Friedrich Nietzsche

L'État , c'est ainsi que s'appelle le plus froid des monstres froids et il ment froidement, et le mensonge que voici sort de sa bouche : « Moi, l'État, je suis le peuple. »

Maxime Gorki

Le mensonge est la religion des esclaves et des patrons

jeudi 19 avril 2007

Le Mauvais siècle 5 ; Les Morgan


Un homme a toujours deux raisons de faire ce qu'il fait. La bonne et la vraie.

Je n'ai nul besoin d'un avocat qui me dise ce que je n'ai pas le droit de faire. Je les paie pour me dire comment faire ce que je veux faire.

— J.P. Morgan

John Pierpont Morgan
Un jour, dans un bar, J.P. Morgan hurle au serveur en commandant sa bière : « Quand Morgan boit, tout le monde boit ! » Tous les clients prennent une bière. Morgan vide son verre et plaque une pièce de 10¢ sur la table, vociférant : « Quand Morgan paie, tout le monde paie ! »

Son papa, Junius Spencer Morgan, dirigeait la firme J.S. Morgan & Co à Londres. Il offrit à fiston la branche New-Yorkaise de sa compagnie, qui prit éventuellement le nom J.P. Morgan & Co. (aujourd’hui JPMorgan Chase). Au moment de la guerre de sécession, il parvint à éviter la conscription en payant une décharge de 300 $. Il eut l’idée de faire l’acquisition de 5000 fusils défectueux qu’il paya 17 500  $ et de revendre le lot tel quel à l’armée Fédérale pour 110 000  $. Comme les soldats voyaient leurs mains exploser à l’usage, Morgan fut poursuivi, mais un juge confirma la validité du contrat. Il utilisa son profit à bon escient et acquit le contrôle de nombreuses firmes, dont Drexel, Peabody, et Carnegie.

En 1891, Morgan fusionna Edison et Thomson pour former la General Electric. En 1895, il s’empara de la flotte Leyland, ainsi que de nombreuses lignes navales, créant la White Star, constructeurs et opérateurs des vaisseaux Britannic, Olympic et… Titanic. En 1899, J.P. Morgan possédait et/ou contrôlait quatre des cinq principales compagnies de chemin de fer d’Amérique, regroupant, entre autres, les intérêts des Rockefeller, Vanderbilt et… Harriman.

Un épisode m’a toujours fait rigoler. En 1900, Morgan finance les recherches de Nikola Tesla, le véritable inventeur de la radio (mais non, pas Marconi !), un génie scientifique aujourd’hui méconnu à qui l’on doit notamment le courant alternatif, la distribution polyphase et le moteur AC, ainsi que de fortes contributions à la cybernétique, au contrôle à distance, au radar, à l’informatique, à la balistique, à l’aéronautique (il invente le décollage vertical dans les années 20  !), à la navigation (le propulseur sans hélices) et à la physique nucléaire. Lorsque Tesla, débordant d’enthousiasme, montre à Morgan qu’il a réussi à créer un système qui permettrait la distribution gratuite d’électricité, sans fils ni câbles, sur toute la planète, le gros J.P. se gratte. Il ne voit absolument pas le profit à tirer d’une telle connerie. Il coupe les vivres au projet.

En 1904, J.P. Morgan fondit neuf aciéries en une seule et monstrueuse United States Steel Corporation, la première entreprise du monde à posséder des actifs d’un milliard. En 1912, le comité Pujo, chargé d’enquêter sur les activités douteuses des banques américaines évalua que les trois groupes que J.P. contrôlait, J.P. Morgan & Co., First National, et National City Bank, possédaient une somme de 22 trillions de dollars, l’équivalent de toutes les possessions et ressources publiques, personnelles et privées des 22 états à l’Ouest du Mississippi.

En 1913 J.P. Morgan réussit un de ses plus grands coups. Après avoir placé son homme à la tête du pays, un certain Woodrow Wilson, Il fait créer par un de ses associés, le sénateur Nelson Aldrich, une entité carrément diabolique, la Federal Reserve Bank. Essentiellement, il s'agit d'une entreprise privée, propriété de quelques grands trusts bancaires (dont le sien), et détenant le pouvoir d'imprimer, distribuer, contrôler, restreindre ou accroître la circulation des devises des États-Unis. Autrement dit, ce petit groupe pourrait (s'ils étaient retors et malhonnêtes) savoir d'avance quand se produiront certaines récessions, inflations, ou crises boursières. Au-delà de celà, il leur revient d'émettre la monnaie, qu'ils louent ensuite au gouvernement américain contre intérêt et profit.

John Pierpont mourut cette année-là, au cours d’un voyage en Italie, et ne vit jamais se réaliser le second de ses deux chefs d'oeuvres, la Glorieuse 14-18. Son fils Junior hérita de la majeure partie de sa fortune.

Détail amusant, les photos connues de J.P. Morgan sont toutes retouchées. Il détestait son nez, sévèrement déformé par la rosace, et ne permettait à personne de le photographier. Le portrait ci-haut est le seul que j’ai trouvé montrant son visage dans toute sa splendeur.



John Pierpont Morgan, Jr.
J.P. Morgan Jr. aimait se vanter d’être le digne descendant du pirate Henry Morgan. Il baptisa son yacht personnel le Corsaire et y faisait flotter le Jolly Roger (crâne sur tibias croisés) au-dessus du Stars & Stripes. Il nomma un de ses fils Junius Spencer (du nom de son grand-papa) et l’autre Henry.

En août 1914, Morgan Junior signa un contrat avec la Bank of England, lui assurant le monopole de l’émission des obligations de guerre de l’Angleterre et de la France. Tel un devin, il avait fait en sorte que ses firmes investissent massivement dans la fabrication d’armes, dont il détenait maintenant l’exclusivité de l’approvisionnement aux alliés de l’Entente Cordiale (France et Angleterre). Ses banques prêtèrent 12 millions à la Russie et 50 millions à la France pour leur permettre d’acheter des armes… à ses propres armureries ! La totalité des munitions états-uniennes et britanniques achetées durant la première guerre mondiale furent manufacturées par les compagnies de J.P. Morgan. En cours de conflit, Morgan organisa un groupe de 2200 banques et prêta 500 millions supplémentaires aux gouvernements alliés qui s'empressèrent de lui retourner le chèque pour étancher leur soif d'acier, d'explosifs, de plomb, de machines.

En 1920, le président du conseil de W.A. Harriman & Co., un certain George Herbert Walker, arrangea une fusion monstre entre son entreprise et Morton & Co., devanture de Guaranty Trust Co., elle même un vestibule de la J.P. Morgan. Harriman représentait déjà une des plus grandes flottes de navires du monde depuis que le gouvernement des États-Unis lui avait fait cadeau de la gigantesque ligne Hamburg-Amerika, confisquée à l’Allemagne parmi les innombrables compensations aux vainqueurs à la fin du cataclysme.

Le 16 septembre 1920 à midi, une bombe explosa devant la banque J.P. Morgan & Co., située au 23, Wall Street. On retrouva une note dans une boîte aux lettres située à proximité disant «  Souvenez-vous que nous n’en tolérerons pas plus. Libérez les prisonniers politiques ou ça sera la mort assurée pour vous tous. Signé  : American Anarchists Fighters.  » Les responsables ne furent jamais découverts. La facade de la banque porte encore les marques de ce bizarre d'attentat, que les responsables n'ont jamais voulu effacer.

Régulièrement embêté par des citoyens ulcérés, le Sénat mena encore une fois une enquête sur les pratiques bancaires, en 1929, pour se rendre compte qu’une longue liste de personnages officiels du gouvernement avaient reçu, à très bas prix, des actions dans les entreprises de J.P. Morgan. Cette liste incluait de gros noms tels que Calvin Coolidge (président des ÉU), William Woodin (secrétaire du trésor sous Roosevelt), McAdoo (secrétaire du trésor sous Wilson), Adams (secrétaire de la Marine), Bernard Baruch (président du conseil des industries militaires de Wilson et Roosevelt), etc. Il y eut très peu de suites.

En cette même année 1929, J.P. Morgan Junior a une inspiration géniale et se retire du marché boursier. D'autres le suivent, tels les Rockefeller, Harriman, et Vanderbilt. Juste à temps. De façon totalement imprévisible, la Banque de la Réserve Fédérale fondée par papa Morgan entreprend de restreindre les devises, ce qui cause un crash boursier sans précédent. C'est une aubaine pour les barons, qui ont l'occasion de racheter pour des cacahuètes la quasi-totalité de l'industrie indépendante américaine qui leur échappait encore, ainsi que les deux tiers des terres agricoles à l'Ouest du Mississippi*. Les pauvres blaireaux qui n'avaient pas été prévenus s'effondrent, se jettent par les fenêtres, c'est la Grande Dépression. La classe moyenne est pratiquement liquidée. La classe ouvrière, jetée à la rue. Les rois rigolent et se construisent des palais fantastiques. Ils ont enfin les budgets pour entreprendre une oeuvre grandiose.
C'est le début des années trente et le soleil brille comme jamais sur Wall Street.





* C'est sur ces terres-là que se construira le plus grand piège à fric de toute l'Hisoire humaine, une sorte de pays/parking qu'on appelle parfois Suburbia. C'est un Vanderbilt qui l'inventa, il aura son propre paragraphe dans l'histoire du mauvais siècle.


—————
Sources  :
J. P. Morgan, Jr., John Douglas Forbes, 1981
The man who invented the twentieth century : Nikola Tesla, forgotten genius ; Lomas, Robert, 1999
The unauthorized Biography of George Bush ; Webster Tarpley
Wikipedia  : http ://en.wikipedia.org/wiki/Jp_morgan
Roosevelt Betrays America ! Robert Ley, 1942
Howard Zinn p. 249 "A People's History of the United States"
The Federal Reserve Fraud ; http://www.geocities.com/northstarzone/FED.html

Les propriétaires de l'argent

20 commentaires:

Gavroche a dit…

moi je suis-tu un Morgan??


(*Référence chic.)

babuck a dit…

tsé que je connais tout ce dont tu parles parce que j'ai lu 5 articles d'un livre qui s'appelle Black List en secondaire 5??


Oui oui oui, va lire ça t'auras en masse de potins à faire! Ils parlent beaucoup de Mosanto et etc. etc. qui sont ben ben ben méchants

bon, je te dis ça de même à titre strictement informatif hein; moi m'est avis que ça pourrait te DONNER UNE TRIQUE D'ENFER


:-D :-D :-D

babuck a dit…

P.S.: Allô MArie!!!!

Marie-Ève a dit…

Allô???

Basduck a dit…

Ah mon Dieu! J'avais commenté ici et je m'en souvenais même pas !!


Hey! Basduck parle tellement de toi dans sa dernière entrée de blogue !

XxXXxXXx


-MariCOIHIUGDHGCHGC

& a dit…

Le sujet. Il existe encore, le sujet, cabron ?! *#$*&#$

Gomeux a dit…

Il s'en calisse ben du sujet, le kid.
J'ai fini par comprendre qu'il veut simplement se faire engeuler par Mistral, c'est comme ça, ça lui donne DES TRIQUES D'ENFER.

Basduck a dit…

gomeux : t'es à -21 sur l'échelle du sens; si j'étais à ta place je commencerais par lire mes boîtes de céréales, je songerais ensuite aux aventures de Monsieur Gros et peut-être ben qu'après tu pourrais commencer à songer penser comprendre quelque chose de ce que je dis hein, peut-être ben; t'as juste 7 ans, faut te chochotter; tu sais pas ce que c'est, toi, des gros concepts universitaires dégueux.


SYNCOPE COGNITIVE
AAAAHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHH :'(

Basduck a dit…

P.S.: En concluant de cette façon j'ai voulu te faire ressentir tout le mépris que j'avais pour toi :-)

Basduck a dit…

gomeux : ahahah, t'es tellement attardé; tu me fais penser à un gars que je connais qui va en Philo à l'UQAM...

+ +

McComber : tu m'excuseras pour tout ça, je suis pas d'humeur à soir; qu'est-ce que tu disais? J'ai pas compris.

+ +

Gomeux : je serais très malheureux n'avoir des opinions qu'à travers Mistral; c'est dire que je suis incapable de me concevoir comme sujet autonome et pensant; tu comprends la portée de l'insulte?

et surtout dans le contexte, meh! t'as pas suivi mon blogue ou quoi?

Gomeux a dit…

Vous avez très bien cerné qui je suis, j'ai effectivement 7 ans, je lis mes boîtes de céréales et aussi, parfois, quand le temps est doux, Monsieur Gros.
Décidément, votre discernement n'a d'égal que votre pertinence, Monseigneur Basduck.

- -

Désolé Mek, on s'éloigne encore plus du sujet, avoir su que mon post aurait cet effet, j'aurais fermé ma yeule.

Basduck a dit…

Oh je doute que McComber soit très gêné par nos échanges; de toute façon, c'est un vrai blogueur. Les vrais blogueurs sont contents que leurs espaces servent à quelque chose.

remarque, moi je me pose ben des questions sur la forme du blogue à McComber.

+ +

Merci de me donner raison de cette façon! Ça montre à quel point tes propos sont pas pertinents. Faute d'agressivité, on peut douter que tu fonces dans la vie; comme tu fonces pas, ce que tu racontes n'as aucune valeur. Je veux dire, c'est pas comme si t'avais fait des recherches; I mean, c'est pas comme si tu savais quelque chose.

Bon, c'est ce que je voulais dire; c'est une méthode générative d'éliminer d'emblée toute crédibilité à tes messages.

On apprend ça en études littéraires; héhé

Basduck a dit…

McComber : ah! je viens de comprendre l'objet de ton commentaire.

non non, je veux dire; oui oui, si t'oublies les farces que je me suis donné la permission de faire.

Si j'ai commenté c'était en partie pour te donner cette référence là, Black List, parce que ça pourrait sûrement t'intéressé.


C'est un truc sur les journalistes fouilleurs de merde qui se ramasse avec des articles trop chauds pour le New York Times; ils se font sacrer dehors parce qu'ils ramassent des infos genre sur le lait cancérigène, l'esclavage, les vaisseauz spatials, etc.

Basduck a dit…

intéresser avec un er, dis-je (héhé)

et "ramassent" (hum...)

& a dit…

Je sens le besoin de préciser à mes visiteurs que contrairement à ce que son hystérique épandage d'égosillements pourrait laisser croire, le sujet de mon blogue est bel et bien le mauvais siècle, et non pas le nombril, les études, les habitudes vestimentaires, les moeurs, ou même le rectum de... Basduck.

Je renouvelle mon voeu de ne jamais fermer ni censurer le système de commentaires de mon blogue, même si ce soir, le scotch et la fatigue aidant, je sens monter en moi un de mes très rares accès de totalitarisme.
Je voudrais malgré tout implorer la communauté des visiteurs du Crachoir de se prononcer SUR le thème qui a cours, et de le faire autant que possible à visage et motifs découverts, compte tenu de l'importance des SUJETS abordés, et de leurs très rarissimes apparitions.

Merci à tous et toutes,
Soyez patients pour Warburg, bon sang, y a du stock ! Ça s'en vient.


Bises, câlins, ogives multiples,
É.

rwatuny a dit…

«Il eut l’idée de faire l’acquisition de 5000 fusils défectueux qu’il paya 17 500  $ et de revendre le lot tel quel à l’armée Fédérale pour 110 000  $. Comme les soldats voyaient leurs mains exploser à l’usage, Morgan fut poursuivi, mais un juge confirma la validité du contrat.»

Mais où sont les Remo Williams de ce monde ?


caxvw !!
wvmga !!

& a dit…

À propos de la FED :

RON PAUL AU CONGRÈS

& a dit…

Wow ! petite note 4 mois plus tard, on dirait que la FED a remplacé le vidéo-google de Ron Paul par une pub faite par ses propres soins ! Ah ça c'est fort ! Je suis impressionné par leur puissance et leurs ressources ! Oh oh oh.

Bon. Ben coudonc. Regardez leur pub.
C'est ce que je vais faire, moi itou !

xx
É.

yannick a dit…

Bon juste en passant, parce que j'ai pas fini mes lectures, mais voilà un site qui passe le temps :

www.milliondollarcinema.com

Réitération de félicitations, et je file vers la suite.

Ps : je viens de comprendre pourquoi pas mal de gens terminaient leurs commentaires avec des mots incompréhensibles

le mien est gzmiptqz ( oh putain, j'espère qu'ils font exprès ???)

109GTX a dit…

"Je voudrais malgré tout implorer la communauté des visiteurs du Crachoir de se prononcer SUR le thème.."
Que dire?Comment de tels salauds,de telles crapules ont-elles pu exister et faire ce qu'elles ont fait?
Moi,j'ai oisé jusqu'en terminale littéraire suffisament pour devenir un humble voire un humiliable des connaissances historiques...mais apparement,c'est pas grave vu la non-réalité des enseignements imposés par une incarcération scolaire bien rodée...
Mais depuis peu,je cherche,je lis et j'apprends qu'il y a des forces à l'oeuvre pour une domination mondiale qui se présente en gouverneur futur et nécessaire.
Les "conspirationnistes" ont-ils tord de s'inquiéter et de chercher jusqu'à l'existence d'illuminatis sataniques,pédophiles,là où quand on cherche,et bé on trouve?On trouve de tout.
Aucun contenu,aucune source d'information n'est fiable tant elle n'est qu'écrite et non vécue.
Mais il y a des signes qui ne trompent pas:des magistrats disparaissent et leurs orphelins dévoilent les avoeux de leur défunt(et ponérisé) père qui leur enseigna l'existence de ces réunions très,très,très obscures entre puissants de ce monde(voir l'interview des enfants Roche).Les gens deviennent hystériques quand on leur parle de révisionnisme...Quelque chose cloche ou pas?
Les Morgans n' co. servaient-ils consciemment le plan mondial qu'ils ont aidé à mettre en place?Certainement..
Comment des humains dignes de ce nom peuvent-ils mépriser autant leurs semblables?Sont-ils nos semblables?Et si non...Sont-ils les maitres géniaux d'un progrès tout-à-fait psychopathique ou bien les rebus malades et monstrueux d'une conscience collective qui,à défaut d'avoir existé,se doit de naitre?
J'espère etre dans le vrai en disant qu'il font du mal aux autres parce qu'ils sont effroyablement mais divinement fous et donc à éliminer car ce sont les ennemis des peuples...Il suffit de regarder dans son coeur(quand on en a un valable)pour les voir semer le chaos et les pollutions mentales et organiques..
Tout le reste n'est qu'un simulacre d'amour et de liberté.