Friedrich Nietzsche

L'État , c'est ainsi que s'appelle le plus froid des monstres froids et il ment froidement, et le mensonge que voici sort de sa bouche : « Moi, l'État, je suis le peuple. »

Maxime Gorki

Le mensonge est la religion des esclaves et des patrons

samedi 10 mars 2007

Révolution armée

Le jour où j'ai enfin compris ça, eh bien c'est aujourd'hui. Tantôt.

Je l'avais lu chez Bakounine, ou Guevara, mais... je suis d'un naturel tranquille, plutôt calme, bonne poire... J'ai toujours gardé (sans m'en rendre compte) un espoir nono dans le système. Je me disais que ça ne pouvait pas être si simple. Que des gens, à l'intérieur de la grille de répression devaient forcément rester humains, et créaient de temps en temps des brèches par où il serait possible d'infiltrer l'espoir douillet de la réforme.


Je revenais de TVA tantôt en pleurant comme un enfant. Je marchais sur Ontario. J'ai ému un travesti, qui m'a offert un peu de réconfort en échange d'une somme qui représentait la totalité de mes économies. J'ai pas répondu, en fait, j'étais comme occupé à brailler. C'est plate, quand y fait froid, pleurer. Les larmes gèlent, font des boules dures aux commissures des paupières. Ça pique, ça pince. Ça ajoute au malheur, on dirait.

Aujourd'hui, votre parti de gauche, Québec Solidaire, a montré que, de deux choses l'une : soit c'est un parti marionnette mis en place pour empêcher la souveraineté, ou encore : c'est un parti dont la principale porte-parole est une commère maladroite, incapable d'évaluer l'ampleur d'un sujet pourtant lourd d'une dizaine de millions de morts, incapable de réfléchir avant de bavasser les pires sophismes :

Philpot ose se faire photographier avec un violeur. Nous savons que c'est un violeur parce que le TPI a jugé qu'il en était un. Que Philpot prouve dans son livre que le TPI a erré, voire même, que le TPI est un gros tas de marde, n'est d'aucune utilité.

Les truies ont quatre pattes, Françoise David a quatre pattes, donc, Françoise David est un violeur et elle nie le génocide.

Ou encore : Françoise David est antisémite. Toute personne prouvant le contraire ne peut être qu'antisémite. Puisque comme elle est antisémite, il n'y a que des antisémites pour se porter à sa défense, en fait, toute personne lisant ce texte jusqu'au bout, après avoir lu le nom de cette antisémite en début de paragraphe est probablement un antisémite. Et un violeur !…
Qui nie le génocide.



***



La cie Léger Marketting (que le vomi les submerge au jugement dernier) m'a offert il y a quelque jours d'aller poser une question à André Boisclair en ondes. J'aurais préféré les deux autres «vrais» chefs (ceux qui prennent au moins le temps de savoir de quoi un truc retourne avant de chier sur 10 millions de morts), parce que je les hais plus que Dédé. Mais j'ai accepté, en me disant tout de suite que j'en profiterais pour parler en ondes de Barrick Gold.

Ensuite, j'ai eu d'autres idées de questions, variées, vous les retrouvez ici, sur ce blogue que 100 personnes ont visité, ces questions que pas un seul électeur n'a commenté.

Finalement, LaPresse a fait une jolie une avec Philpot, vous connaissez le reste, une nouvelle étape est franchie dans la connerie de ce pays infiniment con. Depuis hier après-midi, tous les commentateurs reprochent à Philpot ses "propos de mardi", alors qu'il est question d'un livre paru il y a des années ! La parution de cet article m'a forcé la main. J'ai donc choisi de poser ma question sur le Rwanda.

Arrivés à TVA à 17h30, les gens sont laissés dehors à geler pendant un bon bout de temps. Moi, je suis passé par une autre porte, j'ai même pris un badge… Eh eh. Je fais rien comme c'est supposé. On entre finalement dans la salle.
On se rend vite compte qu'ils ont invité 100 personnes, et que l'émission, qui dure 90 minutes, ne pourra donc donner la parole à tous. Certains sont descendus de Lanaudière. Aucun cachet ne nous est offert. Un buffet de la plus piètre qualité imaginable a été laissé à sécher pour nous derrière, sennewiches pas de croutes, coke, chips, etc.

On poireaute une demie-heure. Un gentil monsieur très drôle nous explique ensuite qu'il y aura 19 questions, que c'est comme ça, la semaine d'avant, les gens ont chialé, il veut pas de chialage, c'est ainsi, spa tout le monde qui peut parler, « c'est ça la démocratie ». ILS ONT CHOISI LES 19 QUESTIONS. Voilà comment on laisse la parole au peuple. Quand même, il nous rassure, on a été sélectionnés parmi 10 000 répondants, puis on a fait un tri des 400 meilleurs, et nous faisons partie des 100 qui ont le privilège de passer à la télévision. En plus, il y a une liste de "backup" et c'est bien possible qu'on pose 23 ou 26 questions. Donc, que ceux qui ne sont pas sur la liste demeurent sur place ! On fera peut-être appel à eux ! En fait, on comprend vite qu'ils se servent de nous comme figurants sans salaires, qu'ils ont besoin de nos corps physiques pour remplir les chaises de leur "town hall".

Il est six heures, eh bien, le show est en direct à 21 heures. Tout ce temps se passera en répétitions, cues, niaisages de tivi, etc.

Le gentil monsieur (il m'est sympathique pour de vrai, en plus, marrant, s'exprime bien, et tout...) lit la liste de 19. Je suis pas dedans. Je demande à ce qu'on lise la liste des backups. Je dis que c'est un minimum de respect que de nous permettre de savoir tout de suite si on risque de passer, histoire de décider ce qu'on fera de notre soirée en connaissance de cause. Il refuse. J'insiste. D'autres s'insurgent. Mini révolte. Il met la faute sur Léger Marketting. Ils devaient nous prévenir qu'on avait une chance sur quatre de parler. Puis, ensuite, il nous fait remarquer qu'on est quand même une belle bande de cons, si on a pas compris en voyant celle de la semaine d'avant avec Monsieur Charest, qu'y aurait que 20 questions, et une centaine de blaireaux qui se tournent les pouces sous les spots. J'insiste quand même encore, faisant mine de rassembler mes affaires. J'en profite pour demander si une des questions choisies parlera du Rwanda, de l'affaire Philpot. On me dit que non.
Puis le gentil monsieur (qui m'a compris mieux que moi-même) m'annonce que je suis back-up. Ça me ferme la gueule. Je suis content. Tant pis, les autres 79 cloches, je me fous bien d'eux, en fait ! C'est ma propre vanité, qui compte... HEIN ?! Man ! Non. Reprenant mes esprits... Je réinsiste. Savez ce qu'il nous dit, le bonhomme ?! Qu'il n'a pas sa liste sur lui. Ça veut dire qu'ils savent sciemment qu'on ne resterait pas sur place, sachant qu'on ne va pas pouvoir ouvrir la gueule.

Alors ils nous séduisent... C'est ici-même dans ce studio qu'on tournait Ad-Lib ! Moues. Le Grand Blond ! Un ou deux «hmmmm». Un vieux demande : «Parle parle jase jase ?!» Euh... Non. Rires. Déceptions. Je suppose que c'est un honneur de se trouver sur une chaise raide dans l'ancien local ou se tournait jadis le talk-show de Coalier. Je n'ai pas une érection, pas tout à fait. Bon.
Processus érectoral lent.

Un voisin d'infortune me dit qu'il va rester pour voir ce que c'est, pour voir le show de l'organisation de l'affaire. Je me dis : bon. En fait, si j'ai 1% de chances de mentionner Barrick en ondes, je dois aux Africains de rester.

On nous transfère de studio et nous nous retrouvons dans le studio d'Ad-Lib encore une fois, c'est juste qu'une des deux fois on nous a menti. Boa. C'est la démocratie. J'ai saigné du nez dans le premier studio, j'arrive le dernier dans la salle et je prends place dans la toute dernière rangée, à l'extrémité des gradins. Par rapport à Boisclair et à Charron, je serai à leur extrème gauche. Eh eh. You bet.

On nous fait répéter le déroulement de la soirée. SURTOUT, il ne faut pas applaudir quand Boisclair entre en scène. SURTOUT pas d'applaudissements. On nous répète 20 fois cette consigne, mais sans jamais la justifier. Boaf. Nous sommes si dociles. À la toute fin, on me demande de poser ma question, mais une dame qui avait réquisitionné ma feuille ne me l'a jamais rendue, malgré mes 5 demandes de plus en plus pressantes. Elle me l'apporte, il est 8h55. Je lis donc mon papier, nerveusement, avec tout le monde qui s'affaire autour. Ils m'avaient demandé de la couper un peu, sauf que je n'en avais pas eu l'occasion, alors je la lis telle quelle. Remarquez que plusieurs des Monsieurs et Madames ont des questions trois fois plus longue que la mienne. C'est juste que quand ça parle des nègres en Afrique, c'est mieux de pas durer trop longtemps. Bref, je lis ma question. Je vous jure qu'il y a une certaine réaction dans la salle. Tout au long du shoooow, des spectateurs autour de moi me feront part de leur espoir que ma question soit posée.

21h !
Charron fait son intro, négligeant de mentionner qu'il s'agit d'une copie grossière et el-cheapo d'une émission française (comme c'est la première fois qu'on fait ça !). En fait, à l'écouter, on a redonné ses origines à la démocratie ! Comme jadis, le candidat rencontre monsieur et madame tout le monde, etc.

Monsieur Boisclair entre dans le studio.

Il faut un encéphalogramme totalement plat pour ne pas voir le plan de match grand guignol retenu pour l’opération. C’est un traquenard. Les apparences seront sauves, presque rigoureusement une moitié d’intervenants lui sont sympathiques. Mais la job de bras est ailleurs, plus subtile. L’idée n’est pas de se démasquer. L’idée est de fournir une apparence de pluralisme. Donc, sur 10 000 candidats, TVA a choisi des questions «amies» qui prouvent que : 1) le PQ veut faire la souveraineté tout de suite, même si c’est très dangereux ; 2) Boisclair est vraiment gai, et défendra bec et ongles les droits des homosexuels. Et des questions «hostiles» : 3) Boisclair a sniffé de la coke, porte une cravate, est un fils de riche, on l'aime pas ben ben.

Tout se déroule très vite. À un certain moment on parle même d'insérer 4 "backups". C'est le terme anglais utilisé tout au long de l'émission pour nous représenter, nous, les remplacants, les extras, les autres. Je m'installe comme je peux pour réécrire ma question, compte tenu de la journée, de l'émission elle-même, du ton général, etc. À un moment, j'avais un préambule qui exécutait F.David, mais je l'ai biffé. J'essaie de faire plus court. Je l'ai trouvée longue, tantôt. J'étais nerveux en esti, aussi.

Eh bien. Alors que ma question semble inévitable, on se met à faire de l'AdLib (!) un monsieur repose sa question 3 fois, la même, à l'invitation de Charron. Un autre ajoute un second volet. Une dame a trois volets, elle. Malgré tout, il reste des tonnes de temps. On fait signe aux animateurs d'étirer. Soudain, Charron dit que c'était la dernière question. J'ai bien entendu l'appel dans les écouteurs des techniciens, juste à côté de moi : «3 minutes». Ben non. Pas de Barrick Gold à la TV. Ça va rester ésotérique.

Si c'était important, y en parleraient à TV.
Pis vu qu'y parlent jamais à la TV du fait qu'y en parlent jamais à TV, ça veut dire que Françoise David est un violeur. Et une truie.


L'émission se termine sur trois longues minutes de plans absurdes de gens descendant les gradins, mettant leurs manteaux, s'agglutinant (sans sono) autour de Boisclair pour l'interroger. Je me dis «boaah». On nous convie à un buffet dans la salle attenante. Je vais presque directement à Boisclair. Décidé à au moins jauger son niveau de compréhension de la fédé canadienne. Et puis, s'il n'est au courant de rien de tout ça (ça expliquerait son silence là-dessus pendant la campagne), bon sang ! Ça lui fera des armes, et il pourra discréditer Charest, le dénoncer comme la taupe fédéraste coiffée en rouflaquette qu'il est !

Poignée de main excellente. Il a la main douce. Mais serre fermement, complètement. Machin. Je lui dis que c'est ma question, censurée, qui a laissé un flou étrange à la fin de l'émission. Il m'offre de l'entendre. Demande si je l'ai sur moi. Je ne l'ai plus, mais, j'y vais par coeur. Je shoote l'histoire de Barrick, de Power Coporation, etc. Eh bien, sa réaction ?
Il dit, glacial :
« J'entends ce que vous dites. »
Puis, il tourne les talons et engage la conversation avec quelqu'un. Il me tourne le dos. Je reste là, pantois. Médusé. Je décide de me calmer avec une coupe de bino tinto. On me sert une piquette si âpre, si imbuvable, que même moi, habité aux Bandols à 1.20 E, aux Côtes-du-Rhones 1L pour 1 E en spécial au FranPrix de la rue Belleville, suis incapable de l'avaler. Pourtant, j'ai soif !
PLusieurs me demandent : «Qu'est-ce qu'il a dit ?! Comment qu'il a répondu ?!» Que voulez-vous que je dise ?! La pure fucking vérité :

Y s'en fout.

5 commentaires:

swan_pr a dit…

qu'est-ce qui est arrivé avec la version 5? la 8... binkin. et ses ramifications. le C-TPAT par exemple. c'est quoi le slogan du QS donc? ah oui, Diluons le vote.

& a dit…

Oui, le lien est là :
http://www.customs.ustreas.gov/xp/cgov/import/commercial_enforcement/ctpat/


Swan, je me sens pas mal moins seul, d'avoir lu votre comm.

J'ai flushé la version 5. Elle n'avait honnêtement pour but que de mettre son auteur en valeur. Une merde comme on en fait souvent de ce côté-ci de ma cabine de voilier.

xx
É.

Anonyme a dit…

Salut,

J'ai vu ce message tard hier. J'ai voulu regarder à tivi mais j'savais pas à quel poste c'était. En lisant ton texte de la Révolution armée, j'étais finalement tombée dessus, à TVA, mais j'ai pas vu de Charron pis de Boisclair, un certain Lapierre j'pense qui animait pis des sbires de partis pol. Après 5 min. j'en avais déjà mon voyage. Insipide comme d'hab. J'ai fermé. J'suis désolée de c'qui est arrivé. J'suis d'autant plus désolée de voir 0 commentaire à tes lettres. Y'a pas juste Boisclair qui s'en fout. J'm'en sauve toujours en disant que j'y connais rien, que j'peux pas commenter car avant même d'y penser, j'suis en christ. Mais, c'est mettre la tête dans l'sable I guess. C'est de l'illusion qu'on nous donne, cette belle démocratie dont tu parles et que je vois partout au dépanne, dans l'métro, à la cie où j'vais aller travailler lundi, etc. On est tu ben icitte, hein ? On a pas cette peur qu'un inconnu débarque à maison pour te sacrer un coup de crosse dans face, t'arracher les totons, te faire manger tes couilles, te sortir le bebé du ventre, t'amener les yeux bandés, pendant que ta femme pis tes enfants crient pis chient à terre. À chaque fois que je sors de chez nous, je sens que j'me fais contrôler. Fait trop longtemps que ça pas saigné le long du fleuve.

On a le parti politique qu'on mérite. J'pense que tu commences à deviner c'est qui, Fmurr'oncle.

¡ Coraje !

xx

& a dit…

My fucking God, Fmurr !…
Ça m'a retourné, ton comm.

Chais pas, t'es qui.
Vig ?!

Mary-Céramike Placard a dit…

Salut bien...

Drôle parce que j'étais chez mes parents hier soir, drôle parce qu'on a regardé la fin de l'émission, drôle parce que j'ai trouvé trop cheap le titre de l'émission "monsieur madame". Me semble que.

Pauvre toi, un buffet mauvais, et une réponse passée-date.

Mes sympathies, comme au salon funéraire. Là aussi y'a toujours un buffet.