ah shit : j'ai écrit "dans" et je peux même pas me corriger (dit-il en braillant)

Mistral a dit…

Casse-toi, saleté. Va te rendre utile dans une mine d'amiante! Putain de vermine immonde, juste à l'idée que nos universités t'engraissent, je gerbe. Décolle!

Gomeux a dit…

Mon dieu Mist, tu lis dans mes pensées!
T'es omniscient?
C'est mieux que omnichiant, comme l'autre.
Ok, je laisse les calembours à Enrique.

Doparano a dit…

Depuis quand Badsuck n'est plus le protégé de Mistral, me semble que tu le défendait bec et ongles y'a pas si longtemps.

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Coucou Eric, je te lis toujours même si je ne commente jamais, c'pas de ma faute, je suis pas conscientisée, conscientisable ni consciente. Malheur à moi femme de peu de convictions.

xxx

Anonyme a dit…

Pas besoin d'être "conscientisé" pour apprécier M. McComber. Même chose pour M. Mistral. Deux géants. Je sais, je suis téteux ET anonyme, mais bon, faut faire avec...

Doparano a dit…

Je suis peut être pas conscientisée mais j'ai au moins le courage de ne pas être anonyme. Et quel courage c'est que de se traiter d'inconsciente devant des géants.

Pour la fleurs les gars, c'est GRATIS aujourd'hui

Anonyme a dit…

Mais je ne voulais pas vous froisser, Doprano, bien au contraire, j'allais dans le même sens, rien de plus! Quant à l'anonymat, désolé, c'est mon choix pour l'instant.

Doparano a dit…

Je suis nullement froisée monsieur ou madame l'anonyme, je suis grosse, et les gros c'est bien connu, ça froisse pas. Faut bien un avantage!

Bonne fin de journée!